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    Médias

    Dons d’organes

    Alors, Le Devoir, ça va ? Ça dépend du point de vue. Ce journal n’a jamais eu autant de lecteurs depuis sa fondation en 1910, merci le Web. Il peut aussi encore compter sur de généreux donateurs. En même temps, la publicité fléchit, les charges augmentent, les comptes rougissent et, comme des milliers de quotidiens dans le monde, celui-ci s’inquiète pour son existence même.

     

    La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) vient de dévoiler une étude sur l’ampleur générale de la crise dans le secteur de la presse au Québec. On y apprend que des journaux d’ici ont perdu 43 % de leurs emplois entre 2009 et 2015.

     

    Le regroupement syndical recommande à l’État d’intervenir par divers moyens (dont le crédit d’impôt sur la masse salariale) pour sauver ce secteur des communications au coeur de la libre circulation d’informations pertinentes, réputées vitales en démocratie. Après tout, les gouvernements soutiennent déjà l’industrie du jeu vidéo, de la télévision, du cinéma ou des magazines, et bien d’autres pays aident la presse.

     

    Il y a toute sorte de manières d’y arriver. Ici, les quotidiens imprimés payent des millions en taxe verte annuelle pour le recyclage de leur déchet papier entièrement biodégradable. Au Manitoba, la charge du recyclage incombe aux producteurs de boissons gazeuses, réputées obésogènes.

     

    Le don de soi

     

    Le salut ne vient pas que des taxes, des crédits et des subventions. The Hardwick Gazette, du Vermont, pense survivre en s’offrant au plus désirant, tout simplement. Son propriétaire, Ross Connelly, a envoyé un communiqué mercredi dernier pour annoncer qu’il lançait un concours littéraire dont le prix sera son journal, abonnés payants et immeuble compris.

     

    Sans blague. Cet hebdomadaire s’offre en récompense au gagnant d’une compétition qui consiste à écrire un court texte de deux feuillets décrivant « les compétences et la vision du participant pour en faire le propriétaire d’un hebdomadaire du nouveau millénaire ». La déclaration d’intention doit tenir en 400 mots et être postée. Le courrier, pas le courriel.

     

    L’inscription coûte 175 $. Le nouvel éditeur deviendra propriétaire du journal, de son immeuble de bois dans la rue principale à Hardwick et de tout le matériel nécessaire pour faire fonctionner l’entreprise fondée en 1889.

     

    « Nous voulons entendre des gens qui savent qu’un média social, ce n’est pas la même chose qu’un journal local », a expliqué M. Connelly, journaliste maintes fois primé, qui a eu 71 ans dimanche. Il a acheté The Hardwick Gazette en 1986 avec sa femme, décédée il y a quatre ans. Il n’a plus l’énergie pour s’en occuper seul.

     

    L’abonnement à l’un de ses quelque 2200 exemplaires hebdomadaires coûte 35 $ par année. La publication et ses quatre employés couvrent neuf villes et villages du comté de Caledonia, dont Hardwick et ses 3000 habitants.

     

    Le vieux média a survécu jusqu’au XXIe siècle sans édition numérique, sans même un site Internet. Dans un article reproduit en ligne, datant de 2009, l’éditeur explique cette situation par un manque de fonds, d’équipement et de personnel, mais aussi par la volonté de préserver les revenus publicitaires sur papier.

     

    « La présence sur le Web n’a pas sauvé l’Eagle Times de Claremont, dont les origines remontent à 1824 », écrit-il en citant d’autres disparitions. Son texte sert surtout à établir qu’une société démocratique a besoin d’une presse indépendante forte. Il s’en prend au passage aux journaux commerciaux qui servent le profit avant la démocratie. On peut facilement soupçonner ce vieux démocrate d’appuyer le sénateur Bernie Sanders, candidat défait par Hillary Clinton, socialiste trouble-fête de son âge.

     

    The Hardwick Gazette pourrait donc survivre sur papier par le don. Sans A_ veut poursuivre en ligne par le même moyen.

     

    Ce nouveau magazine franco-français a lancé une campagne de financement populaire qui se termine dans deux jours. Dimanche midi, il ne manquait que 3000 $ des 50 000 nécessaires.

     

    Le petit magot va permettre d’étendre un projet imaginé il y a deux ans par Martin Besson, Parisien de 18 ans, pour « donner de la visibilité aux invisibles », ces sans A de la dénomination, sans abri, sans attention, sans amour, sans argent, sans avenir.

     

    « Nous remettons l’humain au centre de nos productions en redonnant une parole oubliée », résume la présentation qui étend la liste aux personnes âgées, aux jeunes et aux étudiants, aux chômeurs, aux handicapés, aux malades chroniques, aux employés précaires. Sans A_, c’est l’itinéraire, pour tous les éclopés.

     

    Le modèle journalistique part d’une histoire réelle pour contextualiser sa situation. Une centaine de reportages déjà réalisés sur sans-a.org prouve la richesse de l’idée. On croise Serge, « guerrier du bitume », ancien légionnaire comptant 30 ans de rue ; Emmanuelle, née sans bras ni jambes ; Ahmed, Marocain de 47 ans qui survit en fouillant dans les poubelles parisiennes, « toujours exploité, jamais naturalisé », etc.

     

    Les 35 000 euros vont soutenir ce journalisme engagé et donner une autre belle leçon de choses démocratico-médiatiques à coup de solidarité, d’interaction réelle et virtuelle, de nouveau journalisme niché.

     

    Alors, la presse, ça va ? Ça dépend du point de vue…













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