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    Sources: la commission Chamberland a eu un effet «catastrophique»

    20 novembre 2017 19h01 |Philippe Papineau | Médias
    Le juge Jacques Chamberland (au centre), président de la commission d’enquête, était épaulé par les commissaires Alexandre Matte et Guylaine Bachand.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le juge Jacques Chamberland (au centre), président de la commission d’enquête, était épaulé par les commissaires Alexandre Matte et Guylaine Bachand.

    Les journalistes québécois, rassemblés en congrès durant le week-end à Sherbrooke, ont beaucoup parlé des « fausses nouvelles » mais ont aussi tracé un bilan assez sombre des derniers mois pour les sources confidentielles, qui se sont fortement taries après la commission Chamberland.

     

    La journaliste Monic Néron, du 98,5 FM, qui s’est retrouvée au fil des derniers mois au coeur des histoires d’écoutes policières, a révélé devant les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) que la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, lancée au printemps par le juge Jacques Chamberland, a eu un effet « catastrophique » sur la cueillette d’informations. « On a étalé les tactiques [utilisées] pour aller chercher nos données, pour nous espionner, nous contrecarrer et piéger les policiers qui nous parlaient. Et ça, ç’a fait peur aux policiers. Je l’ai senti. »

     

    La journaliste à Radio-Canada Marie-Maude Denis a partagé les mêmes soucis que sa collègue. Au quotidien, presque chaque conversation téléphonique débute par une blague « sarcastique » sur l’écoute de la conversation, illustrait-elle. « Dans l’esprit d’une partie de la population, ce n’était pas les métadonnées [qui ont été espionnées] mais les discussions. Pour la confiance ç’a été dévastateur. » Dans les cercles policiers, la situation est pire, ajoute la journaliste d’Enquête. « On perd en qualité. Maintenant, si un policier vous donne de l’info, une fois sur 100 ça va être motivé par quelque chose qui heurte sa conscience. Les 99 autres vont venir vous voir parce qu’ils ont besoin de vous, ils vont documenter votre rencontre avec vous. »

     

    Monic Néron a aussi vu le monde judiciaire se braquer, et exiger des journalistes qu’ils n’aient pas leur téléphone sur eux lors de conversations privées, par exemple. « Les avocats, les procureurs qui nous faisaient confiance, avec qui on échangeait des textos, tout le monde est méfiant, une paranoïa s’est installée. »

     

    Les deux journalistes estiment donc que le lien entre médias et policier doit être réinventé, redéfini. « On se donne beaucoup de mal, mais il faut rencontrer nos sources en personne, créer des cadres plausibles et légitimes à leurs yeux », croit Marie-Maude Denis.

     

    Les Fake News

     

    Le congrès de la FPJQ se déroulait cette année sous le thème « Vérité ou conséquence », un clin d’oeil aux fausses nouvelles qui font désormais partie des discussions quotidiennes dans les médias. Avec, bien sûr Donald Trump en grand timonier du terme « fake news » et pourfendeur des grands médias d’information. En matinée, samedi, le journaliste de La Presse à New York, Richard Hétu, expliquait que « la Maison-Blanche veut miner la crédibilité des journalistes. Dans les tweets de manière presque quotidienne. C’est exprimée aussi par [l’ancien stratège de Trump] Steve Bannon, qui dit que l’opposition ce n’est pas le parti démocrate, mais la presse. »

     

    À ses côtés, Alex Wayne, le responsable de la couverture à la Maison-Blanche pour Bloomberg News, a toutefois nuancé cette image. Selon lui, il y a deux relations entre les médias et le président américain : une publique ou politique, « mais aussi une relation privée, plus saine », qui pourrait nous surprendre, estime Wayne. Dans les officines, « l’administration répond à nos questions, [Trump] est plus accessible qu’Obama ne l’était. »

     

    Margaux Ewen, de Reporter sans frontière, estimait pour sa part que le président Trump était une « menace directe à la liberté de presse », notamment quand il a menacé de retirer la licence de la chaîne de télévision NBC. Mme Ewen sait bien qu’il n’en a pas le pouvoir, mais estime que le président « est corrosif pour la démocratie. »

     

    Vérifier et former

     

    Ceci dit, Donald Trump n’a pas le monopole de la fausse nouvelle, qui se glisse un peu partout dans nos canaux de cueillette d’information. Selon Normand Landry, de la TELUQ et de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains, c’est là « le symptôme d’une collectivité qui n’a pas priorisé de manière adéquate la capacité [de se pencher] de manière réfléchie sur l’actualité qu’elle consomme. »

     

    Quoi faire pour contrer tout ça ? « Engager du monde, car il faut plus d’initiatives de fact checking », croit Jeff Yates, lui-même spécialiste en la matière à Radio-Canada (et avant à Métro). Pour Pascal Lapointe, de l’Agence Science-Presse, il faut davantage de « journalisme explicatif, qui fait un tri dans l’information, qui donne des outils aux lecteurs ». Le professeur Normand Landry mise aussi sur la formation des citoyens. « Il faut comprendre le processus journalistique, les différents genres, comprendre […] qui contrôle l’information et quel est l’impact sur le contenu. »


    Une carte de presse honoraire pour Badawi Lors du gala annuel de la FPJQ, samedi soir, la fédération a posé un geste symbolique en remettant une carte de presse honoraire au blogueur saoudien Raif Badawi, qui est emprisonné depuis cinq ans en Arabie Saoudite. C’est l’épouse de Badawi, Ensaf Haïdar, qui est montée sur la scène du Théâtre Granada pour recevoir la carte sous les applaudissements nourris des journalistes présents dans la salle. « L’emprisonnement de Raif Badawi est une atteinte directe à la liberté d’expression dans un pays où la liberté de presse est, pour ainsi dire, inexistante, a affirmé la d.g. de la FPJQ Catherine Lafrance dans un communiqué. C’est la mission de la FPJQ d’intervenir chaque fois que la liberté de presse est attaquée ou remise en question. »












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