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    Radio-Canada entre l’instantanéité et la profondeur

    9 avril 2016 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Patrice Roy, Céline Galipeau et Michel Viens
    Photo: ICI Radio-Canada Patrice Roy, Céline Galipeau et Michel Viens

    Plusieurs écrans chassent l’autre. Les Québécois passent maintenant plus de temps à s’informer en ligne qu’en regardant les journaux télévisés. Selon une étude du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, les petites fenêtres (téléphone, tablette, ordi) l’emportent sur la moyenne. L’ère de l’infotélé aura duré un bon demi-siècle, après que la télévision eut elle-même supplanté les bulletins radios, les journaux et les actualités cinématographiques (oui, oui, ça a existé).

     

    Le jour de la publication de cette étude, mercredi, le Téléjournal de 22 h d’ICI Radio-Canada attirait autour de 320 000 personnes. Le TVA Nouvelles concurrent joue du yo-yo avec des pointes au double et certains soirs à peine au-dessus de 350 000. Il y a 20 ans, l’audience de l’un ou l’autre pouvait facilement dépasser les trois quarts de million.

     

    Tous les indices signalent le déclin du bon vieux journal télévisé. Le recul est de 3 à 4 % en moyenne par année aux États-Unis et au Royaume-Uni. « L’auditoire moyen de plusieurs téléjournaux est maintenant plus vieux que l’auditoire moyen des journaux », résume une récente analyse du Nieman Lab, observateur des médias aux États-Unis.

     

    Cette implacable réalité ne fait pas paniquer Michel Cormier, grand patron de l’information d’ICI Radio-Canada. « Ce qu’on perd sur une plateforme, on le récupère sur une autre, dit le directeur général en entrevue au Devoir. On peut aussi additionner les publics qui consultent nos sites et nos bulletins radio ou télé pour se dire que ça va mieux. »

     

    Il donne l’exemple concret de « petites capsules » produites sur les femmes autochtones présumées victimes de multiples agressions à Val-d’Or. Elles ont été diffusées avant le reportage de l’émission Enquête qui a fait tant de bruit à la télé. « C’est devenu viral et la cote d’écoute de l’émission a été bien supérieure. On a créé un buzz. Et même si les gens ne regardent pas Enquête, c’est déjà la diffusion sur les réseaux sociaux de gagnée. »

     

    Continuer, impacter

     

    Cette convergence n’est pas seulement quantitative. Radio-Canada multiplie les rapprochements et les échanges des plateformes depuis le tournant de la décennie et elle s’engage maintenant dans une union encore plus poussée avec la restructuration dévoilée cette semaine.

     

    La nouvelle étape est résumée dans un document diffusé mercredi, intitulé « Repositionnement de l’information à Radio-Canada », obtenu par Le Devoir. La mutation se présente sous la forme d’un défi binaire qui oblige à « offrir à la fois l’instantanéité et la profondeur ». En clair, le public veut savoir très vite ce qui se passe, puis cherche à comprendre ce qui s’est passé.

     

    Radio-Canada réorganise donc son travail non plus autour des plateformes (le Web, la télé, la radio), mais autour des deux genres journalistiques, rapide ou lent, instantané ou approfondi.

     

    « Les gens veulent être informés le plus vite sur l’écran de leur choix, dit M. Cormier. Il faut qu’on soit rapide. Ils s’attendent aussi à avoir le sens des choses. Avant, tout le monde avait cette responsabilité. Maintenant, on divise le travail selon deux axes, l’info en continu ou l’info d’impact. »

     

    Les structures s’adaptent. La direction de l’info se devise aussi en deux.

     

    L’info en continu, en développement, en direct sera dirigée par Paule Genest. Elle regroupera ICI RDI, la salle de rédaction numérique, la mobilité, les bulletins de nouvelles radios et les émissions spéciales.

     

    Le journalisme d’impact est dirigé dorénavant par Pierre Tremblay. On y retrouve pêle-mêle les téléjournaux du midi, du Grand Montréal et de 22 h, Les coulisses du pouvoir, RDI économie, 24/60 et Les grands reportages, en plus des émissions d’actualité Midi info et L’heure du monde à la radio.

     

    « Notre marque de commerce c’est l’enquête, les vérifications de faits, le terrain qui se retrouvent dans les grands rendez-vous », poursuit le patron en donnant l’exemple des journaux télévisés qui ont déjà commencé ce grand virage il y a plusieurs mois. « Nos bulletins se transforment. On n’est pas dans la forme traditionnelle. On offre plutôt une émission d’information qui a une saveur plus magazine. Cette semaine, nous avons commencé un Téléjournal avec un reportage de sept minutes de Sophie Langlois sur les médecins français émigrés ici mais qui ne trouvent pas de stage. Ça va plus chercher les gens qui, rendus le soir, connaissent déjà les nouvelles importantes du jour. Il faut surprendre le téléspectateur, parfois en allant plus loin que la nouvelle du jour ou avec un reportage international. »

     

    Cette orientation prend aussi acte des limites du multitâches. Oui, les journalistes peuvent intervenir sur plusieurs plateformes. Au total, il semble plus profitable de miser sur les forces de chacun par rapport à la nouvelle à chaud ou l’enquête froide, par exemple.

     

    « Si on veut, on traverse le dernier pont de l’intégration, dit le directeur général de l’information. Mais tout le monde ne va pas travailler partout. Il y a des limites à ce qu’une personne peut faire pour la télé, la radio et le Web dans la même journée. On aura donc des journalistes appelés à faire du direct et d’autres travaillant sur la valeur ajoutée. »


    SCRC c. RC Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), qui représente notamment les journalistes du Centre de l’information de Montréal, dénonce « avec la plus grande fermeté » la restructuration dévoilée cette semaine par la direction. « La décision unilatérale de la direction de RC contrevient de fait aux dispositions des conventions collectives toujours en vigueur, dit le communiqué publié mercredi. La direction de RC a pris cette décision, qui aura un impact majeur sur nos membres, sans aucune consultation avec le syndicat. » Le SCRC dit avoir été averti quelques minutes avant l’annonce officielle de la décision. Elle choque d’autant plus l’organisation syndicale que des négociations sont en cours pour le renouvellement des conventions collectives.












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