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    Média

    «La Presse+» moins «La Presse» papier

    Seule l’édition du samedi survivra à la dématérialisation du quotidien de la rue Saint-Jacques

    17 septembre 2015 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Illustration: Garnotte

    La Presse connaîtra en janvier une nouvelle étape majeure vers sa grande dématérialisation quand elle abandonnera ses cinq éditions payantes des jours de semaine. En 2016, il ne restera plus qu’une seule version imprimée, celle du samedi.

     

    Le média fondé au XIXe siècle favorisera dorénavant ses déclinaisons numériques et gratuites : sa livraison quotidienne pour tablette (La Presse+), son site Internet et de multiples présences sur les réseaux sociaux.

     

    La décision, prévisible mais quasi unique au monde, a été annoncée officiellement mardi matin aux employés réunis par la direction et sur le site lapresse.ca. Le changement arrivera moins de trois ans après le lancement de La Presse+. Le consortium Gesca, auquel appartient La Presse, a vendu en mars ses six autres quotidiens québécois, dont Le Soleil.

     

    « Plus on avançait dans le temps, plus on en arrivait à la conclusion qu’il fallait compléter cette migration », dit au Devoir l’éditeur et président de La Presse, Guy Crevier, grand timonier de ce virage depuis des années.

     

    Il explique qu’il reste 81 000 abonnés à la livraison du journal montréalais en semaine et 120 000 le week-end. Par contre, ajoute le président, 85 % des revenus de l’entreprise médiatique proviennent des publicités présentes sur les nouvelles plateformes, dont 70 % de La Presse+. The New York Times, malgré un million d’abonnés en ligne, ne tire que le tiers de ses revenus du Web.

     

    Pour M. Crevier, le prestigieux quotidien new-yorkais appartient à une classe à part, celle des fournisseurs de contenus exclusifs qui peuvent le faire payer. La Presse provient d’un autre groupe, celui qui voit ses revenus de pub fondre et qui doit en même temps composer avec la gratuité du contenu.

     

    « Nous ne cherchons pas à donner des leçons au reste de l’industrie des journaux dans le monde : nous tentons d’abord et avant tout d’établir un modèle rentable au Québec », dit le président.

     

    La décision de La Presse est annoncée au lendemain du lancement de la version pour tablette du Toronto Star, qui utilise la quincaillerie numérique de La Presse.

     

    Pertes d’emplois

     

    « L’annonce comme telle n’a pas été une grande surprise parmi les employés : le plan de match depuis le début, c’est de trouver un nouveau modèle d’affaires », dit en entrevue au Devoir le journaliste Charles Côté, président du Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse.

     

    Pour l’occasion, M. Côté se fait porte-parole des cinq organisations syndicales de l’entreprise, celles représentant les journalistes, mais aussi les employés des bureaux, de la publicité, des services informatiques et de la distribution. C’est là, au Syndicat de l’industrie du journal du Québec (distribution-CSN) que l’abandon du papier aura le plus d’impact.

     

    Les 35 postes des distributeurs disparaîtront dès le 1er janvier. Le déclin est amorcé depuis des années. Leur syndicat comptait 200 membres en 2009. Les commissionnaires restants ne livraient plus par camion l’édition du samedi, que continueront de transporter des sous-traitants.

     

    « C’est triste, mais la fin de ces emplois n’a rien à voir avec la performance et le dévouement de ces travailleurs dans une industrie en soubresaut, dit M. Crevier. C’est la réalité. »

     

    Les conséquences sur les autres emplois restent imprécises. Le service à la clientèle, celui recevant par exemple les plaintes sur la livraison à domicile, devrait être touché. À l’évidence, des dizaines de camelots perdent leurs jobs, mais ils n’étaient pas syndiqués.

     

    Le contrat d’impression avec Transcontinental arrive à échéance en 2018. Une entente révisée en février 2014 permet à La Presse de réduire à volonté le nombre de ses éditions quotidiennes. Cet amendement lui aurait coûté 31 millions.

     

    Pour le reste, l’intersyndicale ne connaît pas encore le sort de ses quelque 600 membres. Une nouvelle réunion avec la direction doit se tenir le 24 septembre au sujet de « la restructuration de l’entreprise » selon les termes utilisés par M. Crevier.

     

    L’impact sur les emplois dans la salle de rédaction sera déterminé concrètement dans les prochaines semaines. Les conventions collectives arrivent à échéance le 31 décembre, en même temps que la fin du papier.

     

    La salle compte maintenant 286 journalistes (reporters, chroniqueurs, photographes, pupitreurs, etc.), dont 48 surnuméraires, une embauche autorisée exceptionnellement par lettre d’entente.

     

    « Ça fait deux ans et demi que nous travaillons pour la tablette, dit Charles Côté. Nous avons permis à l’entreprise d’embaucher un grand nombre de surnuméraires qui n’ont pas la sécurité d’emploi. Ceci dit, quarante permanences ont aussi été octroyées. Aujourd’hui, la direction nous annonce qu’elle a un modèle viable. Il n’y a donc plus de raison d’avoir de la précarité pour les surnuméraires. »

     

    Dans sa lettre ouverte, l’éditeur Guy Crevier explique que « le virage numérique a été soutenu avec conviction et constance par notre actionnaire », comprendre Power Corporation. Dans un communiqué publié mardi après-midi, l’intersyndicale évalue à 40 millions l’investissement dans La Presse+.

     

    Les employés veulent des chiffres officiels et vérifiés. « On veut de la transparence, dit Charles Côté. La direction devra faire preuve d’une plus grande transparence si elle veut procéder à une réorganisation de l’entreprise. »













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