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    Médias

    L’année de toutes les peurs

    Les nouvelles alarmantes comptent pour 40% du contenu médiatique, selon le bilan d’Influence Communication

    14 décembre 2016 |Philippe Papineau | Médias
    Le virus du Zika a particulièrement fait les manchettes au Québec.
    Photo: iStock Le virus du Zika a particulièrement fait les manchettes au Québec.

    Que ce soit parce que le monde dans lequel nous vivons va mal ou parce que les médias soufflent sur les braises, la thématique de la peur envahit les lignes des journaux et les ondes des médias électroniques. Selon l’État de la nouvelle 2016 de la firme Influence Communication, près de 40 % des informations jouent sur « cette émotion, contagieuse et souvent irrationnelle ».

     

    Il suffit de consulter les nouvelles les plus médiatisées de la dernière année pour s’en convaincre. On retrouve trois attentats parmi les dix sujets les plus couverts, ceux de Bruxelles, de Nice et d’Orlando.

     

    « La peur est devenue un vecteur d’intérêt très important de l’ensemble des écosystèmes médiatiques, souligne au Devoir le président d’Influence Communication, Jean-François Dumas. C’est plus facile de vendre de la copie, parce que la peur, on n’a pas besoin de l’expliquer, on peut la faire ressentir et c’est universel, multiculturel. »

     

    Brexit, Zika et réseaux sociaux

     

    Pour cette analyse, Influence Communication a utilisé plus de 200 mots-clés associés à différentes thématiques de la peur. Les enjeux de santé publique, d’incertitude économique et de terrorisme et de guerre sont au coeur de la couverture de la peur.

     

    La firme, qui se dit « courtier en information médias », cite aussi dans son palmarès des nouvelles les plus couvertes l’incendie de Fort McMurray et le Brexit. Le groupe État islamique a fait parler de lui 38 fois plus en 2016 qu’en 2013. Et le virus du Zika a particulièrement fait les manchettes au Québec. Selon le bilan, « pour l’année 2016, la couverture médiatique du Zika chez nous a été 5,1 fois supérieure à celle de la malaria, et 3,9 fois plus importante que la couverture accordée au VIH/sida ».

     

    « À l’époque du 140 caractères, c’est facile d’exprimer, de faire sentir la peur avec peu de mots, dit M. Dumas. C’est plus émotif dans les réseaux sociaux. Le problème, c’est que les médias traditionnels sont en train d’agir et de se comporter comme les médias sociaux le font. Il se transpose une culture de médias sociaux dans le média traditionnel. »

     

    Toujours sur la peur, Jean-François Dumas explique aussi que l’enjeu des pitbulls, qui a fait couler beaucoup d’encre, a été un de ses principaux vecteurs au cours de l’été. « Pierre Péladeau père parlait des quatre “ s ”, sexe, sang, sport et spectacle. Cet été, on a remplacé ça par les quatre “ p ”. Pitbulls, Pokémon, PKP. et P.K. Subban. »

     

    La bombe Trump

     

    Au-delà de la peur, quoique les sujets s’entrecroisent, la nouvelle la plus médiatisée de l’année est sans équivoque l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, toujours selon le décompte d’Influence Communication. Au Québec, cette nouvelle a occupé pas moins de 36 % de l’attention des médias dans la semaine du 7 au 13 novembre.

     

    La couverture par nos médias de la campagne électorale a connu également une forte croissance : en 2016, elle a été 67 % plus élevée qu’en 2012, où Barack Obama et Mitt Romney se disputaient la présidence. Aux États-Unis, la couverture de cet enjeu a été en hausse de 258 % par rapport à 2012.

     

    Dans les 24 heures entourant l’élection de Trump, Influence Communication a compté 2 841 305 articles publiés sur la planète. « Avec une telle quantité de nouvelles, on pourrait remplir tous les journaux du Québec pendant 12,9 années consécutives », analyse la firme.

     

    « Une bonne partie du discours de Donald Trump en campagne électorale, c’était d’utiliser la peur comme outil pour mobiliser les gens derrière lui, en se présentant comme une solution à toutes les peurs que lui-même engendrait », analyse Jean-François Dumas.

     

    Le sport en tête

     

    Dans la liste des grands thèmes couverts par les médias, on retrouve au sommet les sports, qui comptent pour 17 % des enjeux traités, en hausse de 1 % par rapport à 2015. Suivent les faits divers et les affaires judiciaires, la politique provinciale ou régionale, les nouvelles locales et la politique fédérale.

     

    « On a fait une faute, il n’y a pas de “ s ” à “ sports ” au Québec, dit Jean-François Dumas. Il y a un seul sport. » Le Canadien de Montréal compte en effet pour 72 % de la couverture des sports. En cette année olympique, les Jeux de Rio ont compté pour un maigre 9 % des sports, alors que l’Impact de Montréal a réussi à se cramponner dans l’espace médiatique, en obtenant 8 % du traitement des sports.

     

    « Et malgré le fait que les Olympiques aient été dominés par des femmes, il y a seulement huit femmes qui se retrouvent parmi les 50 personnes les plus médiatisées », relate M. Dumas.

     

    Les femmes sont rarement au coeur de la nouvelle, confirment les études d’Influence Communication. Elles sont omniprésentes dans des enjeux comme l’enfance, l’éducation, la pauvreté, la culture et la santé, mais ces enjeux se retrouvent pour la plupart en queue de peloton des sujets qui ont fait les bulletins de nouvelles et les pages des journaux.

     

    Selon le rapport, c’est dans Le Devoir que l’on retrouve le plus d’articles signés par des femmes (41 %), suivi de La Presse (36 %) et du Journal de Montréal (35 %).


    En vrac La cuisine a dépassé les nouvelles économiques. La cuisine compte pour 6,03 % de l’actualité, contre 5,88 % pour l’économie et les affaires.

    Les médias canadiens ont accordé 23 % plus d’attention à Justin Trudeau qu’à Stephen Harper. L’effet est encore plus accru à l’étranger, où l’actuel premier ministre est 3,13 fois plus médiatisé que l’ancien chef conservateur.

    La mort et les funérailles de René Angélil ont occupé presque 15 % des nouvelles médiatiques, artistiques et culturelles en 2016.

    Hillary Clinton, Céline Dion et Martine Ouellet ont été les trois personnalités féminines ayant obtenu le plus grand poids médias.

    Les francophones hors Québec comptent pour 3,19 % de la population, selon Statistique Canada. Cette année, ces communautés obtiennent un poids médias de seulement 0,46 % dans l’ensemble du pays. Et 90 % de ces mentions proviennent de l’Acadie et des Maritimes.












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