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Libre opinion - Quand la qualité de l’environnement a un effet sur les petits éditeurs de magazines

4 août 2012 | Yves Lafontaine - Directeur des magazines Fugues, DécorHomme, Guide arc-en-ciel | Médias

Lettre à M. Pierre Arcand, ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs

 

Monsieur le ministre, nous vous écrivons aujourd’hui pour vous sensibiliser et demander votre soutien concernant les effets dévastateurs du décret 271-2012 (la loi 88, sur la qualité de l’environnement), qui a été adopté en mars 2012 et qui touchera très durement les petits éditeurs de magazines, comme c’est le cas de notre entreprise.


Fondée en 1984, l’entreprise Éditions Nitram publie le magazine Fugues, le mensuel le plus lu par la communauté LGBT d’ici, un guide touristique annuel (le Guide arc-en-ciel) et DécorHomme, un trimestriel pour hommes consacré à la décoration, au design et à la beauté. L’entreprise, dont les finances sont saines, offre du travail de qualité à une douzaine d’employés à temps plein et une quarantaine de pigistes et de sous-traitants. Éditions Nitram contribue ainsi à l’essor de l’économie québécoise depuis près de 30 ans.


Au fil des ans, Fugues est devenu le symbole de reconnaissance pour la communauté LGBT francophone partout au pays et offre aujourd’hui une diversité impressionnante de contenu gay friendly. Principale publication de notre maison d’édition, Fugues est non seulement le plus important magazine gai au Québec, mais c’est celui qui est le plus impliqué socialement.


Avec un tirage mensuel de 44 000 exemplaires en moyenne et plus de 180 pages de nouvelles, de tendances, de culture, de vie nocturne, d’activités communautaires, de dossiers spéciaux et de chroniques d’opinion, qui abordent l’actualité sous un angle différent des médias généralistes, Fugues a beau être un beau succès en édition, il sera grandement touché par la nouvelle taxe que constituent les contributions que nous devons verser à Éco Entreprises Québec dans les prochaines semaines.

 

À quels tarifs !


Nous sommes conscients qu’il faut encourager les actions pour enrayer le plus possible la pollution, et nous sommes prêts à apporter notre contribution pour l’environnement, mais quelle ne fut pas notre stupéfaction d’apprendre, quelques semaines après l’annonce du décret 271-2012, à quels tarifs nous allions être assujettis.


À moins de vivre sur une autre planète, vous savez sûrement que les éditeurs en général peinent à joindre les deux bouts, que les profits ne sont pas souvent au rendez-vous. Une situation qui est encore plus vraie pour les éditeurs de magazines qui publient comme nous des magazines gratuits et qui se sont vu couper (en raison de leur gratuité), il y a déjà trois ans, l’aide aux éditeurs que le gouvernement fédéral leur accordait.


Comme nous l’avons dit plus haut, nous sommes prêts à apporter notre contribution, mais nous ne voulons pas être plus pénalisés que les entreprises comparables dans les autres provinces du Canada ni que les éditeurs de journaux du Québec.


Les tarifs qui ont été fixés pour les éditeurs de magazines sont prohibitifs et les sommes à verser sont telles qu’elles vont placer les entreprises dans une situation économique très précaire et forceront plusieurs d’entre elles à fermer leurs portes. Sans compter que les tarifs applicables aux magazines - qui sont déjà très élevés pour les exercices 2009, 2010 et 2011 (262 $/tonne) - seront 34 % plus élevés pour l’exercice 2012 (atteignant 351 $/tonne). En Ontario, l’analyse des coûts se traduit par des tarifs magazines normalisés de 44 $ la tonne pour les éditeurs de magazines (en 2012).


La contribution annuelle qu’on nous demande de payer est donc sept ou huit fois plus élevée que celle des maisons d’édition qui publient des magazines en Ontario.

 

Rétroactif


Comme si ce n’était pas assez, bien que la loi n’ait été passée qu’en mars 2012, on nous réclame rétroactivement des sommes pour les années 2009, 2010 et 2011, des sommes exorbitantes (soit 150 000 $) que nous devrons payer dans les prochaines semaines, et environ 60 000$ pour l’année 2012. Le représentant d’Éco Entreprises Québec nous a indiqué par ailleurs qu’une augmentation du tarif par tonne est prévue pour les prochaines années.


Contrairement à d’autres secteurs d’activités, nous ne pouvons refiler cette facture à nos clients annonceurs. Dans l’environnement économique actuel, toute augmentation significative des coûts publicitaires aura assurément un impact direct et négatif sur les revenus et donc sur la santé financière des maisons d’édition. Il nous faudra absorber tous les coûts et, pour ce faire, il faudra couper dans tout : services, qualité du produit et éventuellement employés.


Nous ne sommes pas les seuls à le dire, Magazine Québec (l’association des éditeurs du Québec) ainsi que divers grands groupes de presse - dont TC média, Sélection du Reader’s Digest, Québecor Média et Rogers Media - le dénoncent également depuis quelques mois. Rien ne peut justifier une différence aussi importante avec la contribution des maisons d’édition des autres provinces. Les tarifs que le décret veut nous imposer sont injustes, arbitraires et déraisonnables, sans lien avec le coût des services correspondants.


Les maisons d’édition de magazines - encore plus celles qui s’adressent à un public spécialisé comme les communautés LGBT - rendent un grand service à la population et à des communautés souvent fragilisées et il est très important de les protéger. Elles ne pourront survivre à cette surtaxe qui arrive à un moment où le marché publicitaire est pour le moins incertain. Garder le cap avec le décret et aller de l’avant avec les tarifs qui ont été fixés engendrera des milliers de pertes d’emploi et des faillites.


L’objectif de la Loi sur la qualité de l’environnement n’est évidemment pas de tuer une partie de notre patrimoine culturel, mais si on n’inverse pas la situation, c’est ce qui arrivera. Est-ce le genre de geste politique que vous voudrez cautionner ? Provoquer des faillites et créer des pertes d’emploi, est-ce la direction vers laquelle le gouvernement du Québec veut s’engager ?


Nous avons espoir que vous saurez inverser cette situation scandaleuse tant elle est abusive pour nous permettre de continuer à oeuvrer pour le bien-être de la collectivité. Nous sommes évidemment disponibles pour en discuter si vous avez de plus amples questions.

***

Yves Lafontaine - Directeur des magazines Fugues,  DécorHomme, Guide arc-en-ciel

 
 
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