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    Médias

    Une niaiserie en trop

    Il faut parler du Ti-Mé Show. Rien que sur papier, c’était déjà une idée bien inconvenable et, depuis des mois, beaucoup de gens se demandaient ce que Radio-Canada allait faire dans cette chaloupe trouée d’avance, immanquablement vouée au naufrage, corps et biens.

     

    Le diffuseur, toujours prêt à faire la vente sous pression de ses nouveautés, n’a d’ailleurs pas osé exhiber sa nouvelle créature avant la première diffusion, vendredi soir, à 19h. Même les collègues radiocanadiens n’ont pas pu « ploguer » la production en convergence sur leurs différentes plateformes en toute connaissance de cette mauvaise cause.

     

    On se répétait donc que ce serait sûrement mauvais. Ça ne pouvait qu’être mauvais. Mais à ce point ?

     

    L’épreuve du test passée, il faut maintenant se rendre à l’évidence : la réalité dépasse en platitude les pires pronostics.

     

    La torture du barbu dure une heure. Tout ou presque agace ou fait défaut, du décor avec outils au langage relâché en passant par le rythme inutilement survolté. À un moment, on a eu droit à des blagues de vieux monon’c racontées en duo par Ti-Mé et son invitée Ginette Reno. Tiens-toi bien après les oreilles à Popa…

     

    Pour être drôles, les degrés de l’humour doivent s’éloigner plutôt que se rapprocher du zéro. Ce Ti-Mé Show congèle toute envie de rire, sauf peut-être de gêne et de honte aussi.

     

    Si, au départ, le personnage de Popa ne vous fait plus rire (c’est mon cas), évidemment, il n’y a aucune chance d’adhérer à la proposition. Oui, d’accord, Claude Meunier qui l’incarne en se déguisant en grand-papa hipster, a de la répartie. C’est bien la moindre des qualités quand on veut faire son chemin dans ce genre très difficile, y compris dans une version pastichée.

     

    Est-ce seulement la volonté ? Au fond, à quoi sert ce spectacle désolant ? À ridiculiser les talk-shows de fin de soirée ? Encore faudrait-il savoir lesquels ! Celui-là déconstruit les codes d’un monde qui n’existe plus depuis très longtemps, comme si l’écran nocturne appartenait encore à Ed Sullivan ou à Jean-Pierre Coallier !

     

    On se retrouve donc dans une émission de télé de 2015, animée par un personnage de la télé des années 1990, qui évoque de la télé des années 1960 ou 70. Misère. Mettez tout ça aux vidanges…

     

    La petite vie était bonne et drôle ? Pis ? Symphorien aussi, dans son genre et en son temps, pourtant TVA, héritière du canal 10, n’a jamais eu l’indécence de vouloir faire animer un talk-show par ce personnage — et grande paix à la mémoire de Gilles Latulipe.

     

    De la gabegie

     

    Rendu là, ce n’est plus de la nostalgie, c’est de la gabegie. En passant, avec cinq sous et beaucoup, beaucoup de talent, le duo de Didier Lucien et Angelo Cadet a réussi pendant plusieurs années à créer la délirante parodie surréaliste de talk-show 9,5 sur la chaîne communautaire Vox.

     

    Même avec une bonne dose de volonté, il n’y a donc pas grand-chose à entériner du Ti-Mé. La proposition est viciée, irrécupérable. Julie Snyder, qui a fait plaisir à son ami M. Meunier en devenant la première invitée du plateau, n’a pas plus réussi à sauver la mise à elle toute seule. La courte visite aura au moins servi au rapprochement symbolique entre la grande reine de TVA et le nouveau canal 2, après des années de conflits.

     

    Franchement, en ce moment, Radio-Canada n’avait pas besoin de ça. Le diffuseur public se fait attaquer de tous bords. Les gouvernements assèchent ses budgets depuis des années. Ses concurrents lui rognent des parts de marché, y compris avec de très bonnes idées comiques comme Les beaux malaises. Des alliés naturels lui reprochent de plus en plus de ne pas assez bien remplir son rôle fondamental d’information, de culture et de divertissement de qualité.

     

    La programmation du Ti-Mé Show devient le symptôme d’un mal plus profond. Ce n’est pas juste de la TV. C’est de la TV inutile et insignifiante alors que, pour s’attirer de la sympathie, Radio-Canada doit demeurer essentielle et intelligente partout, tout le temps.

     

    Des projets forts du réseau d’État comme Série noire ou Tout sur moi doivent batailler ferme pour survivre pendant qu’il y a de la place pour ça ?

     

    Il n’y a pas de talk-show de fin de soirée à la télé publique canadienne, comme Real Time with Bill Maher, C dans l’air d’Yves Calvi ou Im Glashaus du philosophe allemand Peter Sloterdijk, mais il y a de la place pour ça ?

     

    Ici, Tout le monde en parle fonctionne déjà très bien et il y a certainement de la place pour une émission qui poursuivrait dans cette veine, avec des moyens plus modestes, juste pour entendre des gens de tous horizons discuter intelligemment. Ce serait déjà très audacieux. De la réflexion pour élever les esprits au lieu de la dérision engluante de ce personnage insupportablement cynique.

     

    En lieu et place, on se retrouve donc avec cette très médiocre niaiserie. L’émission telle qu’elle est, telle qu’elle restera — à moins qu’une salvatrice compassion ne permette de l’euthanasier —, dégrade et embarrasse Radio-Canada.

     

    Il fallait en parler. Tout le mal est dit.













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