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    Des personnalités réclament un soutien du fédéral pour la presse écrite

    21 novembre 2017 |Pierre Saint-Arnaud - La Presse canadienne | Médias
    Dans leur lettre ouverte publiée lundi, les signataires précisent que, si rien n’est fait, de nombreux journaux, imprimés ou numériques, pourraient bientôt cesser leurs activités.
    Photo: Getty Images Dans leur lettre ouverte publiée lundi, les signataires précisent que, si rien n’est fait, de nombreux journaux, imprimés ou numériques, pourraient bientôt cesser leurs activités.

    Le gouvernement Trudeau « est à genoux devant les entreprises de la Silicon Valley » comme Google et Facebook, dont les activités menacent la survie de la presse écrite et, de ce fait, le droit du public à une information de qualité essentielle à la démocratie.

     

    Ce constat a amené une coalition à lancer un appel urgent à Ottawa, lundi, pour qu’il instaure des mesures de soutien et de transition à la presse écrite et cesse de se réfugier derrière un discours d’impuissance et des politiques qui favorisent les géants du Web au détriment des médias québécois et canadiens.

     

    L’initiative, lancée sous forme de lettre ouverte, est pilotée par la Fédération nationale des communications (FNC) de la CSN, mais elle a déjà rallié des dizaines de signatures, dont celles de grandes organisations d’affaires, comme le Conseil du patronat du Québec, et de personnalités diverses allant de l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe à l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, en passant par l’animateur et comédien Marc Labrèche et le conteur Fred Pellerin, pour ne nommer que ceux-là.

     

    « Si la catastrophe qu’on craint se produit, ils [le gouvernement fédéral] auront été avisés en amont et ils pourront porter la responsabilité de leur inaction », a déclaré la présidente de la FNC, Pascale St-Onge, en conférence de presse à Montréal, lundi.

     

    Dans leur lettre ouverte publiée lundi (entre autres dans Le Devoir), les signataires précisent que, si rien n’est fait, de nombreux journaux, imprimés ou numériques, pourraient bientôt cesser leurs activités.

     

    « Entre 2009 et 2015, il y a 43 % des emplois qui ont disparu dans la presse écrite, et la décroissance continue », a fait valoir Mme St-Onge en conférence de presse.

     

    Les géants du Web tels que Google et Facebook utilisent gratuitement les contenus produits à grands frais par les journaux tout en vampirisant les revenus publicitaires nécessaires pour produire ces contenus.

     

    Pascale St-Onge fait valoir que les contenus journalistiques, produits sous pression par un nombre de plus en plus restreint de journalistes, demeurent prisés et sont largement partagés sur les plateformes numériques par les lecteurs. « Ce n’est pas l’importance ou la nécessité d’avoir du journalisme de qualité et des médias de presse écrite qui ne fonctionne plus, c’est le financement de cette information », fait-elle valoir.

     

    Les signataires de la lettre ouverte reprochent au gouvernement Trudeau d’avoir récemment pris des décisions qui favorisent des multinationales du divertissement et du Web, sans manifester d’intention de protéger les médias écrits qui constituent, à leur avis, un pilier de la démocratie en cette ère de fausses nouvelles et de propagande.

     

    « Le gouvernement canadien est à genoux devant les entreprises de la Silicon Valley, martèle Mme St-Onge. On fait face à un lobby qui est très fort et très proche du gouvernement, et les décisions qui ont été prises dans la politique culturelle nous démontrent clairement qu’en ce moment, ceux qui ont le haut du pavé auprès du gouvernement ce sont les géants du Web. »

     

    Mélanie Joly : « prêts à étudier »

     

    Interrogée au sujet de la lettre, lundi matin aux Communes, la ministre Joly a d’abord affirmé que « le journalisme est très important pour une saine démocratie ».

     

    Se référant aux consultations menées par son gouvernement, Mme Joly a indiqué que celles-ci avaient démontré une demande pour de l’information locale et que son gouvernement « a investi 650 millions de dollars dans l’information locale pour Radio-Canada ».

     

    Ces consultations lui ont également appris que les citoyens consomment une bonne part de leur information en ligne et que, dans cette optique, « on est en train d’étudier la question comment on peut soutenir la transition vers le numérique pour nos médias locaux », sans toutefois donner davantage de détails.

     

    Par contre, Ottawa a annoncé un soutien particulier de 75 millions de dollars pour les médias locaux et les périodiques.

     

    La chef bloquiste, Martine Ouellet, a de son côté reconnu l’importance d’appuyer les médias et n’a pas ménagé la ministre du Patrimoine canadien. « On se rend compte que Mélanie Joly a l’air pas mal plus intéressée à frayer avec les multinationales, les Netflix et Google de ce monde, que de se pencher sur des problèmes concrets qui touchent nos régions, qui touchent nos gens chez nous », a-t-elle dit.

     

    Mme Ouellet a ajouté qu’il serait nécessaire de se pencher sur « les différentes avenues qui sont disponibles », notamment la demande des médias d’accorder des crédits d’impôt sur la masse salariale.

    Abandon des régions Alors que la situation des grands médias nationaux se détériore, celle des médias régionaux et locaux frôle la catastrophe, selon Louis Tremblay, président du syndicat des employés du Quotidien de Saguenay, qui parle d’hécatombe.

    « La crise s’étend partout au Québec. Il n’y a pas une région qui est épargnée », a-t-il déclaré, faisant notamment référence à la fermeture de nombreux hebdomadaires depuis le retrait de Québecor de cette activité et la mise en vente des hebdomadaires de TC Media.

    « Dans plusieurs régions du Québec, les citoyens assistent impuissants à la fermeture d’hebdomadaires — pratiquement chaque mois il y a un hebdomadaire qui ferme », a souligné M. Tremblay, qui a noté au passage que certains de ces journaux étaient de véritables institutions avec 50 ou 75 ans d’histoire.

    L’un des éléments majeurs de cette lutte touche la fiscalité. Ottawa se refuse à imposer les taxes et impôts aux géants du Web, sous prétexte qu’ils sont localisés à l’extérieur du pays.

    Pascale St-Onge n’accepte pas cet argument, faisant valoir que d’autres pays, dont l’Australie et la France, le font. « C’est une question de souveraineté nationale : si on est incapables d’imposer notre souveraineté nationale sur les transactions en ligne, le Canada est-il encore un pays ? », demande-t-elle.

    Pour le président de la CSN, Jacques Létourneau, laisser la place aux géants du Web est une menace non seulement pour la démocratie, mais aussi pour les politiciens eux-mêmes.

    « J’ai déjà dit à M. Trudeau et à M. Couillard : vous avez tout intérêt comme politiciens à vous occuper de ça parce que, demain matin, si c’est seulement Google qui produit de l’information, vous allez voir que, s’ils décident de faire élire Joe Blow, ils vont le faire élire. Vous aurez beau tout faire pour essayer de remonter le courant, si la Silicon Valley décide d’organiser la patente, ils vont l’organiser. »












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