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    Médias - Le panurgisme médiatique

    12 novembre 2012 |Stéphane Baillargeon | Médias
    Panurge est le compagnon de Pantagruel. Dans l’oeuvre de Rabelais, les deux personnages s’embarquent pour un voyage au « pays des lanternes ». En mer, Panurge se dispute avec un autre passager, le marchand Dindenault « qui s’exaltait à vanter ses moutons ». Excédé, il lui achète un animal et le balance à l’eau. Les autres moutons attirés par les bêlements du naufragé « suivent bêtement ». Dindenault lui-même s’accroche à la toison du dernier et se noie avec lui. Depuis, un mouton de Panurge désigne un suiveur qui se fond stupidement dans le mouvement collectif sans se poser de question.

    Le magazine français Marianne rappelle l’origine de l’expression dans un récent numéro dénonçant précisément le « panurgisme médiatique ». Le dossier s’en prend aux grands médias « qui disent tous la même chose » et font preuve d’« un unanimisme à toute épreuve ». Marianne a en plus l’honnêteté de s’autoreprocher de s’être trop souvent roulé dans la même laine.


    Plusieurs cas concrets illustrent cette nouvelle déclinaison de la pensée unique « qui, parfois, vire à la désinformation ». Fiscalité, football, Syrie, Hollande, et plein de chicanes franco-françaises y passent puisqu’une hystérie médiatique chasse l’autre.


    On peut noter au moins un point de jonction avec la situation de ce côté-ci de l’Atlantique Nord, le cas concret de l’étude du chercheur français Gilles-Éric Séralini liant la consommation de maïs transgénique à l’apparition de cancers sur des rats. Fin septembre, l’étude a fait la une de nombreux journaux dans le monde, y compris ici, sans toutefois la soumettre à des tiers critiques. Quelques semaines plus tard, elle était réduite en miettes par les mêmes brebis médiatiques soudainement éclairées.


    Doit-on généraliser ce cas ? Peut-on aussi accuser les médias québécois de panurgisme généralisé ? Le troupeau journalistique du Québec avance-t-il à la file laineuse, en suivant un seul et même son de cloche ? Il semble d’autant plus pertinent de transférer le questionnement que la bande s’attroupe à nouveau pour son congrès annuel. La grande transhumance mènera les membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) à Saint-Sauveur, le week-end prochain.


    La loi de la harde semble bel et bien palpable dans le choix partagé, le traitement uniforme et le commentaire uniformisé de certains sujets.


    Quoi ? Évidemment, quand le vent de l’actualité tourne, la girouette médiatique suit avec les mêmes manchettes partout. Comme si une seule et unique bourrasque soufflait partout en même temps, sur toutes les chaînes et dans tous les journaux. Ce qui fait que les médias couvrent les mêmes sports (heu, plutôt un seul et une seule équipe), les mêmes vedettes, les mêmes films, les mêmes intellos tous en même temps. Ce n’est plus de la « fabrique du consentement », c’est carrément du clonage industriel de l’unanimité. Le constat pèse particulièrement pour les vieux journaux qui ânonnent les nouvelles de la veille, jusqu’en une, sans valeur ajoutée, des informations déjà surexploitées par les concurrents dématérialisés, y compris les propres sites des quotidiens. En plus, les nouveaux médias facilitent le plagiat. Un clic suffit pour avoir accès en temps réel aux nouvelles du concurrent. Les sites du réseau mondial Huffington Post misent même surtout sur la reprise des nouvelles des autres. C’est le mouton Alpha.


    Comment ? La duplication du traitement renforce l’impression moutonnière. Les écoles de journalisme uniformisent les techniques d’écriture et de reportage. Très bien et tant mieux. Mais cette ressemblance devrait justement permettre davantage d’échappées, d’audaces stylistiques et de hardiesses formelles, de l’aplomb quoi, jusqu’à l’impertinence parfois.


    Pourquoi ? L’emportement dans le journalisme d’opinion peint du gris sur du gris. La tyrannie du commentaire tourne à vide autour des mêmes obsessions. On l’a bien vu avec la crise des accommodements raisonnables : les commentateurs ont presque tous tapé sur les mêmes clous et puis, soudainement, plus rien. Les commentateurs (je le sais, j’en suis) semblent interchangeables dans leurs secteurs respectifs, surtout quand ils appartiennent à la même race idéologique d’ovidés. Le plus dommage évidemment, c’est ce qui manque. Plus de points de vue solides, informés et critiques sur le capitalisme financier par exemple. Ou sur un urbanisme du XXIe siècle qui ne serait pas à la solde de l’industrie de l’asphalte ou de l’auto. Ou simplement les meilleures idées de l’étranger en éducation, en santé ou en… information, tiens, qu’on pourrait importer ici.


    Bêêêêh…

     
     
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