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    Je l’ai vu à la radio

    La diffusion vidéo arrive dans les studios. Anticipation sur une petite révolution.

    3 décembre 2016 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Les poids lourds du retour, à CKOI, expérimentent l’équipement de la compagnie française Multicam Radio, unique en Amérique du Nord.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les poids lourds du retour, à CKOI, expérimentent l’équipement de la compagnie française Multicam Radio, unique en Amérique du Nord.

    Il est 15 h et l’émission Les poids lourds du retour commence à CKOI, le 96,9 de la bande FM du Grand Montréal. La table sur piston des trois animateurs a été un peu remontée pour permettre à Philo Lirette de parler debout. Peter MacLeod et Kim Rusk restent assis.

     

    La première intervention de l’animatrice rappelle le retour du scorbut en Australie. Une caméra placée au-dessus d’elle, dans un coin du studio, près de puissants projecteurs, capte son intervention en gros plan. Un écran dans le studio montre que, quand l’équipe échange, les plans et le montage se dynamisent. On se croirait à la télé.

     

    Pourtant, il n’y a aucun technicien, ni pour saisir les images ni pour les agencer. Le flux vidéo peut même être enrichi de données graphiques (titre de la chanson, liste de diffusion musicale, météo, etc.).

     

    L’équipement de la compagnie française Multicam Radio, unique en Amérique du Nord, est utilisé sur une base expérimentale depuis quelques semaines. On peut voir les tests sur la page Facebook de la chaîne. Le lancement officiel de la belle machine se fera lundi, avec une performance live en studio disponible à ckoi.com, sur Facebook et sur YouTube.

     

    « CKOI travaille depuis un an et demi le côté vidéo de la station, explique Jean-Sébastien Lemire, directeur de la programmation de la station du groupe Cogeco. On le faisait de façon très manuelle, avec des webcams, comme bien d’autres médias. Je suis allé en Europe l’an passé et j’ai découvert des émissions tournées avec ce genre d’équipement très performant. »

     

    On n’arrête pas le progrès. Il faut quand même parfois lui donner un petit coup de pouce pour le mettre en branle. Le directeur Lemire a convaincu ses propres patrons. Il a fallu acheter tout l’équipement et refaire une partie des caissons du studio. Si le passage à la radio multimédia s’avère concluant (pourquoi ne le serait-il pas ?), les trois autres studios de Cogeco à Montréal et ceux en région pourraient s’équiper à leur tour.

     

    « On va y aller de manière progressive, selon la volonté de la population, annonce le porteur du projet. Il faut aussi protéger l’ADN de la radio. La radio, c’est un produit d’accompagnement. On l’écoute en faisant autre chose. Notre but n’est donc pas de transformer une émission de télé en émission de radio. On peut quand même offrir plus. On peut permettre aux gens de voir ce qui se passe dans le studio de la radio, un lieu intime. On y arrive avec cet équipement simple, léger et pratique qui ne reproduit pas la lourde logistique d’un studio de télé. Bref, c’est un hybride médiatique, pas trop intrusif mais efficace. »

    À la radio, j'ai l'impression de jaser avec ma gang de chum. À la télé, on devient animateur et on jour plus un rôle.
    Kim Rusk

    Un CCM

     

    Dans le bureau du patron, à la permanence de Cogeco, Place Bonaventure, une grande fenêtre permet d’épier le studio, où se poursuit l’émission des Poids lourds du retour. Peter McLeod vient de se gratter la bedaine en se passant une main sous le pull-over. La caméra a peut-être tout vu.

     

    « On veut un CCM », lance à la blague Kim Rusk au moment de la visite du studio. Le CCM, dans le jargon de la télé, désigne le trio du look (coiffure, costume maquillage).

     

    « Être filmé, ça change un peu notre façon de faire, précise ensuite l’ancienne gagnante et animatrice de l’émission de téléréalité Loft Story. Les auditeurs nous entendent, captent notre énergie, mais ils ne nous voient pas. Maintenant, ils vont avoir accès à notre petit monde un peu secret et ça va nous forcer à prendre plus conscience de notre image. À la radio, j’ai l’impression de jaser avec ma gang de chums. À la télé, on devient animateur et on joue plus un rôle. »

     

    Mme Rusk anime notamment le segment de son émission sur des start-up québécoises en compagnie du chroniqueur Philippe Bertrand. L’intervention dure quelques minutes en ondes. Une version prolongée au quart d’heure existe en baladodiffusion. Ces compléments audio seront bientôt filmés.

     

    Elle a visiblement tiré des leçons économiques de ces segments puisqu’elle évoque d’elle-même, devant le directeur, le fait que la diffusion supplémentaire ne lui rapporte rien de plus financièrement. « J’attends le chèque », dit-elle en souriant. M. Lemire explique que les contrats d’embauche des animateurs prévoient déjà la déclinaison sur d’autres plateformes, actuelles ou futures.

     

    « On ne leur demande pas d’être différents, au contraire, enchaîne le directeur. La vidéo, c’est aussi une façon de rester dans le coup par rapport à la demande des plus jeunes. Il faut s’ancrer fort dans le numérique. »

     

    La popularité exponentielle du fil Facebook Live prouve assez l’engouement pour les diffusions en direct. Les gens ne veulent pas juste le savoir : ils veulent le voir, pour reprendre la prophétique formule d’Yvon Deschamps. Le système de CKOI surfe sur cette vague, avec une production de qualité professionnelle.

     

    Des modèles européens font tellement bien qu’ils réussissent maintenant à concurrencer la télé, enfin certaines émissions. Les plages du matin offrent un terreau fertile pour les fusions : le téléspectateur peut commencer le visionnement de son émission radio à la maison et poursuivre l’écoute dans la voiture en route vers le bureau.

     

    La vidéo n’est donc pas qu’un gadget radiophonique. Elle fournit des yeux aux oreilles et s’inscrit dans un vaste mouvement de convergence des médias qui finissent tous par se concurrencer les uns les autres, à 15 h comme à toute heure du jour et de la nuit…

    La télédiffusion est encore jeune La soirée est (encore) jeune offre un autre exemple de rapprochements transmédiatiques. La version du samedi de la populaire émission d’ICI Radio-Canada Première est captée, concentrée de deux heures à 45 minutes, et diffusée le lendemain sur ICI Artv. Et ça marche, d’un bord comme de l’autre.

    La captation télé faisait 88 000 de cote d’écoute la semaine dernière, C’est 3000 de plus que C’est juste de la télé, un des moteurs de la chaîne culturelle.












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