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Médias: Presse en ligne «mur à mur»

Paul Cauchon   3 novembre 2003  Médias
Il y a eu l'époque où Internet était vu comme une nouvelle bibitte incompréhensible. Puis il y a eu les délires futuristes voulant que tous les journaux allaient disparaître dans l'année et qu'il fallait tous devenir des spécialistes du langage HTML pour survivre. Puis, après l'éclatement de la bulle Internet, il y a eu la déprime, disant qu'il n'y avait plus rien à faire avec Internet, qu'il fallait abandonner toute tentative d'y implanter du journalisme sérieux et original.

Je caricature, bien sûr. Mais la lecture d'un tout récent numéro hors-série du Courrier international, Le guide mondial de la presse en ligne (octobre/décembre 2003), nous fait comprendre comment Internet s'est aujourd'hui à la fois banalisé et à la fois complexifié, et comment le grand réseau continue de pousser dans le dos du journalisme traditionnel.

Ce guide présente la description de centaines de journaux en ligne de par le monde, mais consacre au moins trente pages à tracer le portrait du journalisme en ligne. On y trouve certaines évidences, bien sûr, entre autres qu'il est à peu près impensable aujourd'hui pour un média de ne pas avoir de site Internet digne de ce nom, et qu'il semble tout aussi difficile d'y trouver la rentabilité.

Plusieurs spécialistes remarquent que, malgré le succès des sites d'information sur Internet la plupart des entreprises ont encore de la difficulté à véritablement intégrer le texte, la vidéo, l'audio, les photos et les autres éléments graphiques dans une interface simple et unifiée. Pour sa part le American Journalism Review prévoit que dans les dix prochaines années le journalisme en ligne explorera toutes les possibilités offertes par Internet sans fil et les objets mobiles comme le téléphone, mais qu'il lui faudra trouver des moyens vraiment novateurs pour présenter l'information, afin de conserver une nouvelle génération de consommateurs qui grandit actuellement avec le Net.

Certains observateurs président même que d'ici 15 ans, avec le public actuel des quotidiens qui vieillit sans cesse, les journaux abandonneront graduellement des éditions en format papier. Des journaux pourraient cesser de publier sur format papier du lundi au jeudi mais continuer à publier sur Internet, et conserver le papier pour les éditions du vendredi et du week-end (avec les cahiers loisirs, sorties, petites annonces, spectacles et autres).

***

Si dans les pays du nord les enjeux tournent souvent autour de la rentabilité potentielle des sites d'information, dans plusieurs pays du sud la liberté de presse demeure au coeur des débats. En Chine une enquête récente montre que 53 % des utilisateurs d'Internet s'y connectent avant tout pour être informés de l'actualité (et non pour trouver des recettes ou jouer en ligne, par exemple). D'ailleurs 76,4 % des personnes interrogées classaient Internet au premier rang des sources d'information, très loin devant la télévision (11,8 %) et les journaux (9,85 %), ce qui nous donne une idée de la confiance accordée aux médias traditionnels en Chine.

Par ailleurs tout le monde semble s'entendre pour affirmer que la guerre en Irak du printemps dernier a définitivement affirmé la puissance d'Internet.

L' American Journalism Review fait valoir que cette guerre a poussé de nombreux journalistes traditionnels à utiliser Internet comme forum de communication personnel et professionnel, tout comme elle a poussé les organes de presse à intégrer Internet dans les « plans de guerre ». Elle a aussi donné naissance à plusieurs formats de présentations créatifs et expérimentaux.

Mais la nouvelle mode depuis les derniers mois, ce sont les blogues (weblogs en anglais), ces carnets à mi-chemin entre le journalisme traditionnel et le journal personnel, dont tout le monde parle mais que peu d'internautes lisent vraiment, selon les études récentes.

Plusieurs de ces blogues sont écrits par des journalistes professionnels en marge (et même en contestation) de leur travail dans un média officiel. Les créateurs des carnets ne se gênent pas pour affirmer que les lecteurs sont tout aussi responsables du contenu que les auteurs « officiels » du site Internet, ce qui remet en question la perspective traditionnelle entre le professionnel de l'information et le consommateur d'information.

On peut d'ailleurs risquer un parallèle entre ce nouveau phénomène et celui de la télé-réalité à la télévision, où de plus en plus on invite le téléspectateur-consommateur à faire partie intégrante du contenu, à l'influencer et même à prendre en charge une partie du contenu, avec la production annoncée pour les prochains mois d'émissions mettant en scène spectateurs et comédiens dans des docu-fictions.

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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