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    Congrès de la FPJQ - Printemps étudiant, automne mégaphone

    Les médias en examen autocritique sur leur couverture de la crise sociale

    19 novembre 2012 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Le temps des bilans commence. Les journalistes réunis en congrès ce week-end ont commencé un examen critique de leurs couvertures du conflit étudiant, le printemps dernier. Trois ateliers de samedi (sur quinze) abordaient directement la question de la qualité du travail journalistique pendant cette période surchargée de tension. D’autres traitaient aussi de l’engagement en général selon le thème du congrès : « Rester crédible dans un monde polarisé ».

    « Je ne pense pas que la couverture de la crise a été mauvaise », a déclaré d’entrée de jeu Pierre Tourangeau, ombudsman de Radio-Canada (RC) à l’atelier d’ouverture posant directement la question : les journalistes ont-ils bien couvert le conflit étudiant ? « À RC en tout cas, selon mon opinion, la couverture a été correcte, a respecté les règles de l’art et de la profession. Il ne faut pas oublier que le conflit a braqué et divisé la population comme jamais, probablement plus qu’aucun autre événement de mémoire de journalistes, même le référendum de 1995, peut-être même celui de 1980. »


    L’ombudsman a reçu des milliers de plaintes pendant la crise. Il a analysé une dizaine de révisions. Dans aucun cas il n’a conclu à un manque d’éthique selon le code de RC.


    Orientation des médias


    Le congrès 2012 de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) se réunissait à Saint-Sauveur. La rencontre annuelle a attiré des centaines de participants. Encore une fois, il y avait peu de représentants des médias de Québecor, signe que les récents conflits au Journal de Montréal et au Journal de Québec ont laissé des divisions entre l’empire de presse et l’association professionnelle.


    Le Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval a profité du premier atelier pour dévoiler les résultats d’une étude sur l’« orientation » de la couverture, une enquête rapportée samedi dans l’édition Internet du Devoir. L’examen de quelque 4000 textes publiés entre le 13 février et le 23 juin par les quatre quotidiens payants de Montréal dénote une part élevée d’articles jugés neutres, à 80 % en moyenne dans le cas des nouvelles.


    Les chroniques et les éditoriaux ont évidemment teinté leur lecture : c’est leur rôle de prendre position. Le Devoir se révèle globalement plus orienté en faveur des étudiants contre la hausse. L’éditorial de Marie-Andrée Chouinard du 19 mai intitulé « Abus de pouvoir », cosigné par ses collègues éditorialistes, a d’ailleurs remporté le prix Judith-Jasmin dans la catégorie Opinion cette année (lire le texte ci-contre). Selon l’étude du CEM Le Journal de Montréal, The Gazette et La Presse ont davantage publié d’articles et d’opinions défavorables aux grévistes.


    Mais encore...


    L’ex-porte-parole étudiant Gabriel Nadeau-Dubois, présent dans le panel, a tracé en gros le même bilan de son point de vue en jugeant que « la couverture journalistique a été assez neutre et que les commentateurs ont été biaisés ». L’étudiant en sciences sociales a ensuite tenté d’élever le débat en tirant des leçons générales des rapports entre les médias et la société. Il a par exemple attribué certaines erreurs ou certains travers journalistiques à la grille d’analyse des journalistes encarcanés selon lui dans leur vision « macropolitique » du monde et des conflits où des institutions, des groupes de pression et le gouvernement bataillent entre eux.


    « Je constate que l’incompréhension entre les médias et le mouvement étudiant était légitime puisque les médias ont fait face à quelque chose de nouveau, a-t-il dit. Le mouvement a mis en branle un nouveau mode d’opération politique. On ne peut pas l’analyser avec une grille macropolitique. Il faut une analyse plus fine, descendre dans le réel. Il faut aller voir dans les marges, sur les campus. C’est beaucoup plus difficile. Il faudra que la couverture journalistique s’adapte à cette nouvelle réalité. »


    M. Dubois a observé et déploré une évolution vers une couverture de plus en plus événementielle plutôt que thématique du conflit. « L’accent était mis sur les manifs plus que sur la revendication », a-t-il dit en ajoutant que « les médias sont tombés dans le piège des libéraux », par exemple quand certains d’entre eux se sont mis à parler de boycottage plutôt que de grève.

     

    Autocritique difficile


    Les collègues présents n’ont pas suivi sur ce terrain analytique. L’atelier a en fait déçu en tournant au monologue de sourds des panellistes et à la confrontation (sympathique) entre M. Nadeau-Dubois et certains journalistes qui tenaient à partager les torts. Les deux questions lourdes soulevées par l’intervention du leader étudiant (l’absence de débat sur le fond et la collusion idéologico-politique des médias avec le pouvoir) n’ont finalement pas été abordées, ou alors de manière très superficielle.


    Il n’y a rien de plus difficile que de s’autocritiquer, surtout pour des chialeux professionnels bardés de certitudes. Les collègues ont également répliqué par des arguments d’une épistémologie naïve et volontariste (« moi, moi, moi, je suis objectif ») aux questionnements profonds sur l’objectivité, à partir des thèses de Paul Ricoeur que proposait le chroniqueur du Voir Simon Jodoin, ouvertement engagé, dans un autre atelier.


    Le défaut d’autocritique s’affichait ailleurs. Un atelier se demandait si Radio-Canada n’est pas en train de s’éteindre à petit feu, dans l’indifférence générale. Pour en débattre, Michel Cormier, directeur général de l’information et Michel Arpin, ex-vice-président du CRTC. Et c’est tout ? Et c’est tout.


    Pourquoi ne pas avoir invité un ennemi franc ou bien un ami très critique de l’institution dans le panel ? Seul un mauvais reportage ne considère qu’une seule perspective. Il a fallu que Josée Boileau, la rédactrice en chef du Devoir se présente au micro pour que l’on obtienne une perspective.


    « Mon problème, moi, c’est que je ne sais pas à qui RC parle, a-t-elle dit. Des fois, on passe 15 minutes sur un même sujet au Téléjournal de 22 h. D’autres fois, on commence sur un fait divers. Je n’ai plus de repères. À 24 heures en 60 minutes, on comprend le mandat. On le comprend aussi à TVA. À RC souvent, on est mélangé et ça peut peut-être expliquer le marasme dans lequel on est aujourd’hui. »













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