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    L’information à travers la lentille des genres

    Jessica Bennett est la première «gender editor», poste créé au New York Times

    7 novembre 2017 |Philippe Papineau | Médias
    Jessica Bennett a l’occasion de façonner la couverture journalistique du New York Times.
    Photo: Sharon Attia New York Times Jessica Bennett a l’occasion de façonner la couverture journalistique du New York Times.

    Citant par exemple des enjeux d’équité salariale, de violence faite aux femmes et les défis des transgenres, le quotidien américain The New York Times a créé un poste de « gender editor », ou éditeur des questions de genre. La célèbre publication a confié le poste à Jessica Bennett, journaliste et auteure du livre Feminist Fight Club. Le Devoir lui a posé quelques questions.


    Tout juste une semaine après son entrée en poste officielle, le 30 octobre, la nouvelle éditrice des questions de genre au New York Times, Jessica Bennett, publiait dimanche un premier billet. Le sujet : l’affaire Weinstein, et comment elle a déclenché une tempête rarement vue dans la triste histoire des agressions sexuelles.

     

    Le « timing » de son arrivée est à point, pourrait-on dire, car la vague créée par le mot-clic #metoo et tous ses dérivés a fait remonter à la surface de multiples dossiers où palpitent des enjeux féministes ou d’identité.

     

    Jessica Bennett connaît bien ces dossiers. Oui, son livre Feminist Fight Club — un manuel de survie contre le sexisme en milieu de travail — est devenu un best-seller. Mais la journaliste, qui a livré en 2015 un des rares portraits de Monica Lewinski, écrit sur les femmes depuis longtemps et pour beaucoup de publications, comme Newsweek, Time.com, Cosmopolitan, Vogue, The Washington Post et aussi le New York Times.

     

    Après l’affaire Weinstein, écrit Bennett dans son papier de dimanche intitulé The « Click » Moment : How the Weinstein Scandal Unleashed a Tsunami, « la nouvelle conversation va bien plus loin que le milieu de travail pour inclure le harcèlement vécu dans la rue, la culture du viol et la “masculinité toxique”, une terminologie longtemps confinée aux classes d’études sur les genres, et rarement vue dans les grands journaux jusqu’à il n’y a pas si longtemps ».

     

    Ce qui pourrait changer, si on se fie aux réponses fournies par courriel par Jessica Bennett.

     

    Le Devoir En quelques mots, en quoi consiste ce poste de gender editor, ou éditrice des questions de genre ?

     

    Jessica Bennett C’est faire du bon journalisme, trouver de nouvelles façons de raconter ce travail et d’entrer en interaction avec les lectrices de partout dans le monde.

     

    LD Quand on parle de genre, il est surtout question des femmes ou aussi des communautés LGBTQ ?

     

    JB Je vois l’idée de genre comme une lentille à travers laquelle on regarde l’ensemble de la narration d’une histoire. Ce qui veut dire couvrir les enjeux sur les femmes et le féminisme, oui, mais ça inclut aussi la sexualité et l’identité, les enjeux raciaux, tout comme la politique, le sport, les affaires, la science, l’éducation ou la santé — et les observer à travers la lentille des genres.

     

    LD Dans la foulée de l’affaire Weinstein, le Québec a récemment vu des victimes dénoncer les inconduites sexuelles de personnalités publiques. De votre point de vue, y a-t-il des mesures que les médias devraient prendre pour ces sujets, ou éviter de prendre?

     

    JB Ça va sonner comme une phrase toute faite, mais je crois honnêtement que la recherche énergique de la vérité est le meilleur modèle à avoir. Ce sont deux journalistes du New York Times — Jodi Kantor et Megan Twohey — qui ont sorti l’histoire des cas de harcèlement sexuel par Harvey Weinstein. Et avoir accès aux coulisses de cette histoire-là m’a rappelé pourquoi je fais ce métier. Megan a sauté dans cette histoire à son premier jour de travail après son congé de maternité. Et les deux ont persévéré, malgré toutes sortes de déboires. En dévoilant cette affaire — et maintenant plusieurs autres —, elles ont mis en lumière la façon dont on traite les femmes, l’existence de structures de pouvoir. Et elles ont aussi [fait réfléchir] sur quelle version de l’histoire l’on croit et sur comment les patrons de presse (souvent des hommes) charpentent ces histoires.

     

    LD Concrètement, dans le travail journalistique, qu’est-ce qui peut être repensé ?

     

    JB Tout. Les sujets, l’écriture, des choses plus subtiles comme le ton, la représentativité des sources. Il faut aussi trouver de nouvelles façons de livrer le fruit du journalisme, que ce soit par une infolettre, une baladodiffusion ou quelque chose d’autre, et y pousser la conversation, y créer une communauté.

     

    LD Interaction, communauté… il y a donc des enjeux de fond, mais aussi commerciaux liés à votre poste.

     

    JB Je veux que se fasse du bon journalisme, mais c’est certain que je veux aussi attirer de nouveaux lecteurs. Bien franchement, je crois qu’aucune compagnie ne peut prospérer de nos jours sans rejoindre un groupe démographique — les femmes — qui représente plus de la moitié de la population et qui détient des milliards de dollars en pouvoir d’achat.

     

    LD D’un point de vue personnel, quel est votre état d’esprit à la barre de ce tout nouveau poste ?

     

    JB Je pense que ce qui m’excite le plus est aussi ce qui me fait le plus peur : c’est un rôle qui n’a jamais existé. Ce qui veut dire que j’ai une incroyable occasion de façonner notre couverture journalistique, d’essayer des choses, de prendre des risques et de faire des expériences. Mais ça veut aussi dire qu’il n’y a aucun modèle, aucun plan existant !

     

    LD Ultimement, le but de l’éditeur des questions de genre serait… de ne plus être pertinent ?

     

    JB Exactement ! Bon, en espérant quand même qu’on me trouverait d’autres tâches le cas échéant.













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