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    21 octobre 2017 |Philippe Papineau | Médias
    «En sport, la compétition est tellement féroce qu’il ne s’agit plus de dire au monde que le Canadien a gagné 4 à 3 et que tel gars a marqué, ça, tu peux l’avoir partout», dit Marc Antoine Godin.
    Photo: Fournie par Marc Antoine Godin «En sport, la compétition est tellement féroce qu’il ne s’agit plus de dire au monde que le Canadien a gagné 4 à 3 et que tel gars a marqué, ça, tu peux l’avoir partout», dit Marc Antoine Godin.

    Le Canadien de Montréal est partout dans les médias. Les télés, radios, journaux, blogues et autres réseaux sociaux font leurs choux gras des allées et venues du Tricolore. Cette saison, deux nouveaux joueurs en ligne, Recrutes et Athlétique, débarquent sur la patinoire médiatique avec un modèle d’affaires détonnant. Ces plateformes, qui misent chacune sur la réputation d’un journaliste sportif d’expérience, font le pari audacieux de faire payer les amateurs de la Sainte-Flanelle en leur promettant du contenu fouillé et des analyses fines.

     

    Recrutes.ca et le volet montréalais de Athlétique.com, tous deux nés il y a deux mois, sont les premiers défricheurs d’une industrie en mouvement, bouleversée par la vitesse du Web et par la fuite des annonceurs ves des sites comme Facebook, ce qui fragilise les modèles de gratuité.

     

    Athlétique est la division locale de la plateforme nord-américaine The Athletic, qui elle est née en janvier 2016. Le site compte maintenant une section francophone, menée par le journaliste Marc Antoine Godin, qui a quitté le quotidien La Presse après 17 ans passés là-bas pour se lancer dans cette aventure. Du côté du site anglophone Recrutes, on compte sur les forces du fondateur Grant McCagg, mais aussi beaucoup sur la réputation du reporter chevronné Brian Wilde, qui a aussi couvert le CH pendant 17 ans, entre autres avec CTV, qui a récemment mis à pied son équipe sportive.

     

    « En sport, la compétition est tellement féroce, qu’il ne s’agit plus de dire au monde que le Canadien a gagné 4 à 3 et que tel gars a marqué, ça, tu peux l’avoir partout, dit Marc Antoine Godin. Il faut de la réflexion, de la substance, qui ne va peut-être pas intéresser l’ensemble des amateurs de hockey, mais à Montréal, il y a tellement d’amateurs qu’il y a certainement une frange suffisante qui [va s’y intéresser] pour qu’on puisse tirer notre épingle du jeu avec ça. »

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Brian Wilde a couvert le CH pendant 17 ans, notamment avec CTV.

    Brian Wilde, de Recrutes, a beau avoir été congédié, il n’est pas amer envers ses anciens patrons parce qu’il voyait que le bulletin sportif de fin de soirée ne s’adaptait pas aux nouvelles réalités. « Si tu es intéressé par un but de Galchenyuk, marqué à 19 h 46, tu peux le voir sur ton téléphone à 19 h 47 ! Tu n’as pas à attendre jusqu’à 23 h 45 pour voir ce fait saillant à la télé. La viabilité de ce que je faisais a été détruite par la combinaison de la qualité de la vidéo qu’on peut avoir sur Internet, et l’habileté des téléphones à te donner toutes ces infos rapidement, au creux de la main. »

     

    L’organisation du Canadien de Montréal a expliqué au Devoir que ces deux nouvelles plateformes Internet par abonnement sont les toutes premières du genre à recevoir une accréditation officielle de l’équipe, permettant à Brian Wilde et à Marc Antoine Godin — ainsi qu’à son collègue anglophone Arpon Basu — d’avoir accès aux joueurs et aux matchs.

     

    « On les a accrédités sur une base d’un an, et c’est sujet à révision après l’année, pour voir si c’est quelque chose de viable quant au nombre de personnes qui s’ajoutent à la couverture du club, a affirmé au Devoir le vice-président principal aux communications du Canadien, Donald Beauchamp. L’industrie est en pleine mutation, on doit s’adapter à ça, regarder et évaluer chaque année. »

     

    Faire payer les amateurs

     

    L’abonnement à Athlétique coûte 9,99 $ par mois, un montant mensuel qui est moindre pour un engagement annuel. La souscription permet par ailleurs d’avoir accès à tout le contenu des autres sections régionales de la plateforme. Chez Recrutes, le tarif de base est de 3,99 $ pour un mois, avec la possibilité d’un accès « Premium » à 5,99 $. Le site offre aussi une économie d’échelle pour les abonnements annuels.

     

    En déboursant pour le contenu, les deux sites assurent aux internautes un environnement sans publicité. Mais est-ce bien suffisant pour les convaincre ? Non, disent Godin et Wilde. C’est la qualité et la nature du contenu qui servent de principal argument.

     

    « Je pense que l’analyse et l’opinion, que l’expertise et le divertissement aussi va intéresser les gens », dit Brian Wilde, qui mise entre autres sur une capsule vidéo à la Rick Mercer.

     

    Marc Antoine Godin ajoute à cette liste la notion de profondeur et de nuance. « Quand les gens s’abonnent, ils s’attendent à ce qu’on fasse autre chose que leur servir des arguments de ligne ouverte, et [ils veulent] qu’on soit dosé dans nos critiques. C’est un peu le contraire de ce qu’on voit aux États-Unis avec les Hot Takes à la ESPN, où les opinions enflammées, tape-à-l’oeil, vont aller chercher l’attention, mais pour un très court moment. Nous, on est à l’inverse de ça. On veut être de ceux qui vont garder la tête froide. »

     

    En ne travaillant pas dans le cadre d’un média traditionnel, il y a aussi moyen d’adopter un ton un peu différent, avoir davantage d’esprit, d’humour même, tout en respectant les balises journalistiques. « Il y a plus de créativité, assure Brian Wilde. Si je veux y aller un peu fou, je peux le faire. J’aime beaucoup que mon esprit soit très stimulé maintenant. »

     

    Des résultats

     

    Brian Wilde raconte que sur les réseaux sociaux, les gens mettent beaucoup en opposition Recrutes et Athlétique, mais il voit là une fausse lutte. Le combat selon lui est à faire contre l’attitude des lecteurs, pour qui le fait de payer pour l’information est souvent un concept farfelu. « Le pendule est allé tellement loin d’un côté que je crois qu’en définitive, il va revenir à un endroit où les gens vont payer pour certains contenus. »

     

    En deux mois, ils sont déjà un peu plus d’un millier d’abonnés à avoir fait confiance à Recrutes, des chiffres encourageants pour le site, mais qui devront augmenter pour assurer la viabilité de l’aventure. « Je vais être honnête, on n’est pas dans le siège du conducteur, ici, dit Wilde. On n’est pas à un point où on peut nourrir nos familles, par exemple. Mais ce n’est pas différent de toutes les start-ups, il y a des moments de croissance et des moments de douleurs. On est là-dedans. »

     

    Chez Athlétique, il n’y a pas encore de chiffres disponibles, les rapports d’abonnements étant trimestriels, mais les échos sont bons, dit Marc Antoine Godin. La maison mère ayant des bases solides et des investisseurs, il n’y a pas d’enjeu salarial pour lui. « Ils se sont quand même arrangés pour que je quitte La Presse », résume-t-il, ajoutant que sa charge de travail a toutefois augmenté.

     

    Ces deux nouveaux acteurs médiatiques sont donc en train de tester un modèle qui pourrait faire des petits. « Je ne sais pas si on peut tout de suite parler de mouvance, parce qu’il y a un gros côté laboratoire derrière ça, dit Godin. Mais il y a plusieurs médias qui attendent de voir jusqu’à quel point ça va fonctionner. »













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