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    Médias

    Twitter peine à profiter de l’effet Trump

    Le président a plongé le réseau social au coeur des discussions politiques et médiatiques

    11 février 2017 |Philippe Papineau | Médias
    Donald Trump semble préférer exprimer ses opinions sur des sujets politiques importants sur Twitter plutôt que de donner des conférences de presse.
    Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Donald Trump semble préférer exprimer ses opinions sur des sujets politiques importants sur Twitter plutôt que de donner des conférences de presse.

    Les bonnes vieilles conférences de presse ? Très peu pour le président américain, Donald Trump. Le coloré et impulsif politicien a choisi d’utiliser presque exclusivement un autre canal de communication pour faire passer ses (nombreux) messages : Twitter. Alors que plusieurs analystes annoncent la mort imminente de ce royaume du microblogage en 140 caractères, est-ce que cette légitimation par l’homme le plus puissant de la planète peut sauver la marque à l’oiseau bleu ? Les plus récents résultats de Twitter indiquent que la marque peine à profiter de la manne.

     

    Le réseau social créé en 2006 n’est pas porté par un vent favorable. Depuis son entrée en Bourse en 2013, le cours de son action s’est révélé volatil, perdant au total plus de la moitié de sa valeur initiale. Les profits ne sont toujours pas au rendez-vous au quatrième trimestre de 2016, pendant lequel Twitter a perdu 167 millions. Au total, pour la dernière année, l’entreprise a perdu 457 millions.

     

    « Ces dernières années, la compagnie a connu une baisse de revenus. Elle peut avoir des milliers d’abonnés, mais est-ce que les gens cliquent sur les publicités qui circulent dans leur fil d’actualité ? Là est toute la problématique pour la compagnie », explique Mary Jane Kwok Choon, chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société (CRICIS) de l’UQAM.

     

    Selon les chiffres de l’entreprise dirigée par Jack Dorsey, la croissance du nombre d’utilisateurs de la plateforme plafonne aussi dangereusement. Au troisième trimestre de 2016, Twitter comptait 317 millions d’utilisateurs actifs, une mince hausse de 3 % par rapport à la même période en 2015. Jeudi, l’entreprise annonçait qu’au terme du quatrième trimestre, son nombre d’abonnés était maintenant de 319 millions, une hausse d’un petit pour cent.

     

    Utilisateur en chef ?

     

    Dans ce contexte, la présence publique presque exclusive de Donald Trump sur Twitter semble un cadeau du ciel pour l’entreprise.

     

    Trump utilise l’avatar @realDonaldTrump, avec lequel il partage parfois jusqu’à une dizaine d’entrées par jour, pour un total actuel de plus de 34 000 gazouillis. Il a aussi repris le compte officiel de la présidence, @POTUS, qui ne fait pratiquement que relayer les billets du milliardaire.

    Dans un contexte où Twitter veut contrer les abus et les messages haineux, qu'est-ce qu'on fait quand c'est le président des États-Unis qui contrevient aux règles ? On intervient ou est-qu'on lui donne un passe-droit ?
    Catherine Mathys, journaliste indépendante qui s'intéresse aux transformations médiatiques
     

    Le président y est très bavard, souvent agressif, parle d’enjeux politiques importants — immigration, économie, affaires internationales —, et attire beaucoup de gens dans sa traînée. Entre janvier et février 2017 seulement, son nombre d’abonnés a grimpé de 19 à 24 millions.

     

    « Le président Trump a su construire son image sur la plateforme et susciter des réactions positives et négatives de la part du public, analyse Mary Jane Kwok Choon. Il a mimé les pratiques de microcélébrités. C’est-à-dire qu’il a fait part de ses opinions et a exprimé plusieurs fois des émotions négatives par rapport aux autres candidats. L’important, c’est d’être visible dans la Twittosphère en utilisant les outils que les citoyens ordinaires utilisent au quotidien. »

     

    Une occasion ratée

     

    Le président a donc propulsé Twitter au centre des discussions politiques et médiatiques. Pas un jour ne passe sans que les journaux, les télés, les radios et les sites Web n’évoquent la plateforme chouchoute du successeur d’Obama.

     

    « Que le président choisisse de twitter comme il le fait donne un incroyable avantage compétitif à Twitter, du moins en théorie, explique au Devoir Hersh Shefrin, un pionnier de la finance comportementale qui est professeur à l’Université de Santa Clara, en Californie. La grande question pour Twitter est s’ils vont pouvoir se servir du fait que Trump ait adopté leur produit pour créer de la valeur. Le potentiel est là. »

    457
    C’est le nombre de millions perdus par Twitter dans la dernière année.
     

    L’enjeu est donc de monétiser, d’une façon ou d’une autre, les élucubrations présidentielles ? « Certains pourraient y voir de l’opportunisme, mais Twitter n’est pas une agence publique — c’est une business, explique M. Shefrin. Et d’une certaine façon, cette approche commerciale concorde avec l’idée générale d’avoir un homme d’affaires comme président. »

     

    Mais les chiffres dévoilés jeudi montrent que Twitter n’arrive pas à profiter financièrement de l’effet Trump. « L’utilisation que fait le président de Twitter a permis de mettre davantage en lumière comment peut être utilisée la plateforme, ça montre la puissance de Twitter », a d’abord expliqué aux médias le directeur financier de l’entreprise, Anthony Noto. Toutefois, a-t-il reconnu, « il est très difficile pour une seule personne de créer une croissance soutenue ».

     

    Pour l’heure, Twitter veut miser sur la vidéo pour engranger des revenus. Dans une lettre aux actionnaires publiée en octobre 2016, tout comme dans celle publiée jeudi, l’entreprise soulignait que le site miserait sur la vidéo en direct pour attirer les annonceurs.

     

    Dans l’ombre des autres joueurs

     

    En Amérique du Nord, Twitter reste dans l’ombre de joueurs autrement plus populaires, comme Facebook et YouTube. À titre indicatif, en 2015 à peine 10 % des Québécois étaient présents sur Twitter, selon des chiffres du CEFRIO. Entre autres parce que ce réseau n’est pas le plus intuitif.

     

    « Le plus gros problème de Twitter, c’est qu’on a toujours nos lunettes de lecture de Facebook quand on le regarde, explique Catherine Mathys, journaliste indépendante qui s’intéresse aux transformations médiatiques. Facebook est à ce point hégémonique que ça impose une manière de lire et de voir les réseaux sociaux qui ne s’applique pas à tout, et surtout pas à Twitter. »

     

    Le site aux allures de fil de presse demande en effet quelques efforts pour en saisir les codes et les façons de communiquer — tweet, retweet, citation, utilisation des avatars, etc. « Et ce n’est pas un endroit qui est porté au partage des images de son repas, ou à des futilités, ajoute Mathys, qui enseigne aussi l’histoire des technologies numériques à l’UQAM. C’est souvent un endroit d’idées, d’opinions, et donc de clash, de conflits potentiels. »

     

    Intimidateur en chef ?

     

    Outil de discussion, Twitter est aussi un lieu où prolifèrent les « trolls » et les extrémistes en tout genre. C’est d’ailleurs un autre point faible de la plateforme : plusieurs utilisateurs potentiels et actuels sont découragés par le ton des échanges, parfois acrimonieux. Mardi, Twitter a d’ailleurs annoncé différentes mesures pour lutter contre le harcèlement en ligne.

     

    Catherine Mathys tire un lien entre Trump et cet enjeu. « La grosse question en ce qui concerne Twitter et Trump, c’est comment traiter cet utilisateur-là ? Justement dans un contexte où Twitter veut contrer les abus et les messages haineux, qu’est-ce qu’on fait quand c’est le président des États-Unis qui contrevient aux règles ? On intervient ou est-ce qu’on lui donne un passe-droit ? D’une certaine façon, il faut continuer d’avoir accès à lui… C’est un débat éthique que Twitter devra avoir. »













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