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    Ils font les médias

    La communauté d’abord

    À CKRL, MaTV et sur des blogues hyperlocaux, Tanya Beaumont aime parler aux gens de Québec

    1 avril 2017 |Philippe Papineau | Médias
    Tanya Beaumont souhaite que la perception des médias communautaires s’améliore.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Tanya Beaumont souhaite que la perception des médias communautaires s’améliore.

    Parler à un grand public, c’est bien, mais rejoindre sa communauté, c’est encore mieux. Et c’est un peu la spécialité de Tanya Beaumont, qui se décrit comme une « fille de radio » mais qui multiplie les chapeaux dans les médias de proximité de la ville de Québec.

     

    « Pour moi, c’est une obsession, parler au monde qui est proche, lance-t-elle rieuse au bout du fil. Les gens s’intéressent à ce qui gravite autour d’eux, au très proche, et étrangement on essaie toujours de les en éloigner, en leur racontant ce qui se passe de plus gros, ou ce qui se passe à Montréal. »

     

    La maison principale de Tanya Beaumont, c’est la radio communautaire CKRL, où elle sévit depuis presque 10 ans. Entrée comme bénévole, elle y est devenue au fil du temps directrice de la programmation et directrice musicale, sans avoir abandonné le micro pour autant. La station, qui diffuse au 89,1 FM, est d’ailleurs en plein radiothon (voir encadré).

     

    C’est là, sur la 3e Avenue dans Limoilou, qu’elle a découvert une autre façon de faire de la radio, où la passion est reine même si les animateurs et les chroniqueurs sont bénévoles. Elle est encore impressionnée par leur énergie, surtout pour ceux qui mènent des magazines, un format qui demande beaucoup de préparation.

     

    « À la radio communautaire, ce ne sont peut-être pas toujours les meilleurs animateurs, mais ça rend la radio vraie, t’as pas l’impression d’avoir une personne formatée qui te parle, dit la jeune femme de 32 ans. Ça la rend tellement vraie que je trouve que l’autre genre de radio, la radio commerciale, disons, je la trouve fade un peu. C’est formaté, c’est prévisible, ce sont toujours les mêmes chansons. Ici, dans une semaine, je sais qu’il y a à peu près 1200 chansons qui jouent, et d’après moi, il n’y en a pas plus que 100 qui se répètent. »

     

    À l’écran, à l’écrit

     

    Depuis quelques mois, Tanya Beaumont a fait son chemin jusque sur nos écrans de télévision. Radio-Canada lui a fait confiance l’été dernier pour parler du Festival d’été de Québec en ondes, un choix logique puisqu’elle anime depuis une dizaine d’années une émission spéciale sur le FEQ à CKRL.

     

    Mais c’est encore dans le communautaire qu’elle a trouvé une belle place à la télévision, à Matv, où elle anime l’émission Lézarts Québec. « C’est des entrevues culturelles, avec les gens de Québec, sur ce qui se passe à Québec. Et pas Louis-José Houde qui vient à la salle Albert-Rousseau. J’achève ma deuxième saison à l’animation et on ne manque pas de sujets, vraiment pas. C’est là qu’on se rend compte qu’il y a de la place pour ça, on n’en prend pas par dépit. »

     

    Beaumont collabore aussi à des sites d’information hyperlocale de la capitale, comme Mon Saint-Roch ou Mon Saint-Sauveur. On y aborde les actualités de quartier, on parle des commerces, du patrimoine, de l’architecture « Encore ici, il ne manque pas de sujet, il manque plus de rédacteurs et de journalistes. Et c’est toujours intéressant de voir à quel point ça fonctionne. Il y a plus de 10 000 personnes qui aiment la page Facebook de MonLimoilou.com. Les gens, comme à Montréal, sont très fiers de leur coin. »

     

    Diriger

     

    Depuis novembre, Tanya Beaumont est aussi présidente de l’Association des radios communautaires du Québec (ARCQ), une responsabilité pour laquelle à la base elle n’avait pas d’ambition particulière. C’est son mentor et ancien président de l’ARCQ Daniel Cliche qui l’a dirigée par là. Même chose à CKRL pour ses tâches de direction. « C’est les autres qui voient ces qualités-là en moi. Et quand je suis dans le rôle, je me dis : ben oui ç’a ben de l’allure. »

     

    Elle estime que sa connaissance profonde de la radio et le fait d’avoir encore les mains dans le cambouis sont des atouts pour elle.

     

    Et la santé des radios est bonne, du point de vue de l’ARCQ ? Les radios communautaires hors des grands centres sont en santé, dit Beaumont, car la plupart du temps elles sont les seuls médias locaux, et les annonceurs et les auditeurs y trouvent leur compte. « En milieu urbain, par contre, il faut se battre contre toutes les autres radios. Avec des grilles un peu mosaïques, on a la volonté d’être à contre-courant de ce qui se fait dans le commercial. »

     

    Celle qui a enseigné l’an dernier la radio au programme Arts et technologie des médias du cégep de Jonquière souhaite que la perception des médias communautaires s’améliore. Elle évoque les sketchs de l’humoriste François Pérusse, qui a parodié les maladresses radiophoniques d’un animateur fictif, Louis-Paul Fafard-Allard, sur les ondes de la fausse antenne CDKC — lire « c’est des cassés ».

     

    « Je l’adore, François Pérusse, c’est tellement drôle ces sketchs-là, mais quand même ç’a fait beaucoup de mal à la radio communautaire, estime-t-elle. J’aimerais ça qu’on puisse distinguer le sketch du contenu réel. Je le sais que [la radio communautaire] ce n’est pas pour tout le monde, ce n’est pas le TVA de la radio, on s’entend. Mais je pense qu’il y a des contenus qui pourraient intéresser du monde, mais qui sont rebutés parce que c’est de la radio communautaire. Il y aurait une curiosité à développer. »


    Le radiothon de CKRL La radio communautaire CKRL a lancé vendredi son radiothon annuel, avec l’objectif de ramasser 42 000 $. Une programmation spéciale s’étirera jusqu’à dimanche. Aux dires de la directrice de la programmation et musicale, Tanya Beaumont, la radio est sur une pente montante depuis plus de cinq ans. « Le radiothon est toujours un bon moment pour tâter le pouls. Si les gens donnent, c’est parce qu’ils nous écoutent et qu’ils tiennent à nous. Quand t’es prêt à donner 200 $ — parce que ça arrive —, pour une radio qui est gratuite, c’est que tu crois à sa mission et à sa pertinence. Dans cette ère où les médias sont brassés de tous les bords et où tout le monde doit se remettre en question, c’est important de sentir que ton public est là. Et encore plus pour une radio qui est faite par et pour la communauté. » Les fonds récoltés représentent tout de même plus de 10 % du budget de l’antenne.












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