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La violence à la télévision peut avoir des effets tangibles sur le cerveau

Pauline Gravel   5 août 2002  Médias
La violence à la télévision peut induire des comportements agressifs chez certains enfants. C'est un fait désormais indiscutable. Mais quels mécanismes cérébraux participent à l'émergence de ces effets? Une équipe de chercheurs américains nous apprend que l'écoute de scènes de violence sur le petit ou le grand écran active la zone du cerveau qui est responsable de ces flashbacks qui resurgissent à la conscience des personnes ayant vécu une expérience particulièrement traumatisante. En ramenant spontanément à l'avant-plan les actes de violence vus à la télé, cette aire cérébrale favoriserait le recours à ces comportements indésirables lorsque l'enfant se retrouve en situation de conflit.

Une multitude d'études effectuées au cours des cinquante dernières années ont montré les divers effets de la violence à la télévision et au cinéma sur le comportement des enfants. «Les enfants qui regardent beaucoup de violence peuvent devenir plus agressifs, plus enclins à utiliser l'agression pour résoudre leurs conflits», a résumé John P. Murray, psychologue du développement mental à la Kansas State University lors de la rencontre de l'International society for research on aggression qui avait lieu la semaine dernière à l'Université McGill. «Ils deviennent de moins en moins sensibles à la violence et davantage capables de la tolérer. Ils en viennent à penser que le monde fonctionne de cette façon. D'autres personnes, par contre, commencent à croire que le monde est aussi dangereux que le tableau que nous en brossent les fictions diffusées à la télé.»

Cerveau actif

Afin de mettre en lumière les processus cérébraux par lesquels s'effectuent ces modifications de notre perception, John Murray a mesuré à l'aide de la technique d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle l'activité du cerveau d'enfants âgés de huit à treize ans pendant qu'ils regardaient des scènes de boxe particulièrement intenses tirées du film Rocky IV. «Les séquences choisies relatent une simple histoire de vengeance et, de ce fait, elles représentent le genre de violence le plus dangereux puisque cette dernière apparaît justifiée, et même glorifiée», précise le chercheur.

Les mesures relevées durant ce visionnement ont ensuite été comparées à celles recueillies alors qu'on présentait aux enfants des séquences exemptes de violence et extraites de deux émissions pour enfants, Ghostwriter et National Geographic, diffusées sur la chaîne publique PBS.

Outre les régions cérébrales associées à la perception des informations visuelles et auditives qui étaient activées autant par les séquences de violence que de non-violence, plusieurs autres zones du cerveau étaient en revanche stimulées uniquement lors de la projection des images de brutalité. L'une de ces zones est l'amygdale, une structure qui s'anime lorsqu'apparaît une situation de danger. «Quand vous voyez apparaître un serpent à vos pieds par exemple, la surprise vous coupe le souffle, explique John Murray. L'amygdale reconnaît la présence du danger et induit instantanément une série de modifications physiologiques. Elle arrête la respiration ce qui permet de mieux entendre les moindres mouvements de l'ennemi. Elle provoque également une constriction des vaisseaux sanguins périphériques et concentre du coup la circulation sanguine vers les organes vitaux de l'organisme. C'est une réponse innée devant le danger.»

Une fois que l'amygdale a détecté le danger, elle communique avec les autres régions du cerveau, notamment avec le cortex préfrontal qui évalue l'ampleur de la menace, souligne le psychologue tout en spécifiant que cette dernière structure s'allumait également durant l'écoute de scènes de violence.

Le chercheur n'avait toutefois pas prévu l'activation du cortex prémoteur, qui contrôle non pas les mouvements eux-mêmes, mais la planification du geste avant même de l'esquisser. «Les enfants étaient immobilisés par l'appareil d'enregistrement et ne pouvaient pas bouger alors qu'ils regardaient le combat de boxe, pourtant ils pensaient à imiter les boxeurs, précise John Murray. C'est un réflexe chez les jeunes enfants de 4-5 ans. Lorsqu'ils regardent la télévision, ils imitent souvent les mouvements des personnages qu'ils voient.»

Vaste répertoire de gestes violents

Mais ce qui a littéralement stupéfait le psychologue est l'intervention de la circonvolution cingulaire postérieure, une zone du cerveau qui s'active lorsqu'une victime de viol, un militaire ou un secouriste est appelé à se remémorer les expériences extrêmement traumatisantes qu'il a vécues. «Les bouleversants souvenirs emmagasinés dans la circonvolution cingulaire postérieure sont facilement ramenés à la conscience, précise le chercheur. Les flashbacks qui hantent les personnes souffrant du syndrome de stress post-traumatique émergent justement de cette aire cérébrale.»

Le fait que cette région du cerveau s'active lorsque les enfants regardent des scènes de violence à la télévision peut expliquer l'agressivité de certains enfants, avance John Murray. «Les enfants disposent d'un vaste répertoire de gestes violents qu'ils ont vus maintes et maintes fois et qu'ils ont rangés dans une filière — circonvolution cingulaire postérieure — à portée de main. Alors, s'ils sont bousculés par quelqu'un, l'amygdale est mise en éveil et alerte la circonvolution cingulaire postérieure, qui rappelle instantanément l'action de frapper. Et bang!»

Le chercheur espère maintenant poursuivre son analyse auprès de jeunes ayant été victimes ou protagonistes de violence.
 
 
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