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Médias - Le futur immédiat

4 mars 2013 | Stéphane Baillargeon | Médias

L’avenir du monde de l’information ? Pas besoin de le pronostiquer, répond d’entrée de jeu le rapport Post Industrial Journalism : Adapting to the Present, mis en ligne par la prestigieuse Columbia Journalism Review (CJR). Pas besoin de jouer au devin parce que le futur est déjà là et qu’en vérité le vieux monde de l’information n’existe déjà plus.


Les diagnostics sur la révolution en cours abondent. Les pronostics de malheur forment presque une branche autonome de la sociologie et de l’économie des médias. Quelques jours après la CJR, c’était au tour du blogue Vocus de proposer son State of the Media Report. Le bilan de santé recense 152 fermetures de journaux aux États-Unis en 2012, dont 91 hebdomadaires et 34 productions uniquement disponibles en ligne. Par ailleurs, 90 nouveaux médias d’information ont été lancés l’an dernier aux États-Unis, dont 74 directement sur le Web.


La grande migration se poursuit pour les bons vieux imprimés. Un des cas les plus connus concerne le Times-Picayune de La Nouvelle-Orléans, fondé en 1837, l’année de la rébellion des Patriotes, du début du règne de Victoria et de la mort de Pouchkine. Depuis octobre dernier, le journal a réduit sa production sur papier à trois éditions par semaine et mise sur le Net. La salle de nouvelle est passée de 181 à 155 journalistes.


En gros, le trihebdomadaire sous forme pulpeuse maintient à peu près son tirage. La fréquentation en ligne, elle, a explosé, sautant de 3,2 millions par mois en moyenne en 2011 à un million de plus en décembre 2012.


Tout se transforme. Cette grande dématérialisation affecte évidemment la production de l’information. En deux semaines, autour du Super Bowl présenté à La Nouvelle-Orléans, The Times-Picayune a diffusé 614 textes, 1317 photos et 93 vidéos.


Pour marquer le renouveau, le centre de production multimédia a déménagé dans des locaux modernes, mais beaucoup plus petits. Les reporters ont reçu des MacBook et des iPhone et ils n’ont plus de bureaux assignés dans la salle de presse. Selon la nouvelle logique de production à chaud, ils doivent produire les reportages le plus rapidement possible sans perdre de temps en rentrant « au bureau ».


Le Journal de Montréal a adopté une logistique similaire après le long lockout, et La Presse s’y prépare. La mutation multimédia implique une révolution culturelle de la part des artisans de l’info. Elle engendre en fait une nouvelle espèce médiatique et journalistique. Les vieilles formes interagissent sur de nouvelles plateformes. Le texte, le son et les images se côtoient en ligne. L’interaction constante avec les internautes réseautés et mobiles crée une sorte de « médiagora ».


Seulement, du point de vue commercial, ça ne marche toujours pas, en tout cas pas souvent. The Boston Globe, que The New York Times Co vient de mettre en vente, mise sur une autre stratégie en ligne impliquant deux sites Internet distincts. Boston.com diffuse gratuitement de l’info succincte et attire six millions de visiteurs par mois tandis que BostonGlobe.com vend son contenu bonifié depuis septembre 2011. L’abonnement mensuel coûte 4 $ et, en décembre, le site n’en totalisait que 28 000.


La mécanique ne compense pas les pertes de revenus publicitaires du papier et d’Internet. Le quotidien fondé en 1872, fier de 21 prix Pulitzer, n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a été payé 1,1 milliard de dollars en 1991 et il serait étonnant qu’un nouvel acquéreur, s’il s’en trouve, paye plus de 200 millions pour les sites et le journal. Le quotidien a perdu la moitié de son tirage en moins d’une décennie.


Sans revenus les vieux médias vacillent et finissent par s’effondrer. Ou ils vivotent et ils n’ont plus autant les moyens de produire l’information démocratiquement utile.


Entre-temps, le combat pour la rémunération se poursuit en Europe. Le Bundestag vient d’adopter la Leistungsschutzrecht für Presseverleger qui forcerait les agrégateurs à rémunérer les sources dont ils reproduisent le contenu. En clair, Google serait obligé de payer les médias pour continuer à mettre en ligne leurs articles. Les Allemands ont aussi annoncé leur intention de faire voter une loi semblable pour toute la communauté européenne.


Google a déjà passé des accords en France et en Belgique. Le président François Hollande a signé les ententes le mois dernier, parmi les premières du genre, arrachées sous la menace de l’instauration d’une Google Tax qui aurait pu s’étendre. Le groupe américain s’engage à verser 80 millions de dollars qui serviront dans un fonds de soutien à la presse pour favoriser la transition au numérique.


La Stampa de Turin a qualifié l’accord de « défaite culturelle ». Au total, 80 millions, ce n’est rien du tout pour une entreprise de « transition numérique » au chiffre d’affaires annuel de 50 milliards. Le futur est déjà là et le vieux monde de l’information s’y adapte tant bien que mal…

 
 
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