#À_suivre - L’autopsie du présent, peu importe où il s’écrit
Adresse : @FabienCloutier
Il se présente comme : « auteur, comédien et grand’yeule. Google vous en dira plus ».
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Les derniers ont parfois un lien avec les premiers. Le dramaturge Fabien Cloutier, qui compose le dernier portait de la série estivale #À_suivre, en fait la démonstration, lui qui vient de débarquer fraîchement sur le réseau Twitter, il y a quelques semaines à peine après… avoir lu le 26 juin dernier, dans les pages du Devoir, le premier portrait de cette série consacrée au scénariste-activiste-humoriste Daniel Thibeault. Hasard. Heureux hasard.
« Je regardais ce réseau de loin, je suivais parfois des fils de tweets, pour voir ce qu’il se disait sur certains événements, raconte le jeune auteur en pleine ascension qui a signé dans les dernières années les remarquables pièces Scotstown, Cranbourne et plus récemment Billy. En parlant de la dimension politique de Twitter, il [Daniel Thibeault] m’a allumé. Dans ma tête, ce réseau, c’était un truc qui appartenait juste aux gens avec un téléphone intelligent. Ce que je n’ai pas. Finalement, j’ai compris que ça pouvait aussi être pour moi ». Et il s’est lancé.
Tête pensante revendiquant pour le moment très peu d’abonnés - certes -, Fabien Cloutier n’en demeure pas moins une figure intéressante sur ce réseau de microclavardage. Et cette quête insatiable de sens dans tous les interstices du présent qui semble faire carburer son univers créatif, tout comme le combat qu’il mène, avec d’autres jeunes artistes de sa trempe, pour un théâtre plus croustillant, introspectif et réflexif sur le ici-maintenant, n’y sont pas étranger.
« Comme dramaturge, on est rarement dans le ici-maintenant, résume l’artiste dont les textes sont écrits généralement deux ou trois ans avant leur mise en scène. Si j’ai quelque chose à dire dans l’instant, j’ai désormais un nouvel outil, pour le faire tout de suite. Et c’est un peu ce que j’ai envie d’explorer »… en essayant toutefois, ajoute-t-il, de surveiller ses élans critiques et ses envolées verbales avec cette langue ancrée dans le territoire qui donne le corps et fait l’attrait de ces créations théâtrales jusqu’à maintenant.
« Je suis inflammable. Je le sais. Je vais devoir faire attention, dit Fabien Cloutier, rencontré au coeur de l’été dans un restaurant de la métropole alors que Sacrifice, sa dernière oeuvre scénique, explorant avec sang, douleur et acidité les dérives du fanatisme crasse, prenait l’affiche dans le cadre du festival Zoofest. Le théâtre me permet de déplacer des lignes, d’aller plus loin que ma pensée. Twitter, ce n’est pas ça. C’est l’instant. Ce n’est pas la mise en contexte. C’est moi, comme dramaturge, mais ce n’est pas un texte. Et je vais devoir composer avec ça. »
L’homme dit apprivoiser pour le moment l’objet numérique en voyant d’un bon oeil la profondeur et la diversité des informations que plusieurs abonnés y font circuler, ici comme ailleurs - « Je ne veux pas entendre parler de la pluie et du beau temps, je veux côtoyer des gens qui fouillent dans le présent, qui essaient d’intellectualiser les choses et qui partagent leurs découvertes ». Le format court des messages l’inspire également, puisqu’il force la précision, la concision et induit souvent de la pertinence.
Il dit toutefois craindre les polémiques qui naissent parfois en ces lieux en suivant la recette délétère de l’anecdotique monté en épingle, tout comme les échanges acrimonieux qui portent l’intolérance, la rancoeur ou encore le mépris, plus qu’une saine volonté de partager et de débattre… « On peut ne pas être d’accord avec quelqu’un, ça peut même nous mettre en colère, mais il faut savoir passer par-dessus ce genre d’émotion, ne pas être cinglant, se serrer la main [virtuellement, s’entend] et dialoguer, discuter, pour avancer ».
Dans sa jeune et prolifique carrière, Fabien Cloutier a eu l’occasion de démontrer qu’il aimait observer les bêtes humaines qui l’entourent. Il aime aussi l’idée de suivre le nouveau mouvement de cette communication numérique, un peu pour comprendre « un monde en mutation dans lequel [ses] enfants [jeunes pour le moment] vont vivre », mais également pour continuer à disséquer son présent, pour le comprendre, l’analyser, l’expliquer, le remettre en question, peu importe où ce présent est désormais en train de s’écrire.








