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Médias - Solitude en politique majeure

24 septembre 2012 | Stéphane Baillargeon | Médias
Un artiste pour diriger le ministère de la Culture et des Communications, ce n’est déjà pas banal. Le péquiste Maka Kotto remplace la libérale Christine St-Pierre, ex-reporter de Radio-Canada. D’Henri Bourassa à René Lévesque, de Claude Ryan à Bernard Drainville, le journalisme québécois a toujours beaucoup donné à l’État. La plus efficace titulaire des dernières décennies, Liza Frulla, arrivait elle aussi des communications au sens large. Elle y est retournée. Les ministres artistes, comme l’ancienne comédienne Agnès Maltais, se font beaucoup plus rares.

En forçant un peu, on pourrait même dire que Maka Kotto est le premier humoriste à prendre les rênes de ce ministère, ce qui semble encore plus insolite. Comédien d’abord et avant tout, il a été formé à Paris. Une des dernières fois qu’il a joué au théâtre, c’était en 1997, au TNM, dans Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès dirigé par Brigitte Haentjens. L’année suivante, il réapparaissait au Cabaret du Musée de l’humour avec un one-man-show intitulé Solitude en libido majeure.
 
M. Kotto, né au Cameroun, y racontait ses pérégrinations amoureuses dans son Québec d’adoption. Il y était beaucoup question de la « proéminente courgette » de son personnage libidineux parce qu’on a beau dire, les bonnes jokes salées, ça marche toujours. Le néo-Québécois roublard racontait aussi qu’en Abitibi, comme il en avait assez de passer pour « un grand brûlé japonais » (Maka Moto, Yama Kotto, etc.), il avait décidé de changer de patronyme pour devenir Marc Croteau.
 
C’était franchement bien tourné. La maîtrise de la langue impressionnait particulièrement. Un humoriste d’ici qui commence son récit par « nous arrivâmes », mettons que ça change des tirades joualisantes servies ad nauseam sur les ondes et dans les salles.

Qu’attendre ?

Maka Kotto a ensuite épousé la cause indépendantiste et la mairesse de Longueuil. Il a été député du Bloc à Ottawa. Il vient de se faire réélire comme péquiste.
 
Que peut-on attendre du nouveau ministre ? En le nommant, Pauline Marois lui a donné le « mandat exprès de rapatrier les pouvoirs et les budgets fédéraux en matière de culture et de communication ».
 
Soyons sérieux. Pourquoi un gouvernement minoritaire réussirait-il cette « gouvernance » souverainiste là où les libéraux majoritaires ont échoué ? Jean Charest a réclamé dès septembre 2008 une entente administrative pour la gestion des fonds fédéraux de la culture et des communications. Ottawa n’a même pas accusé réception de la demande.
 
Le projet de bonifier Télé-Québec joue à une autre échelle, concrète et plausible. Le gouvernement veut y injecter une dizaine de millions de dollars par année pour que la chaîne développe une « mission régionale et nationale ».
 
L’idée de « doter Télé-Québec d’un mandat d’information axé sur l’information régionale et interrégionale » se retrouvait dans le rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information déposé en janvier 2011. La ministre St-Pierre a ensuite mandaté le média d’État pour y « réfléchir ».
 
Le gouvernement péquiste pourrait passer de la réflexion à l’action sans trouver d’opposition. Le reste du rapport de la professeure Dominique Payette devrait cependant continuer sa vie inutile sur les tablettes, y compris l’idée de créer un ordre professionnel pour les journalistes.
 
Le programme électoral péquiste ne dit rien de la concentration de la presse. Pendant la campagne, le parti nationaliste a par contre souligné qu’il s’opposait à l’achat du groupe Astral par Bell. Les souverainistes préféreraient garder ce fleuron de l’industrie des communications sous contrôle québécois, comme ils ont favorisé la vente de Vidéotron à Quebecor au début du siècle.
 
En campagne, Maka Kotto a même promis que sa formation mènerait une bataille ferme contre la prise de contrôle, quitte à recourir aux tribunaux ou à adopter une loi. Les libéraux et les caquistes ne contestent pas à cette nouvelle intégration, tout en exigeant des garanties pour le siège social et les emplois. Bref, la volonté de blocage semble peine perdue.
 
La promesse d’assurer « l’accès à la téléphonie sans fil et à Internet haute vitesse sur l’ensemble du territoire » pourrait cependant faire l’unanimité en chambre. Ces outils sont maintenant fondamentaux pour le développement économique, le savoir, la culture, y compris le show d’humour où l’on cause courgette. Un ministre qui réglerait ce honteux problème, puisqu’il en a le pouvoir, ce ne serait déjà pas banal non plus…
 
 
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