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    Inouï, un projet de publication né de l’audace de jeunes journalistes

    Un nouveau média en gestation mise sur des «histoires vraies qui se lisent comme des romans»

    15 avril 2013 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Les lecteurs éventuels d’Inouï sont déjà sollicités sur le site Indiegogo pour accumuler les 10 000 $ nécessaires à l’achat de la plateforme développée par Atavist permettant l’intégration multimédia. La campagne de financement durera encore un mois et la moitié de l’objectif est déjà presque atteint.
    Photo: Indiegogo Les lecteurs éventuels d’Inouï sont déjà sollicités sur le site Indiegogo pour accumuler les 10 000 $ nécessaires à l’achat de la plateforme développée par Atavist permettant l’intégration multimédia. La campagne de financement durera encore un mois et la moitié de l’objectif est déjà presque atteint.
    La couverture de la crise des médias est en train de devenir un genre journalistique en soi. Seulement, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles et tout ne va pas toujours au plus mal dans ce vieux monde ébranlé par un nouveau.

    Un exemple ? Le beau projet Inouï, tout frais sorti de l’audace entrepreneuriale de jeunes journalistes québécois. La « maison numérique spécialisée » propose de diffuser des « histoires vraies qui se lisent comme des romans » racontées de manière vivante par des auteurs-reporters qui pourront sortir leur plus beau clavier.


    Les récits de longueur moyenne (jusqu’à une quarantaine de pages) seront uniquement disponibles en version dématérialisée sur les appareils fixes (ordinateurs) ou mobiles (tablettes, téléphones ou liseuses, peu importe lesquels). Les premières productions paraîtront en octobre, mais une campagne de souscription vient de commencer en ligne pour soutenir cette création originale.


    « On rêvait de lancer un média jusqu’à ce qu’on tombe sur Atavist, qui est devenu notre modèle. Atavist.com, c’est une plateforme de diffusion créée par des gens qui ont collaboré au New Yorker, à Wired, à la Columbia Journalism Review. C’est très sérieux. C’est très bon. Et ça marche très bien », explique Marc-André Sabourin, concepteur du projet avec Simon Coutu, auxquels s’est joint Hervé Juste.


    Les trois jeunes pigistes cumulent plusieurs expériences de travail pour des clients reconnus comme L’actualité ou Radio-Canada. « Nous avons donc nous aussi décidé de vendre des histoires incroyables mais vraies qui vont se lire comme un roman sur tous les appareils mobiles, poursuit M. Sabourin. C’est une manière peu connue de faire du reportage ici, alors que les Anglos ont depuis longtemps adopté une écriture journalistique plus près de la littérature, quoique tout soit basé sur des faits réels. »

     

    La réalité augmentée


    Ainsi résumé, pour ainsi dire sur papier, le nouveau média Inouï fait songer à une version littéraire du bon vieux Reader’s Digest. La formule ne choque pas M. Sabourin, qui a collaboré pour cette publication. « C’est exactement ça, dit-il en rigolant, des histoires vraies mais très bien racontées. Inouï se distinguera en fait par la forme et le fond. Les textes seront plus longs que des reportages, mais plus courts que des livres. Le récit va mettre l’accent sur les événements tout en cherchant à divertir le lecteur. »


    Le modèle Atavist propose par exemple le témoignage étrange d’un menteur professionnel. Ou un voyage dans le temps à la recherche d’un amour disparu. M. Sabourin dit qu’en découvrant une vraie de vraie affaire policière, ses lecteurs auront l’impression de lire un roman policier.


    Multimédia


    La dématérialisation permet aussi des ajouts multimédias, avec des hyperliens vers des définitions, des cartes ou même des vidéos, qui peuvent cependant se désactiver pour les amoureux de la pureté textuelle. La présentation sur écran rend aussi possibles des jeux plus complexes avec la structure narrative, par exemple pour afficher des images significatives aux changements de page.


    Les comptes du média (Facebook et Twitter) permettent de découvrir ce dont il s’agit. Marc-André Sabourin ajoute le cas réel d’une des premières sélections «inouïes», une traduction multimédia d’atavist.com d’un récit du journaliste américain Evan Ratliff.


    « C’est l’histoire d’un vrai de vrai vol de banque, explique le patron. Quand le récit s’apprête à raconter l’entrée dans la succursale, en tournant la page, le lecteur tombe sur une vidéo captée par des caméras de sécurité où on voit les voleurs descendre sur le toit, pénétrer dans l’édifice et placer de l’argent dans des sacs. Le récit écrit reprend à la page suivante, mais en considérant que le lecteur a vu et compris ce qui s’est passé. »


    Le retour au public


    La révolution numérique ébranle sérieusement le modèle d’affaires médiatiques fondé sur les revenus publicitaires. La situation ne devrait pas s’améliorer avec les stratégies développées par les géants de la recherche (Google) et des réseaux sociaux (Facebook et bientôt Twitter) pour relayer encore plus de publicités ciblées.


    Des solutions de rechange se créent. La Presse+, lancée mercredi, mise sur la création d’un média de masse qui souhaite attirer à nouveau des tas de pubs, surtout les productions vidéo qui permettent de vendre des campagnes plus dispendieuses. Les alliances et les inimitiés risquent d’ailleurs de se déplacer avec cette mégaplateforme intégrée : à l’avenir, le concurrent de Gesca, propriétaire de La Presse, ce sera peut-être moins Québecor et Le Journal de Montréal que Radio-Canada (ou faut-il dire Ici ?) et ses multiples avatars.


    Comme Médiapart en France, comme De Correspondent aux Pays-Bas, comme Cosmos en Australie, mais à petite, voire à microéchelle, Inouï mise plutôt sur le public comme source de revenus. Pas de pubs, donc, et seulement des abonnements.


    Chaque « livrel » se vendra à la pièce, deux ou trois dollars seulement, le prix d’un petit café latte. Ce micromédia vise au départ la microproduction d’une grande histoire intemporelle par trimestre, avec un rythme de croisière d’un texte mensuel si l’intérêt se manifeste.


    Campagne de financement


    Les lecteurs éventuels sont déjà sollicités pour de petits dons sur le site Indiegogo pour accumuler les 10 000 dollars nécessaires à l’achat de la plateforme développée par Atavist, un outil permettant l’indispensable intégration multimédia. La campagne de financement durera encore un mois et la moitié de l’objectif est déjà presque atteint.


    L’ensemble du lancement d’Inouï coûtera encore plus cher. Les entrepreneurs du Web fouillent dans leurs propres poches, par exemple pour payer la publicité et la production des premiers textes enrichis.


    Fait à noter, le modèle d’affaires repose sur un partage très équitable des revenus avec les rédacteurs, qui viendront du Québec (un premier a été commandé au professeur Antoine Char de l’École des médias de l’UQAM, qui est aussi un collègue du Devoir), mais aussi des États-Unis et d’Europe. Ces auteurs conserveront les droits d’adaptation de leurs récits et se partageront entre le tiers et la moitié des redevances générées par la vente sur le site.


    Le patron de presse en devenir Marc-André Sabourin, lui-même pigiste, annonce qu’il versera des à-valoir dès qu’il le pourra. Tout ne s’annonce pas si mal dans le joyeux monde des médias…

     
     
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