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    Médias

    Je suis Radio X

    Il y a du radio X chez moi. Enfin, il y en avait. Un peu. J’ai travaillé pour RNC média au cours de la dernière année. Le réseau Radio Nord Communications détient quinze chaînes québécoises, notamment les radios X de Québec. J’étais chroniqueur média intermittent pour le 91,9 FM de Montréal quand la chaîne a abandonné son modèle X, vulgaire et agressif, pour devenir Radio 9 (ou IX), chaîne d’opinion plus calme et posée.

     

    En une trentaine de passages en ondes (à 100 $ chacun), j’ai pu y développer les mêmes idées qu’ici, au Devoir, sans contraintes ni censure, jamais. Le nouveau modèle de Radio 9 a tenu neuf mois avant de faire patate lui aussi. Maintenant, le 91,9 ne diffuse que des émissions de sport.

     

    Je devais faire cette précision avant de poursuivre avec cette chronique sur l’étude L’information à Québec, un enjeu capital,de la professeure de l’Université Laval Dominique Payette. Elle y développe l’idée que les radios X entretiennent un climat de peur dans la capitale, et rien de moins.

     

    Elle cite des cas. On les connaît. Des animateurs attaquent férocement et pêle-mêle les souverainistes, les socialistes, les féministes, les cyclistes, les Amérindiens, les assistés sociaux, et on en passe. Mme Payette a bien sûr été ciblée personnellement pour son rapport. De la grande classe, encore une fois.

     

    Dans cette vision du monde, les élites organisées (en syndicats, en partis politiques…) comme la racaille fainéante (sur le BS ou les prêts et bourses) spolient sans cesse le gars de la base, diminuant d’autant son pouvoir d’achat, si possible d’une voiture encore plus grosse.

     

    Un autre professeur, Olivier Turbide, de l’UQAM, rare spécialiste du sujet, vient de résumer autrement les ingrédients structurants de ces médias atypiques dans le numéro de mai de L’Action nationale. Il en faudrait trois : 1. un animateur charismatique, 2. une dichotomisation des positions et 3. une polarisation des groupes impliquant la construction d’un « nous » et d’un « ils » irréconciliables. « Ce discours se traduit également par la construction artificielle de camps ennemis, dénigrés et contestés […] », écrit-il.

     

    Le professeur Turbide met en doute l’efficacité de cette propagande. « Les animateurs s’adressent principalement à des convertis, ajoute-t-il, et leurs discours circulent souvent à l’intérieur des mêmes cercles sociaux constitués de partisans de ces radios. » On pourrait en dire autant de Radio-Canada, du Devoir ou des Nouveaux Cahiers du socialisme.

     

    Dans une autre direction

     

    Mme Payette pousse plutôt le bouchon dans une direction comploteuse et émeutière. Elle dit que les radios X comme médias de niche (narrowcasting) influencent les autres et les décisions publiques tout en entretenant un climat « inacceptable ». Elle a utilisé le mot en entrevue. Elle établit constamment des parallèles sans précautions avec la situation médiatique états-unienne.

     

    Elle s’offusque particulièrement des attaques contre le PQ. L’étude a été commandée par l’ex-première ministre Pauline Marois avec ses fonds discrétionnaires. Mme Payette elle-même est une candidate péquiste défaite. Mettons que les jupons dépassent.

     

    Les solutions de ce « rapport poubelle » choquent tout autant. Elles pointent toutes vers l’encadrement des médias. En rapatriant le champ des communications au Québec. En forçant l’adhésion au conseil de presse. C’est l’envie du pénal, encore une fois, comme dans le rapport général sur la crise des médias déposé par la même professeure il y a trois ans. Mme Payette voit dans le vide juridique un espace à colmater pour enlever de la liberté et des responsabilités.

     

    Elle-même se prémunit déjà contre ces graves accusations appréhendées. Elle écrit qu’il est de bon ton de crier à l’atteinte à la liberté d’expression dès qu’il est question de remettre en question les propos de ces stations de Québec. Dans une note en bas de page, elle cite le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé affirmant que « la liberté d’expression, c’est aussi la liberté de dire des bêtises ». Et elle de répliquer : « Évidemment, c’est faux. Toute erreur commise par un journaliste — et il est normal que cela arrive — doit aussitôt que possible être corrigée. »

     

    Quelle remarque tordue. Erreur n’égale pas nécessairement bêtise. L’envers de la bêtise, c’est moins souvent la vérité qu’une autre bêtise. Et la liberté d’expression, effectivement, c’est la liberté de dire vrai, de relayer des erreurs et de défendre des âneries.

     

    Charlie Hebdo le prouve allègrement avec des dessins scabreux et blasphématoires, des écrits adulescents et du sexisme pornophile dans toutes ses pages. Mais c’est plus difficile de dire « Je suis Radio X », n’est-ce pas ? Et comme disait l’autre, ce qu’il y a d’embêtant, dans la morale, c’est la morale des autres.

     

    J’ai travaillé en toute liberté chez RNC. Merci. Comme ici, où je peux dire que les radios X me désolent souvent par leur démagogie populiste vomie sur tout et rien dans une langue dégradée et avilie. Cette critique des émissions animées par des béotiens incultes, perclus de ressentiments, est répétée ad nauseam depuis des années. Elle peut continuer. Tout comme la liberté d’expression permet d’énoncer et de dénoncer les inquiétantes bêtises liberticides de Mme Payette.













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