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Il faut négocier

Paule Des Rivières   11 mai 2002 18h00  Médias
Le conflit à Radio-Canada entre aujourd'hui dans sa 13e journée et rien ne permet d'espérer un retour rapide à la normale. Pourtant, chaque jour qui passe affaiblit encore davantage un service public déjà fragile.

La télévision publique traverse une période difficile, et pas seulement au pays. Les chaînes publiques de plusieurs pays d'Europe ont été contraintes, ces dernières années, de rajuster le tir devant la concurrence grandissante des chaînes spécialisées et privées. La SRC n'a pas échappé à ce sort, et la bataille a été d'autant plus dure au cours des années 90 que le gouvernement fédéral a sabré dans ses budgets. La course aux revenus publicitaires - directement proportionnels à l'importance de l'écoute - s'est intensifiée. La dictature des cotes d'écoute s'est imposée et, avec le temps, la distinction entre la télévision publique et la télévision privée est devenue, par moments, de plus en plus ténue.

Au milieu des années 90, la décision d'Ottawa de réaménager la structure d'aide aux productions dramatiques afin de forcer les télédiffuseurs à faire appel aux producteurs privés a également affaibli la SRC. Le volume de production interne a chuté et, avec lui, la nervosité créatrice de la boîte.

Dans cette ambiance de morosité où le télédiffuseur n'en finit plus de chercher sa place au soleil, le climat de travail s'est graduellement détérioré et un sentiment d'insatisfaction généralisée s'est installé. La radio d'État n'a pas échappé à l'air du temps et, là aussi, la notion de service public s'est érodée au profit d'un concept populiste misant sur le divertissement.

Faut-il conclure pour autant que l'affrontement actuel était inévitable? Non, certes, car on ne voit vraiment pas ce qu'il y a à gagner d'un tel conflit. On reste songeur devant la force de la réplique patronale, qui a rétorqué à une grève de 24 heures en empêchant les syndiqués de rentrer au travail tant que la convention collective ne serait pas signée. Radio-Canada a voulu s'éviter des grèves de 24 heures à répétition, ce qui aurait rendu très difficile la gestion de sa programmation. En effet, d'autres grèves étaient à prévoir.

Mais cette crainte ne justifiait pas une escalade aussi radicale dont les conséquences pourraient être considérables sans un retour rapide à la normale. Radio-Canada ne peut se permettre une nouvelle érosion de ses cotes d'écoute. Faut-il rappeler que les actualités sont suspendues au moment où sévit, au Proche-Orient, un conflit dont la télévision publique est la mieux placée, au Québec, pour rendre compte?

L'écart entre les parties semble considérable, notamment en ce qui touche à la rémunération, qui n'a pas encore fait l'objet de discussions. Les deux points qui ont surtout retenu l'attention des médias sont bien davantage la discrimination envers les employés francophones du Québec et du Nouveau-Brunswick comparativement à leurs collègues anglophones ontariens, ainsi que les iniquités entre les salaires des hommes et ceux des femmes. Il ne fait aucun doute qu'il faudra examiner ces conditions de travail de plus près de manière à corriger de telles iniquités.

Mais l'enjeu crucial de ce conflit reste l'accès à la permanence. Le syndicat a efficacement mis en lumière le statut incertain dont doivent se contenter de nombreux employés, ballottés d'un contrat à l'autre, même après de nombreuses années de service. Même en tenant compte de la flexibilité indispensable à une entreprise de communication, Radio-Canada devra faire son bout de chemin à ce sujet.

Les prochains jours seront déterminants. Ou bien les parties manifesteront une ouverture qui a fait défaut jusqu'à présent, et la signature apparaîtra comme un objectif réalisable avant le mois prochain, ou bien elles se traîneront les pieds et, le temps passant, la saison chaude arrivera sans qu'une entente n'ait eu lieu. Il sera alors très difficile de mettre fin au conflit avant l'automne. Le syndicat et la direction doivent tout faire pour éviter ce scénario qui entraînerait pour la chaîne principale, comme pour RDI, une perte d'auditoire que la société pourrait ne jamais retrouver. Ni Radio-Canada ni son public ne peuvent se payer un telle aventure.
 
 
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