Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Médias - Amour, haine et propagande (2)

11 février 2013 | Stéphane Baillargeon | Médias

Nous persistons « dans l’hiver de notre mécontentement », alors causons encore un peu propagande et désinformation.


La semaine dernière, des archéologues britanniques annonçaient triomphalement avoir trouvé, sous un parking de Leicester, le squelette du dernier souverain de la lignée des Plantagenêts. Il est aussi le dernier roi d’Angleterre mort au combat, à la bataille de Bosworth, en 1485, avant-dernier affrontement de la guerre civile dite des Deux-Roses.


La déviation sinueuse de la colonne vertébrale désigne Richard de Gloucester, qui souffrait de scoliose. Les blessures au crâne et sur d’autres os évoquent la mort au champ de bataille et des coups à la dépouille exhibée publiquement. La génétique blinde la cause en liant les restes à des descendants de la famille royale, dont un Canadien. L’Université de Leicester, voisine de Bosworth, a parlé de preuves « au-delà de tout doute raisonnable ».


La Société des amis de Richard III espère que la découverte va permettre de corriger la funeste célébrité du roi maudit, qui en a bien besoin. Le pauvre tordu a en effet été bien malmené par une féroce campagne de dénigrement impliquant un certain Shakespeare qui ne manquait pas de talent.


Le dramaturge a autour de 28 ans quand il cisèle son Richard III, vers 1591. La maison Tudor, la rose victorieuse, règne sur l’Angleterre depuis un siècle, et la pièce va contribuer à figer la réputation noire du roi boiteux pour en faire un monstre sanguinaire obsédé de pouvoir qui ouvre son chemin vers le trône en assassinant ses neveux et son frère. Richard III, partie d’une série de drames royaux, contribue au « Tudor Myth » dans lequel un XVIe siècle autoproclamé pacifique, ordonné et prospère s’oppose au XVe siècle décrit comme violent, anarchique et enténébré. Le grand art n’est pas de son temps : il est son temps.


Propagande par l’art


Le nôtre poursuit avec ses propres moyens la magistrale leçon de propagande par l’art. Zero Dark Thirty, candidat à l’Oscar du meilleur film distribué dans deux semaines, concentre maintenant certaines tensions interprétatives. Le film raconte la traque de Ben Laden avec, en ouverture, de très féroces scènes de torture. Certains drames historiques du Grand Will ne font ni mieux ni pire.


The Guardian de Londres a lancé l’attaque en parlant d’une oeuvre « pro-torture » développant une « propagande pernicieuse ». Naomi Wolf, féministe de la « troisième vague » qui était à Montréal la semaine dernière, a comparé sa réalisatrice, Kathryn Bigelow, à Leni Riefenstahl, la cinéaste nazie du Triumph des Willens. « Leni Riefenstahl fut la première cinéaste femme à être saluée dans le monde entier, écrit l’auteure politique dans une lettre ouverte à Mme Bigelow. Mais maintenant, on se souviendra toujours de vous comme une servante de la torture. »

 

L’ère Obama


Pour la même raison, des militants des droits de la personne en appellent au boycottage du film par l’académie des Oscar, et le sénateur John McCain, candidat défait à la présidence, lui-même torturé pendant la guerre du Vietnam, a écrit aux studios Sony Pictures pour critiquer la « perpétuation du mythe selon lequel la torture est efficace ». La réalisatrice s’est sentie obligée d’écrire publiquement qu’elle ne défendait pas ce mal et qu’elle s’était contentée de raconter comment certaines informations avaient été obtenues par les services secrets américains.


Il s’en trouve d’ailleurs pour y voir exactement le contraire, soit un film de propagande antiaméricaine. Après tout, le récit ne fait pas toujours la part belle aux agents secrets qui, en plus de supplicier des prisonniers, abattent sommairement les ennemis de l’Amérique.


L’oeuvre ombragée suscite toutes sortes de réactions. Le média de gauche CounterPunch a décrit Zero Dark Thirty comme une production superficielle où la CIA et al-Qaïda semblent en lutte tribale, sans aucune référence à l’impérialisme américain ni aux systèmes politiques des pays arabes qui « peuvent stimuler les mouvements terroristes ».


Alors, propagande ou pas ? En tout cas, le New York Times ose déjà inscrire le film de Mme Bigelow sur la liste restreinte des oeuvres capables de cristalliser quelque chose de l’ère Obama. La liste décortiquée le 20 janvier comprend aussi Lincoln, Django Unchained, The Avengers et Dark Knight Rises. Un peu d’amour, beaucoup de haine et énormément de propagande…

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel