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Facebook et l'intimité - Un succès assis sur une dépendance

« Le coût de migration d’un abonné vers un autre service est très élevé »

20 octobre 2012 | Fabien Deglise | Médias
La mathématique est convaincante. Au Québec, 60 % des internautes ont accepté à ce jour d’inscrire leur existence numérique dans le réseau social Facebook, selon les plus récentes données du Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO). Cela en fait le réseau de prédilection du Québec branché, et ce, juste à côté de YouTube (57 %), lieu de partage de vidéos, et loin devant Google + (23 %) ou encore LinkedIn (10 %) et Twitter (10 %), d’autres espaces qui se partagent ce marché de la socialisation, en format numérique, où le succès repose en grande partie sur la qualité du service, oui, mais aussi la dépendance.

« Le coût de migration d’un abonné vers un autre service est très élevé, résume Claudine Bonneau, professeure au département de Management et technologies de l’UQAM et observatrice des univers numériques, et ce, en partie en raison des liens qui unissent ces abonnés à l’intérieur d’un même réseau. Partir, c’est renoncer à ces liens à moins de les rebâtir ailleurs en groupe. Bref, c’est compliqué et ça rend les abonnés captifs. »


Facebook semble avoir bâti sa réputation en partie sur ce principe, ralentissant du coup l’ascension de son concurrent direct, Google +, de la multinationale du même nom, lancé en juillet 2011 et qui à ce jour a récolté 400 millions d’abonnés, mais également d’autres initiatives, dont le projet Diaspora qui, malgré ses bonnes intentions de ramener un peu d’humanité dans la sociabilité numérique en l’éloignant de la sphère commerciale, n’a pas, depuis 2010, réussi à convaincre plus de 375 000 internautes à travers le monde.


Et pourtant, l’idée, portée par quatre étudiants de la Columbia University, ne manque pas d’envergure à l’heure où l’intimité sous surveillance dans des réseaux sociaux comme Facebook amène son lot de questions auxquelles Diaspora pourrait facilement répondre.


Le logiciel libre


S’inscrivant en opposition à cette idée « d’espionnage du quotidien en échange de la gratuité d’un service », Diaspora se veut un réseau social fondé sur le principe du logiciel libre, dont la propriété est dans les mains des utilisateurs, plutôt que d’un empire côté en Bourse. La confidentialité, le caractère public ou privé des données sont contrôlés par les abonnés, qui peuvent conserver toutes leurs informations sur leur ordinateur plutôt que sur des serveurs distants gérés par une entreprise privée. « Diaspora ne va jamais vendre votre activité sociale à des annonceurs, ne va pas vous forcer à vous conformer à des règles de fonctionnement arbitraires et ne va pas regarder par-dessus votre épaule lorsque vous socialisez. » Bref, le réseau qui aime crier haut et fort que l’intimité n’est pas une marchandise propose une transposition du cadre normal de la socialisation dans un espace numérique, sans raisons commerciales sous-jacentes.


« Plus Facebook va se développer et plus l’on devrait assister à une migration vers ce genre de réseaux sociaux plus libres, estime Mary Jane Kwok Choon, chercheuse au Groupe de recherche sur la communication, l’information et la société (GRICIS) de l’UQAM. Le meilleur contrôle des usagers sur leur vie privée va certainement devenir un enjeu important à l’avenir, et davantage encore sous l’effet des révélations d’intrusion ou de violation de cette vie privée. »


Le déplacement des foules numériques, d’un réseau social fermé vers des réseaux plus communautaires, est encore timide, mais il pourrait bien façonner les fondements d’un « nouveau paradigme dans les réseaux sociaux », croit-elle. Un paradigme dans lequel les milliards d’humains pourraient se retrouver dans une diversité de réseaux en fonction de leurs goûts, leurs valeurs, leur tolérance à l’intrusion, leur intérêt communautaire… À l’image de la socialisation dans les univers qui ne sont pas numériques, quoi.


***

Espace privé : pas toujours problématique


La confidence est étonnante. Pour la commissaire fédérale à la vie privée, Jennifer Stoddart, la socialisation qui se développe sous la tutelle de Facebook est loin d’être un mal en soi. « Les entreprises privées ont toujours encadré l’intimité, a-t-elle indiqué au Devoir. Ce n’est pas un problème. D’ailleurs, on peut se réjouir que cette infrastructure pour la communication soit fournie par une multinationale américaine. C’est rassurant, en raison des principes démocratiques défendus par les États-Unis. » N’empêche, tout comme ces collègues d’autres pays, Mme Stoddart dit toutefois garder à l’œil un tel empire qui régulièrement fait face à la critique lorsqu’il est question de respect de la vie privée et de censure. « Facebook gère généralement les plaintes avec diligence et en respectant nos recommandations, dit-elle. Mais c’est aussi une compagnie qui innove, qui change de structure régulièrement et qu’il faut surveiller de très près, ce que nous faisons. »
 
 
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