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    De l’«agnotologie»

    2 novembre 2016 | Gérard Montpetit - Membre du CCCPEM (Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement) | Médias
    C’est un rapport interne de l’industrie des cigarettes qui a retenu l’attention de l'historien Robert N. Proctor, alors qu’il étudiait les méthodes que de puissantes industries prennent pour vendre leur salade.
    Photo: Allvisionn/Getty Images C’est un rapport interne de l’industrie des cigarettes qui a retenu l’attention de l'historien Robert N. Proctor, alors qu’il étudiait les méthodes que de puissantes industries prennent pour vendre leur salade.

    La cigarette peut-elle causer le cancer du poumon ? De nombreuses études affirment que non ! Les changements climatiques sont-ils réels ? Il n’y a aucune preuve, hors de tout doute, que les humains en soient la cause ! Si ces affirmations vous ont fait sursauter, c’est que vous ignorez tout de l’agnotologie ! Ce mot est un néologisme, un nouveau mot, créé par l’historien de la science Robert N. Proctor. Ce mot vient du grec agnosis, qui signifie ne pas savoir, et logos, discours. C’est l’étude des pratiques qui font la promotion du manque de connaissances. On pourrait également dire que c’est l’art de la tromperie et du mensonge à une grande échelle par des industries qui ont compris que l’ignorance des populations leur confère un pouvoir sur celles-ci.

     

    C’est un rapport interne de l’industrie des cigarettes qui a retenu l’attention de M. Proctor, alors qu’il étudiait les méthodes que de puissantes industries prennent pour vendre leur salade. « Notre produit, c’est le doute, puisque c’est le meilleur moyen de contrer “l’ensemble des faits” qui est perçu dans l’esprit du public. C’est également un moyen de déclencher une controverse. » L’agnotologie est donc une politique qui mise sur l’ignorance de la population ainsi que sur un « doute » systémique que des outils de propagande ont inventé de toutes pièces pour vendre des positions qui sont intellectuellement intenables !

     

    Cette politique a fonctionné pendant plusieurs décennies pour les cigarettiers ; on voit les mêmes tactiques chez les climato-négationnistes et certains politiciens. L’unanimité de 97 % des scientifiques et le 5e rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sont systématiquement mis en doute par de pseudo-instituts (ou think tanks) comme le Hearthland Institute, le CEPS (Centre for European Policy Studies), l’EPC (European Policy Center) et l’ALEC (American Legislative Exchange Council). Puis, on sait qu’ExxonMobil devra bientôt faire face à des poursuites judiciaires parce qu’elle savait depuis la fin des années 1970 que la combustion du pétrole avait une incidence négative sur le climat.

     

    Mais il n’y a pas que Donald Trump et ses partisans qui ignorent délibérément la réalité des changements climatiques. Dans son communiqué pour souligner sa conférence annuelle, l’APGQ (Association pétrolière et gazière du Québec) nous annonce que l’approche étape par étape doit permettre d’enfoncer tout doucement le suppositoire des hydrocarbures dans le dos des Québécois. « L’emphase [sic] que met notre industrie envers [sic] la compétitivité vise à ce que les personnes, les entreprises d’ici et la planète bénéficient d’une production locale au Québec. Notre industrie est bonne pour ces trois piliers et nous espérons que le Québec devienne rapidement un producteur de ces ressources indispensables. Nous devons être compétitifs économiquement, en matière d’environnement et pour le développement social. » Cette industrie est aussi bénéfique en matière d’environnement que la cigarette peut l’être pour la santé pulmonaire !

     

    En plus subtil, le projet de loi 106 du gouvernement Couillard se met au service de ce déni de la réalité. Dans ce projet de loi, il y a un petit bonbon pour les écologistes au sujet de la transition énergétique, mais le reste est tellement favorable à l’industrie pétrolière que l’on croirait que c’est un lobbyiste de l’industrie qui l’a rédigé.

     

    L’agnotologie, c’est faire activement la promotion de l’ignorance pour pouvoir vendre son produit. Mais face au pouvoir des citoyens qui prennent le temps de s’informer correctement, les « suppositoires de la vérité » de l’APGQ semblent produire du gaz pour l’usine de biométhanisation. Ce matin, un sondage révélait que 65 % des Québécois se disent contre l’extraction d’hydrocarbures. Pire, « ils sont 88 % à refuser que Québec vende des licences aux entreprises pétrolières ou gazières qui leur donnent un droit d’accès aux propriétés des Québécois, voire de les exproprier ». Pour notre ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, ce promoteur du projet de loi 106 qui met les intérêts de l’APGQ avant ceux des citoyens, cette vérité est une très mauvaise nouvelle !













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