#À_suivre : Jérôme Lussier - Réfractaire numérique aux consensus mous
Adresse : @jeromelussier
Il se décrit comme : « nerd »
Nombre d’abonnés : 3572
Nombre d’abonnements : 857
Nombre de tweets produits (depuis 3 ans) : 5638
Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leurs centaines, voire leurs milliers d’abonnés. Parfois divertissantes, parfois justes et informatives, parfois sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment ? Avec sa série #À_suivre publiée chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.
L’avocat ne pratique plus, mais ses inclinations intellectuelles sont finalement toujours bien ancrées. Sur le réseau Twitter, Jérôme Lussier se retrouve régulièrement au coeur de petites polémiques qu’il lance parfois en partageant avec ses abonnés un lien glané sur la Toile, en posant son projecteur réticulaire sur un article, un rapport, un commentaire, un chiffre qui, tout en documentant un débat en cours, prend généralement le contre-pied du point de vue dominant dans les univers numériques. Et tout ça n’est le fruit ni du hasard, ni de l’inconscience.
« J’aime l’idée d’être sur Twitter pour jeter un peu de sable dans l’engrenage et remettre en question les idées reçues », dit le jeune homme au parcours atypique. Il a étudié les lettres, la psycho, le journalisme, a fait son droit, a pratiqué dans un grand bureau d’avocats de New York, en litige entre sociétés, avant de raccrocher sa toge pour revenir à ses premières amours, le monde des idées et du débat. « Quand le troupeau part dans la même direction, j’ai besoin de regarder à l’opposé, pour voir ce qui s’y passe. Pas par provocation, mais par scepticisme. »
Il ajoute : « Le syndrome Tout le monde en parle [lié à l’émission du même nom et qui appelle à l’acquiescement d’une idée consensuelle par hochement lent de la tête et sourire complaisant], je suis allergique à ça. Tous les points de vue méritent d’être défendus. La vérité ne se trouve que dans l’analyse minutieuse des faits, peu importe d’où ils viennent. C’est une perspective qui me vient sans doute du droit et que j’assume entièrement. »
Tweetter pour déranger. Le costume sied à merveille à cet abonné du réseau qui est arrivé là il y a trois ans alors qu’il travaillait comme recherchiste pour l’émission de Christiane Charette, à la première chaîne de Radio-Canada. « J’arrivais de New York, je me suis retrouvé dans une équipe branchée qui m’a fait comprendre que je ne pouvais pas me passer de cet outil. J’ai ouvert mon compte avec les mêmes préjugés que ceux qui n’en ont pas, préjugés sur le vide, sur le bruit, sur l’insignifiance… Et finalement, j’ai découvert mieux que tout ça. »
Réfléchir et faire penser
La tête pensante de 36 ans, qui tient également un blogue, forcément intitulé Brasse camarade sur le site de l’hebdo culturel Voir, aime appréhender Twitter « comme des antennes » qui lui « permettent d’entendre parler des gens pour alimenter [ses] réflexions », mais aussi comme un lieu de « résistance aux consensus mous », même si, pour mener à bien ce projet, cela doit l’amener « à se casser la gueule », dit le Montréalais de stricte obédience.
« Je cherche toujours l’opinion discordante plutôt que celle qui flatte le consensus dans le sens du poil, dit-il. J’aime me porter à la défense des causes difficiles. Et je crois que cela a une certaine valeur. »
Ce projet tout comme sa popularité ascendante le rendent prolifique, mais pas hystérique, sur Twitter, où il carbure au partage d’information sur des sujets politiques, économiques, sociaux touchant tant les préoccupations du Québec que de l’Europe ou des États-Unis, et ce, pour mieux lutter contre « l’embrigadement idéologique » de ses contemporains, dit-il. « L’important pour moi, ce n’est pas qu’une personne soit de droite ou de gauche. C’est qu’elle sache pourquoi elle est de droite ou de gauche. Et pour cela, il faut penser par soi-même. »
Jérôme Lussier veut faire penser les autres, mais il pense également un peu à lui en sillonnant ce réseau tout en se disant qu’un jour, qui sait, cela pourrait l’amener de ce nouveau lieu de pouvoir, numérique, à un autre, plus classique : « La politique ? Ce n’est pas impossible. J’y pense, même si ça pourrait être compliqué, puisque je suis non partisan, baveux, cinglant et que j’aime me mettre en danger. »
Des traits de caractère qu’un de ses aïeux n’aurait d’ailleurs pas détestés. « Je viens d’une famille pas très politisée [son père est médecin. Il est le plus vieux de 8 enfants], dit-il. Olivar Asselin [célèbre polémiste du siècle dernier] est de la branche du côté de ma mère, qui prétend d’ailleurs que le gène de la polémique était récessif et qu’il est en train de se ranimer chez moi, plusieurs générations plus tard. » Et, surtout, en 140 caractères.








