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Grande-Bretagne - Le nouveau gardien de la presse a-t-il trop de mordant?

20 mars 2013 | Stéphane Baillargeon | Médias
La nouvelle autorité de supervision a été recommandée par la commission Leveson sur le scandale d’écoute électronique du News of the World. L'actrice Sienna Miller y a notamment témoigné.
Photo : Associated Press La nouvelle autorité de supervision a été recommandée par la commission Leveson sur le scandale d’écoute électronique du News of the World. L'actrice Sienna Miller y a notamment témoigné.
Les médias britanniques se cabrent contre la création d’un nouvel organe de « régulation » de leur secteur, mesure perçue comme une limite à la sacro-sainte liberté d’expression. Le Parlement du Royaume-Uni a trouvé lundi un accord pour refondre l’autorité de supervision de la presse jugée exsangue et pervertie.

Les journaux sont particulièrement furieux. Un chroniqueur du Guardian titrait mardi qu’il s’agissait d’une « victoire pour les riches, les célèbres, les puissants », mais aussi que cette nouvelle mécanique de contrôle de la presse sentait « la revanche bien plus que la justice ». Le Daily Mail a parlé d’une « orgie de contrôle ». The Spectator envisage la mutation comme « une recette à désastre ».


L’accord historique entre le gouvernement et l’opposition a été arraché dans la nuit de dimanche à lundi. Les partis étaient divisés sur le statut de la nouvelle autorité de supervision des médias. Sa mise en place est recommandée par le juge Leveson dans son rapport remis à l’automne sur les scandales des écoutes téléphoniques qui ont ébranlé le royaume au cours des dernières années. Certains journaux ont espionné des centaines de stars, de politiciens et de simples citoyens. Des victimes des écoutes accentuent la pression pour réglementer la presse.


Les travaillistes et les libéraux voulaient une loi. Les conservateurs au pouvoir optaient pour une « régulation » plus légère, non encadrée par une loi, dans un pays où la presse est sans contraintes depuis trois siècles.


L’accord permet à David Cameron de sauver sa crédibilité politique sur un sujet brûlant. « C’est l’heure de fermeture au bar de la dernière chance, a résumé de manière imagée le premier ministre. Cette proposition remplace un système de réglementation inefficace par un autre qui va fonctionner parce qu’il jouit d’une réelle indépendance sans interférence incessante du Parlement. »


La proposition de refonte ne repose pas sur une loi, mais sur une « Charte royale », comme celle qui régit la BBC. La Charte ne pourrait être modifiée par la suite qu’avec l’accord des deux tiers de la chambre des députés. Cette position fondamentale va défendre des principes d’objectivité, de justice et d’efficacité, mais aussi d’indépendance et de transparence pour le système de régulation.


L’autorité constituée, où les représentants des médias seront sans majorité ni droit de veto, pourra décider d’amendes économiques et exiger la diffusion d’excuses ou de rétractations, mais aussi de l’espace qui leur sera attribué et de leur formulation. Les tribunaux pourront en plus fixer des dommages exemplaires imposés aux médias qui n’auront pas intégré la mécanique de contrôle.


Des groupes médiatiques complets ne cachent pas leur déception tout en n’osant pas encore menacer ouvertement le gouvernement, par exemple en agitant le boycottage possible du nouveau système. L’Associated Newspapers, News International et le Telegraph Media Group ont annoncé des consultations auprès de leurs procureurs avant de déterminer s’ils participeraient au système refondu. Les blogueurs, les gazouilleurs, comme les réseaux sociaux sont exclus du processus envisagé.

 
 
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