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    Libre opinion

    Sujet tabou: la langue des journalistes

    12 octobre 2016 | Louis Fournier - Journaliste et syndicaliste à la retraite, l’auteur a travaillé près de 20 ans à la radio et dans la presse écrite | Médias
    «La qualité de la voix et celle de la langue parlée ne sont-elles plus des critères d’embauche pour les journalistes à la radio et à la télévision?» demande Louis Fournier.
    Photo: Barry Gregg Getty Images «La qualité de la voix et celle de la langue parlée ne sont-elles plus des critères d’embauche pour les journalistes à la radio et à la télévision?» demande Louis Fournier.

    C’est un sujet tabou dans le métier et on n’en discute presque jamais, de peur sans doute de heurter des collègues. Ce tabou, c’est la détérioration de la qualité de la voix et de la langue parlée des journalistes à la radio et à la télévision au Québec. Un déclin marqué depuis plusieurs années.

     

    Trop de journalistes ne savent pas parler : voix de crécelle, diction molle, articulation relâchée, pauvreté de vocabulaire, bafouillage, incapacité d’improviser sans laisser échapper un million de « euh »… Et pourquoi donc cette propension à « aboyer », c’est-à-dire à parler de façon criarde et désagréable plutôt que normalement, surtout aux bulletins de nouvelles de TVA ? Et cette manie omniprésente d’ajouter des « là » à la fin de chaque phrase qui commence par un adjectif démonstratif : ces informations-là, cet événement-là… J’en passe et des pires.

     

    De surcroît, les anglicismes et les tournures de phrase anglaises pullulent. Comment des journalistes peuvent-ils nous dire, comme Justin Trudeau, qu’on doit « adresser » les problèmes ? Ou que le Parti libéral du Canada vient d’adopter une nouvelle « constitution » (en français, des statuts) ? Ou que le premier ministre a mis « l’emphase » sur telle question ? Vous pouvez ajouter vos propres exemples à cette liste qui s’allongera vite.

     

    La qualité de la voix et celle de la langue parlée ne sont-elles plus des critères d’embauche pour les journalistes à la radio et à la télévision ? Y a-t-il encore des sessions de formation pour apprendre à parler ? Un journaliste spécialisé dans les faits divers, Alexandre Dumas, s’exprimait mieux que l’immense majorité des journalistes d’aujourd’hui à Radio-Canada.

     

    De peur de passer pour un nostalgique, j’ose à peine évoquer les noms de journalistes de la classe de Pierre Nadeau, Judith Jasmin, Richard Garneau, Madeleine Poulin, James Bamber. Et, plus près de nous, Simon Durivage, Michèle Viroly, Jean-François Lépine, Denise Bombardier, Pierre Maisonneuve et tant d’autres bons journalistes qui savaient si bien parler et s’exprimer en français.

     

    Soyez assurés qu’il s’en trouvera dans la profession, et plus que vous le croyez, pour clamer qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat et qu’après tout, ce n’est pas « si pire » (sic). Tant il est vrai que le réflexe tribal d’autodéfense l’emporte le plus souvent sur la nécessité de l’autocritique.

     

    Une de mes plus grandes consolations reste d’écouter à la radio la plus belle voix féminine de Radio-Canada, celle de la journaliste-présentatrice Isabelle Poulin, une voix douce à l’oreille, presque un enchantement… Pourquoi y en a-t-il si peu comme elle ?













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