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    Ils font les médias

    Dans le prisme éclaté de Rebecca Makonnen

    L’animatrice met en avant des sujets différents d’une manière originale

    6 mai 2017 |Philippe Papineau | Médias
    C’est en 2008 que Rebecca Makonnen a fait ses débuts à Radio-Canada, à titre de chroniqueuse à l’émission de René Homier-Roy.
    Photo: Radio-Canada C’est en 2008 que Rebecca Makonnen a fait ses débuts à Radio-Canada, à titre de chroniqueuse à l’émission de René Homier-Roy.

    Tous les soirs de semaine, à ICI Première, Rebecca Makonnen mène On dira ce qu’on voudra, une des émissions le plus champ gauche de la grille radio-canadienne, pour laquelle la direction a décidé de lui donner carte blanche. Un geste de confiance qui, entre les lignes, suggère que la société d’État avait envie de se mettre à la page grâce à l’approche et aux intérêts « alternatifs » de l’animatrice.

     

    « Ce qu’on m’a demandé de faire, c’est des sujets qui sont dans mon prisme, c’est littéralement le mandat de l’émission, raconte Rebecca Makonnen. C’est devenu un running gag dans l’équipe : “ah, ça, c’est dans mon prisme.” Et ce qui est un coup de chance, ou pas, c’est que ça intéresse plein de gens aussi. »

     

    Makonnen creuse depuis longtemps des sujets culturels en marge de ceux de la grande tradition radio-canadienne. Pendant six ans à Musique Plus, la bachelière en journalisme à Concordia a interviewé parmi les plus grands noms de la pop mondiale, avant de travailler à Flash, à TQS. En 2008, elle fait le saut dans la grande Tour, où elle a été chroniqueuse à C’est bien meilleur le matin avec René Homier-Roy.

    C’est devenu un “running gag”: “ah, ça, c’est dans mon prisme”. Ce qui est un coup de chance, ou pas, c’est que ça intéresse plein de gens aussi.
    Rebecca Makonnen
     

    « Une étape à la fois », pour reprendre ses mots, Makonnen a gravi les échelons, avec entre autres l’émission musicale Studio 12, à la télé. Depuis deux ans, elle est au micro de Circuit Makonnen à ICI Musique, et depuis l’hiver 2016 elle anime Esprit critique à Artv, avec Marc Cassivi, où elle joue aussi au contrepoids plus « populaire » aux côtés du chroniqueur de La Presse.

     

    Radio-Canada et elle se sont « rejointes », croit-elle. « René Homier-Roy, déjà à l’époque il était très ouvert, et pas dans la mentalité “après moi le déluge”, et je n’avais pas à m’excuser pour ne pas avoir vu Il était une fois dans l’Est. » Elle note depuis quelque temps « une évolution de la mentalité » de ses patrons.

     

    La manière

     

    Si dans le prisme de Makonnen on retrouve des sujets et des angles différents, on peut aussi noter une manière moins classique de tenir le fort. D’abord, elle a un débit rapide, énergique. Et, par-dessus tout, à On dira ce qu’on voudra, le traditionnel vouvoiement a pris le bord.

     

    « Une chose que je ne pouvais pas faire en ondes, c’est vouvoyer des gens de mon âge. Pour moi, ç’a toujours été la chose la plus difficile. Mettons interviewer Vincent Vallières au vous, impossible, raconte l’animatrice de 37 ans. C’est un gros débat, les puristes qui écoutent Radio-Canada depuis le jour un ne sont pas d’accord avec ça. Là où je vois une distance, ils voient une forme de politesse. Bon, il y a plusieurs émissions dans la grille de programmation, à chacun d’y trouver son compte. »

     

    Le beau dimanche

     

    À compter du 21 mai à 21 h, Rebecca Makonnen coanimera d’ailleurs un talk-show dominical, intitulé Le beau dimanche, avec son ami Jean-Philippe Wauthier, qui lui aussi a le vent dans les voiles, et pas qu’un peu. Le titre peut d’ailleurs se lire comme un clin d’oeil au bon vieux temps des Beaux dimanches.

     

    L’été dernier, c’est à Marie-Soleil Michon et Jean-Luc Mongrain qu’on avait confié la même case horaire. On sent donc une approche assez différente dans la distribution.

     

    « Ça va être un talk-show somme toute assez classique, assez américain, explique Makonnen, citant Stephen Colbert, Jimmy Fallon, Jimmy Kimmel et autres Conan O’Brien. Je serai la “sidekick”, il y a de la musique, un bureau. On va avoir du fun pour de vrai la gang ensemble. » Chaque semaine, le rôle de musiciens maison sera porté par l’invité de la semaine et sa bande, qui joueront l’indicatif d’ouverture, les départs à la pause, en plus de proposer une de leurs propres chansons.

     

    Ce projet est arrivé un peu comme une surprise pour Makonnen, qui a depuis quelques années cessé de trop planifier son parcours. « Je ne l’aurais pas nécessairement demandé, je ne me serais pas vue là nécessairement, c’est un peu dans mon angle mort, mais attend… On me demande de faire de la télé avec mon grand ami Jean-Philippe Wauthier, tout l’été, en prime time à Radio-Canada ? Je n’ai aucune bonne raison de refuser ça. »

     

    Elle y sera donc la Jean-Sébastien Girard de Véronique Cloutier ? « Il va falloir que je trouve ma place là-dedans. Mais on s’entend, Jean-Philippe ne connaît pas la musique, et je suis là pour l’aider, lui dire ça, c’est Fred Fortin ! Et il ne s’en formalise pas. »

     

    Rebecca Makonnen dit avoir eu vent que certaines personnes s’étaient montrées déçues qu’elle ait un rôle de second violon dans Le beau dimanche. « Ils trouvent que c’est se rabaisser, se contenter, et toucher le plafond de verre. Ah ? Et si ça me tentait de faire ça cet été ? Et puis bon, il y a aussi des gens qui disent qu’On dira est un repère féministe… »

     

    Sinon, son approche culturelle hors des traditions fait qu’elle reçoit son lot de courriels d’auditeurs. D’autres se plaignent qu’elle est trop présente. « Comment ça “encore elle” ? Il y a mille autres personnes que moi de qui tu peux dire ça, me semble ! Je pense que j’ai fait mon chemin plutôt discrètement. Je ne suis pas Éric Salvail ni Maripier Morin non plus. Je suis juste vraiment contente de pouvoir continuer à travailler. » Et idéalement dans son prisme.

    «La soirée», ça change pas le monde, sauf que…

    Il y a des moments de grâce qui peuvent donner une bouffée d’air frais à une carrière. Le passage de Rebecca Makonnen à l’émission La soirée est (encore) jeune aura eu ce genre d’impact pour l’animatrice.

     

    « Je ne sais pas trop ce qui s’est passé ! rigole-t-elle. Dans le temps, l’invité d’honneur faisait une chronique et j’avais parlé des journalistes musicaux français qui ne faisaient pas d’effort, je m’étais aussi moqué de Jean-Philippe qui ne parle pas anglais, puis on m’a rebaptisée en ondes, et c’est devenu une espèce de monstre. »

     

    Ses nombreux passages à l’émission lui auront permis de montrer une facette d’elle plus comique, spontanée, pleine de répartie. Ce qui selon elle a drainé des auditeurs dans ses autres projets. « J’ai été adoptée par les quatre garçons, et aussi par leur public. Ce qui fait que quand je vais au TNM, le gars qui prend mon manteau me demande de faire mon imitation de Fred Savard. Ou quand je n’ai pas réservé au resto et le maître d’hôtel me dit : “Il y a toujours de la place pour Roberta McFlurry.” Seigneur… »













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