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    Comment s’informer en 2017?

    Cathy Wong
    13 janvier 2017 |Cathy Wong | Médias | Chroniques

    Les débats sur le Brexit et l’avalanche de fausses nouvelles durant la campagne électorale américaine imposent de se poser la question. Comment séparer le vrai du faux quand, selon le site PolitiFact, environ 70 % des déclarations de Trump se sont révélées fausses ou partiellement fausses ? Et avec le résultat que l’on connaît.

     

    Arron Banks, le principal donateur de la campagne du « Leave » qui a mené au Brexit, expliquait qu’une argumentation basée sur les faits n’aurait pas fait gagner leur camp. Pour réussir, il fallait plutôt « connecter émotionnellement avec les gens ». « C’est ça le succès Trump », ajoutait-il.

     

    Ce qui est désarçonnant, c’est de réaliser à quel point certains politiciens s’appuient de manière décomplexée sur une désinformation calculée et sur la certitude que nombre d’électeurs crédules et cyniques en seront convaincus. Il y a quelques jours, l’actrice Meryl Streep rappelait avec justesse l’importance de « protéger les journalistes qui devront défendre la vérité ». Force est de constater qu’une masse critique d’électeurs ont adhéré aux discours politiques faisant la part congrue aux faits. La situation est telle que le dictionnaire Oxford a nommé l’expression « post-factuel » comme mot de l’année 2016. Cette désignation témoigne du triomphe d’une pensée molle ancrée dans une glaise lénifiante de préjugés.

     

    Comment s’informer en 2017 ? Cette question est urgente pour la vitalité de nos démocraties. Il n’y a pas de réponse facile. Impossible d’en venir à bout dans le cadre d’une modeste chronique, mais voici trois directions méritant, à mon avis, d’être explorées.

     

    Pratiquer le « slow politics »

     

    « Notre univers médiatique dégouline de subjectivité, et les chroniqueurs dont la marque de commerce est la caricature et la provocation ne manquent pas », écrit le philosophe Jocelyn Maclure dans son livre Retrouver la raison. Pratiquer le « slow politics » consiste à prendre le temps nécessaire pour établir les faits, les analyser et délibérer. Le rythme effréné du monde politique et la surabondance d’opinions exaltées laissent peu de place à l’oxygénation de notre cerveau. La vitesse tue, dit-on. Les entreprises médiatiques sont plus nombreuses à accorder de l’importance à la viralité d’une publication plutôt qu’à sa qualité. Non seulement doit-on mieux trier l’information, mais aussi faut-il résister aux raccourcis intellectuels et exiger des analyses basées sur les faits.

     

    Stéphane Albouy, directeur de rédaction du quotidien Le Parisien, a annoncé dans le cadre des présidentielles françaises que son journal renonçait à commander des sondages. Voilà un premier pas intéressant vers un « slow politics » qui met de l’avant la rigueur à la place du spectacle superficiel. D’autres entreprises médiatiques devraient s’en inspirer.

     

    Douter

     

    « Seule activité humaine capable de contrôler l’exercice du pouvoir de façon positive, le doute est essentiel à la compréhension des choses », écrivait John Saul dans son essai Le compagnon du doute. La popularité des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux est devenue exponentielle, au point où Scottie Nell Hugues, une journaliste pro-Trump, affirmait que « la distinction entre le vrai et le faux n’a plus vraiment d’importance ». C’est la victoire cynique de la stratégie du mensonge. Pour contrer une telle dérive, la seule issue possible est de pratiquer le doute. En ce sens, il faut applaudir les médias qui se livrent désormais à la vérification systématique des déclarations politiques (fact-checking).

     

    Investir les espaces citoyens

     

    Selon une étude du New York Times, 44 % des Américains s’informent désormais sur Facebook, là où notre conception du monde est biaisée par le pouvoir des algorithmes qui renforcent nos propres croyances et privilégient les publications « aimées » par nos amis. Lawrence Lessig, professeur de droit, n’y va pas par quatre chemins : « La segmentation du monde que provoque Internet est dévastatrice pour la démocratie. »

     

    Alors que les débats se polarisent, les espaces communs de discussions citoyennes sont délaissés. L’agoraphobie a envahi l’agora, désormais abandonnée. C’est notre démocratie délibérative qui en ressort affaiblie. « Si vous en avez assez de vous obstiner avec des étrangers sur Internet, essayez donc de leur parler dans la vraie vie ! » a lancé Obama dans son ultime discours à la nation américaine.

     

    Comment s’informer en 2017 ? Il faut non seulement revaloriser les faits, mais aussi les espaces d’échange citoyen à l’extérieur du web. Surtout, il y a urgence de revoir nos manières de poser un jugement sur la valeur des informations, y compris leurs sources. Nous sommes privilégiés de vivre à une époque où l’information est riche et diversifiée. Profitons-en mieux.













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