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    Quand trop c’est trop

    La culture, Internet, l’infobésité et la découvrabilité (oui, oui, ça existe)

    14 novembre 2015 |Stéphane Baillargeon | Médias

    Plus de 800 000 nouveaux sites Internet sont mis en ligne chaque jour. Environ 90 % des données numériques disponibles sur le Web ont été créées durant les deux dernières années. Chaque minute, Google gère plus de 4 millions de recherches, Facebook 2,5 millions de partages, et YouTube 72 heures de vidéos.

     

    D’où la question aussi simple que capitale pour les producteurs de contenus culturels : comment faire pour se démarquer ? Autrement dit, comment faire pour attirer l’attention des publics potentiels ?

     

    « Le problème de base pour nous, maintenant que nous sommes en ligne, c’est de réussir à capter l’attention de quelqu’un, expliquait récemment au Devoir le directeur de Paris Match Olivier Royant. Avant, notre magazine était acheté une fois par semaine. Aujourd’hui, avec nos applications, les gens sont en contact avec nous plusieurs fois par jour. Ils cheminent avec nous et il faut pouvoir les accompagner. Mais pour les accompagner, il faut d’abord les trouver et les intéresser. »

     

    Un directeur du New York Times a déjà résumé le problème ainsi : avant, son édition en kiosque compétitionnait avec une poignée d’autres quotidiens ; maintenant, en ligne, son site d’information se bat contre des milliers et des milliers d’autres sources de nouvelles et de divertissement, dont Angry Birds.

     

    L’hyperabondance

     

    Tant de livres et si peu de temps pour les lire, dit un vieil adage maintenant décliné dans tous les domaines, la télé comme le cinéma ou la musique. Une branche particulière de l’économie traite d’ailleurs de l’attention comme d’une ressource rare qu’il s’agit de maximiser. Le problème général s’amplifie avec la grande dématérialisation : l’offre surabondante rend le temps encore plus précieux. La rareté se situe d’ailleurs bien du côté de la consommation plutôt que de la production des oeuvres.

     

    « L’ère numérique a engendré une hyperabondance : avant, les contenus étaient rares et les gens avaient plus de temps ; aujourd’hui, les plateformes multiplient les propositions alors qu’il est de plus en plus difficile d’attirer et de retenir gens. Résultat : les producteurs et les diffuseurs se battent férocement pour capter l’attention de publics de plus en plus sollicités de toutes parts », résume Sylvain Lafrance, professeur du Pôle média à HEC Montréal.

     

    Son établissement et la Chaire innovation et régulation des services numériques de l’École polytechnique de Paris organisaient là-bas en septembre un colloque sur le sujet, intitulé Culture et médias au défi de l’attention. Une vingtaine de conférenciers venus des deux côtés de l’Atlantique Nord ont décortiqué le problème posé par la surabondance des contenus véhiculés tout le temps, partout.

     

    Comme tout s’agglutine sur les écrans plus ou moins mobiles, les moteurs de recherche détiennent une des clés du succès tout en posant de nouveaux défis. « D’une part, leurs contenus sont éditorialisés par des algorithmes, poursuit le professeur Lafrance. D’autre part, ces moteurs enferment l’internaute dans une bulle de filtres. En gros, l’outil donne plus de ce qui intéresse déjà. Pour la découverte des contenus, ce n’est pas extraordinaire. »

     

    On se retrouve ainsi avec ce premier paradoxe : jamais les contenus n’ont été aussi disponibles et pourtant chacun, prisonnier de sa bulle, ne découvre pas tant de nouveautés. « Quand tu lances une série sur Radio-Canada ou TVA, elle se retrouve en concurrence avec les propositions de Netflix, ajoute le professeur qui a lui-même piloté le lancement de la plateforme Tou.tv il y a cinq ans, quand il était vice-président de Radio-Canada. En plus, si tu veux rentabiliser une production aujourd’hui, tu dois la rentabiliser sur plusieurs plateformes et chaque fois, tu as intérêt à ressortir du lot. »

     

    Le second paradoxe fait qu’au bout du compte, seuls quelques contenus finissent par rafler la mise dans la mer des offres. « C’est une sorte d’effet blockbuster, termine M. Lafrance. Cet effet pose aussi des défis économiques à ceux qui ne réussissent pas à se démarquer par rapport aux géants qui occupent beaucoup de place. Mais là encore, c’est une question d’attention. Netflix est immensément vu et on y pense immédiatement avant de songer à une autre plateforme qui peut offrir du contenu intéressant. »













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