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    Quotidiens régionaux: un prêt politique qui divise

    Pendant que Groupe Capitales Médias se réjouit, des acteurs du milieu s’inquiètent de l’indépendance des salles de nouvelles

    15 décembre 2017 |Philippe Papineau | Médias
    La vice-première ministre Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions «pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement». 
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La vice-première ministre Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions «pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement». 

    C’est le conseil des ministres du Québec qui a demandé au Fonds du développement économique géré par Investissement Québec (IQ) de prêter 10 millions de dollars à Groupe Capitales Médias (GCM) et ses six quotidiens régionaux. Et le gouvernement compte utiliser la même approche — qui a soulevé certaines inquiétudes — pour aider d’autres médias en difficulté.

     

    « C’est une décision du conseil des ministres [car] ce type d’entreprise là n’est normalement pas admissible, et pour nous [l’idée] c’était de faire un décret spécifique pour les médias écrits », a affirmé au Devoir la vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, peu après une conférence de presse tenue dans les bureaux du journal saguenéen Le Quotidien.

     

    GCM, propriété de l’ancien ministre libéral Martin Cauchon et présidé par Claude Gagnon, compte en son sein les quotidiens régionaux Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), Le Quotidien (Saguenay), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Tribune (Sherbrooke) et La Voix de l’Est (Granby).

     

    IQ procédera donc à un prêt de 10 millions, remboursable, auquel s’appliquera un taux d’intérêt qui n’a pas été dévoilé. Le montant se greffera au plan de GCM pour sa transformation numérique. L’entreprise insufflera pour sa part 16 millions, « des fonds autogénérés par l’entreprise », a précisé Claude Gagnon.

     

    « C’est une belle ouverture de Québec, ajoute ce dernier. C’est la première fois qu’un gouvernement ici au Canada ouvre la porte en disant “on va donner de l’aide aux médias”. C’est vraiment important. »

     

    Quelles sont les chances pour Québec de récupérer son investissement ? « C’est sûr que l’on souhaite revoir cet argent-là, et qu’on a regardé le plan d’affaires objectivement par rapport à ça, a expliqué au Devoir Mme Anglade. Pour nous, le risque, c’est aussi 400 emplois, et c’est l’information régionale. C’est l’intérêt supérieur qu’on doit regarder plutôt que de simplement se demander : “Est-ce qu’on va récupérer nos billes ?” »

     

    Inquiétudes

     

    Ce prêt fait par Québec soulève toutefois des inquiétudes quant à la liberté des journaux ainsi aidés par l’État. La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) parle d’une aide « imparfaite », et assure que les syndicats de GCM qui représentent les journalistes veilleront à l’indépendance des rédactions.

     

    Du côté de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le président Stéphane Giroux juge qu’une aide qui viendrait « d’un conseil des ministres qui y va à coups de promesses électorales, qui sont offertes à des fins partisanes, ajouterait une pression sur les dirigeants de presse. Mais on espère que les éditeurs vont savoir trancher, que M. Cauchon va savoir dire : “Oui, on accepte l’argent, mais ne venez pas dire à nos journalistes quoi écrire.” »

     

    Dominique Anglade dit faire confiance aux journalistes des différentes régions « pour leur professionnalisme et leur capacité de discernement ».

     

    Le professeur titulaire en droit à l’Université de Montréal et chroniqueur au Devoir Pierre Trudel rappelle que plusieurs pays d’Europe, comme la France, aident leurs médias avec par exemple « des privilèges fiscaux ou l’accès au service postal ». La clé, selon lui, réside dans le fait que ces programmes « soient administrés à distance du gouvernement et à des conditions prédéfinies ».

     

    D’autres médias

     

    Le prêt du Québec à GCM « ouvre la porte pour les autres qui font leurs demandes », dit Claude Gagnon. La ministre Anglade l’a confirmé, affirmant que si « une organisation vient nous présenter des projets similaires, on va les regarder avec la même équité [que celle avec laquelle] on a regardé les projets qui ont reçu de l’aide du gouvernement ». Pourrait-il y avoir d’autres annonces ? « Effectivement », confie la ministre.

     

    L’animateur Bernard Drainville affirmait d’ailleurs jeudi matin sur les ondes du 98,5 FM que Le Devoir obtiendrait aussi une aide financière. « Est-ce qu’on a eu une demande du Devoir ? La réponse, c’est oui, a dit la ministre Anglade. L’information sera rendue publique et détaillée en temps et lieu. » Le directeur du Devoir, Brian Myles, n’a pas commenté l’information.













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