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Télévision - 1944, un certain jour de juin…

Au petit matin, une marée de 150 000 hommes, appuyés par 12 000 avions, 20 000 parachutistes, 5000 embarcations d’assaut, 1200 bateaux de guerre, 1300 navires marchands, débarquent sur cinq plages no

Paul Cauchon   26 septembre 2009 21h32  Médias
Le film Saving Private Ryan a fait revivre les événements. Sans parler du Jour le plus long, superproduction célèbre de 1962 avec plein de vedettes, un film dont plusieurs détails historiques sont contestés. Il y a la fiction. Mais il y a surtout la réalité, qu’on tente encore d’appréhender 60 ans plus tard, une réalité terrible pour ceux qui l’ont vécue.

Le 6 juin prochain, ce sera le 60e anniversaire du débarquement en Normandie, le D-day, le jour J, l’opération Overlord (de son nom officiel à l’époque). C’était de loin la plus importante attaque navale et aérienne de l’histoire, d’une complexité sans précédent. Durant plusieurs mois, des dizaines de milliers d’hommes avaient été amenés sur la côte de l’Angleterre pour simuler un débarquement dans la France occupée par l’Allemagne. Toute la stratégie alliée consistait à préparer cette opération en secret, tout en menant une campagne de désinformation pour faire croire aux Allemands que le débarquement aurait lieu ailleurs.

Le 6 juin, donc, on se lance. Dans la nuit, les avions commencent à bombarder la côte normande et au petit matin, c’est une marée de 150 000 hommes, Britanniques, Canadiens et Américains, qui prend d’assaut cinq plages différentes, appuyés par 12 000 avions, 20 000 parachutistes, 5000 embarcations d’assaut, 1200 bateaux de guerre, 1300 navires marchands. L’image est saisissante: en débarquant, il faut avancer coûte que coûte à travers les corps morts de ses collègues puisque les Allemands qui défendent la côte mitraillent partout, des Allemands qui savent que, s’ils n’arrivent pas à rejeter cette formidable armée à la mer en 24 heures, ils seront dans le trouble.

Plusieurs réseaux de télévision préparent la commémoration de cet événement. RDI diffuse cette semaine trois documentaires qui présentent des témoignages de premier plan, avec différents soldats ayant participé au jour J, et montrent souvent des images d’archives remarquables.

Le documentaire le plus frappant est sûrement celui de vendredi soir, Le Chemin du pardon, une production franco-allemande très prenante. Le document raconte en parallèle la vie de Heinrich Severloh, jeune étudiant de la Basse-Saxe appelé par l’armée allemande en 1942 («Même si je ne voulais pas de cette guerre, il fallait faire avec quand l’armée appelait», dit-il). En face: David Silva, jeune Américain de la banlieue de Cleveland, enrôlé lui aussi.

Le 6 juin 1944, Silva est dans une équipe de mitrailleurs qui débarque sur Omaha Beach, une des cinq plages, celle qui fut la plus meurtrière. Severloh est dans une casemate avec une mitrailleuse. Quand les premiers navires alliés se pointent au petit matin, le supérieur de Severloh lui ordonne de rester à son poste et de tirer sans arrêt. Severloh a été dressé pour obéir aux ordres. Il tire. Pendant sept heures. Le doigt sur la gâchette. Selon ses propres évaluations, il a tué ou blessé plus de 2000 hommes. Tel quel.

Il finit par être fait prisonnier. Et commence son cauchemar personnel. Il doit maintenant vivre avec le souvenir de cette journée, avec ce poids à porter.

Pour exorciser ses démons, il lit des ouvrages historiques. Dans un de ces récits, il tombe sur le nom de David Silva, qui identifie clairement le numéro de barge qu’il occupait ce matin-là sur la plage normande. Severloh décide d’essayer de le retrouver. Après la guerre, Silva avait entrepris des études en théologie... et était devenu prêtre catholique. Après plusieurs échecs, Severloh finit par retrouver Silva. Et le documentaire les montre marchant tous les deux l’un vers l’autre sur la plage de Normandie qui avait scellé leur destin 60 ans plus tôt, deux vieillards qui essaient de comprendre ce que l’autre a vécu. Steven Spielberg n’aurait pu rêver d’une histoire aussi forte.

Grands reportages / Normandie le jour J, mercredi 2 juin à 20h; L’Hécatombe d’Omaha Beach, jeudi 3 juin à 20h; Le Chemin du pardon, vendredi 4 juin à 20h. Également sur TV5, Mémoires de Normandie, vendredi 4 juin à 21h.
 
 
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