Médias - Les journaux sont foutus
Le tout premier site de la liste, Newspaperdeathwatch.com, suit à la trace « le déclin des journaux et la renaissance du journalisme ». Le plus récent dossier, au sujet du trentième anniversaire du USA Today, demande si le quotidien new-yorkais fondé en 1982 va survivre jusqu’à 40 ou même 35 ans.
Vendredi, c’était au mauvais tour du prestigieux El Pais en Espagne d’annoncer une réduction d’un tiers de son effectif. Environ 150 personnes perdront leur emploi et les autres travailleront à salaires réduits. Plus de 3000 journalistes espagnols ont été licenciés depuis le début de l’année.
Et ici ? Fin septembre, un délirant jovialisme a encore accompagné la publication des plus récents résultats de NADbank, la banque de données sur le lectorat des quotidiens au pays. À croire que quand la fin de ce monde arrivera, mieux vaudra être au Canada, et encore plus au Québec où tout arrive toujours avec vingt ans de retard…
Au mieux, la diffusion des exemplaires imprimés se stabilise alors que le lectorat augmente, surtout grâce à Internet. La grande mutation pousse immanquablement les bonnes vieilles éditions en papier dans les grandes bennes de recyclage de l’histoire. La Presse prépare sa renaissance numérique depuis deux ans et devrait aboutir avec son projet pour tablettes numériques dans quelques mois. Le Journal de Montréal a complètement refondu sa salle de rédaction et son site, maintenant en partie payant. Le Devoir amorce son propre chantier de réflexion cet automne.
Quels sont les points communs des tentatives de réinvention, ici comme ailleurs ? Voici dix leçons essentielles tirées des exemples locaux et étrangers :
La comète numérique a frappé. Une ère médiatique post-papier et post-PC se prépare, un âge où les tablettes et les téléphones mobiles deviennent les principaux terminaux des liaisons interactives.
Le journal est condamné. Pour survivre dans ce nouvel univers, les journaux traditionnels doivent muter en compagnies multimédias de production et de diffusion d’information.
L’argent manque. Le nouveau modèle d’affaires des journaux payants doit composer avec la réduction draconienne des revenus publicitaires et la concurrence de sources d’information et de divertissement en ligne très souvent gratuites.
L’infobésité écrase. La surabondance d’information impose aux vieux journaux l’obligation de se démarquer avec de la valeur journalistique ajoutée. Pour les vieux journaux, le mot d’ordre semble plus que jamais à l’originalité dans le choix des sujets et dans leur traitement multimédia.
L’écran s’impose. La numérisation, le réseautage et la mobilité dictent leurs propres règles de présentation et de consultation. Un écran, ce n’est pas du papier dématérialisé.
Les réseaux dominent. Les visiteurs sont dirigés vers les sites des médias par des tiers (Facebook, Googlenews, Twitter, etc.) et y surgissent autrement que par la page d’accueil.
La rédaction mute. Les postes des salles de rédaction sont de plus en plus redéfinis en tenant compte de leurs capacités à générer hyperrapidement de la nouvelle ou à produire de l’information originale, dans les deux cas pour les nouvelles plateformes.
Le média de combat l’emporte. Le principe de base demande de respecter les faits tout en assumant ouvertement ses positions idéologiques. L’objectivité s’allie à la transparence. Le journalisme d’opinion reprend du galon avec la multiplication des blogueurs et des chroniqueurs.
La communauté prime. La communauté interactive doit se retrouver au centre des préoccupations du média 2.0. Le citoyen médiatisé remplace le lecteur du journal. Les quotidiens en transformation radicale doivent particulièrement choyer les lecteurs qui leur restent fidèles, recevoir les commentaires, tenir compte de leurs intérêts, multiplier les occasions de rencontres, y compris lors de conférence et de débats publics.
L’hyperconcentration menace. L’avenir rapproché développe le passé récent. Les vieux journaux risquent donc d’être dissous dans des consortiums multimédias de plus en plus puissants.








