Libre opinion: Le messager a l'importance de son message
Pourquoi les journalistes ne peuvent-ils tout simplement pas s'empêcher de parler de sujets dont ils dénoncent la surdiffusion?
Pour être vu, exister professionnellement, il faut s'assurer de se trouver dans l'éclairage du jour. Le métier de messager ne peut pas s'épanouir et fleurir dans l'ombre. Quand la crédibilité provient de la notoriété, l'éclairage éblouissant devient vital.
C'est le problème de l'oeuf et de la poule. Ou de la charrue et des boeufs. Ou de l'ancienne saucisse Hygrade: plus on en mangeait, plus elle était fraîche, et plus elle était fraîche, plus on en mangeait.
Le messager peut déplorer que le faisceau médiatique soit dirigé vers tel ou tel événement ou non-événement, mais il n'a pas le choix d'aller rejoindre les autres messagers-acteurs dans la lumière vive.
Sa pertinence professionnelle, son importance relative aux compétiteurs et l'illusion de son utilité de citoyen se nourrissent des feux médiatiques dans une boulimie caractérielle.
Il y a 30 ans, il fallait être dans le vent. Aujourd'hui, c'est l'éclairage exponentiel qui fait jouir les objectifs des caméras et la satisfaction des messagers.
Par procuration
Nous vivons l'âge d'or de la procuration. Nous sommes célèbres par procuration en dévorant les états d'âme des vedettes. Nous sommes amoureux par procuration en nous identifiant à des personnages de téléromans. Nous sommes vindicatifs par conflits lointains interposés. Nous sommes violents par faits divers interposés. Nous sommes beaux par procuration. Nous mourrons même par procuration.
Nous avons massivement délégué au dieu cathodique le soin de vivre pour nous.
Nous nous octroyons l'importance des médias. Nous sommes les médias. Essayez de vivre sans médias...
L'exploitant d'une station de radio se valorise de la mesure de son éclairage dont l'intensité est mesurée par les cotes d'écoute. L'animateur de radio se croit le latent du chanteur qu'il présente, lequel se donne l'importance de l'auteur de la chanson. Le chroniqueur de circulation n'existe qu'en fonction des bouchons de circulation et des accidents. Plus la situation est critique, plus il vit avec importance, avec utilité. Sinon...
La présentatrice de météo n'a rien à dire sans prévisions menaçantes ou euphorisantes. Elle ne sert à rien. L'avocat ou le juge sans conflits graves, sans sanction publique à imposer ou à éviter, n'ont plus qu'à rentrer dans l'ombre de l'anonymat. Le policier sans crime risque de se sentir inutile.
Quand un présentateur ou un journaliste de télévision peut soudain s'incorporer l'importance d'un président assassiné ou d'un pape prosélyte qui fait cadeau d'une agonie charismatique, il est incapable de restreindre sa boulimie de lumières et d'importance cathodique.
Mais toutes les vedettes de l'information (et leurs patrons qui le sont par procuration) invoqueront le droit du public à l'information pour le gavage médiatique dont ils ont besoin comme d'un junkie a besoin de son fix. Tous des saucisses: ils en donnent plus parce qu'on en veut plus et on en veut plus parce qu'ils en donnent plus...
Pour être vu, exister professionnellement, il faut s'assurer de se trouver dans l'éclairage du jour. Le métier de messager ne peut pas s'épanouir et fleurir dans l'ombre. Quand la crédibilité provient de la notoriété, l'éclairage éblouissant devient vital.
C'est le problème de l'oeuf et de la poule. Ou de la charrue et des boeufs. Ou de l'ancienne saucisse Hygrade: plus on en mangeait, plus elle était fraîche, et plus elle était fraîche, plus on en mangeait.
Le messager peut déplorer que le faisceau médiatique soit dirigé vers tel ou tel événement ou non-événement, mais il n'a pas le choix d'aller rejoindre les autres messagers-acteurs dans la lumière vive.
Sa pertinence professionnelle, son importance relative aux compétiteurs et l'illusion de son utilité de citoyen se nourrissent des feux médiatiques dans une boulimie caractérielle.
Il y a 30 ans, il fallait être dans le vent. Aujourd'hui, c'est l'éclairage exponentiel qui fait jouir les objectifs des caméras et la satisfaction des messagers.
Par procuration
Nous vivons l'âge d'or de la procuration. Nous sommes célèbres par procuration en dévorant les états d'âme des vedettes. Nous sommes amoureux par procuration en nous identifiant à des personnages de téléromans. Nous sommes vindicatifs par conflits lointains interposés. Nous sommes violents par faits divers interposés. Nous sommes beaux par procuration. Nous mourrons même par procuration.
Nous avons massivement délégué au dieu cathodique le soin de vivre pour nous.
Nous nous octroyons l'importance des médias. Nous sommes les médias. Essayez de vivre sans médias...
L'exploitant d'une station de radio se valorise de la mesure de son éclairage dont l'intensité est mesurée par les cotes d'écoute. L'animateur de radio se croit le latent du chanteur qu'il présente, lequel se donne l'importance de l'auteur de la chanson. Le chroniqueur de circulation n'existe qu'en fonction des bouchons de circulation et des accidents. Plus la situation est critique, plus il vit avec importance, avec utilité. Sinon...
La présentatrice de météo n'a rien à dire sans prévisions menaçantes ou euphorisantes. Elle ne sert à rien. L'avocat ou le juge sans conflits graves, sans sanction publique à imposer ou à éviter, n'ont plus qu'à rentrer dans l'ombre de l'anonymat. Le policier sans crime risque de se sentir inutile.
Quand un présentateur ou un journaliste de télévision peut soudain s'incorporer l'importance d'un président assassiné ou d'un pape prosélyte qui fait cadeau d'une agonie charismatique, il est incapable de restreindre sa boulimie de lumières et d'importance cathodique.
Mais toutes les vedettes de l'information (et leurs patrons qui le sont par procuration) invoqueront le droit du public à l'information pour le gavage médiatique dont ils ont besoin comme d'un junkie a besoin de son fix. Tous des saucisses: ils en donnent plus parce qu'on en veut plus et on en veut plus parce qu'ils en donnent plus...
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