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Libre opinion - La route est plus belle par les vieux chemins

18 juillet 2012 | Thomas Ouellet-St-Pierre - Montréal | Médias

Dans Le Devoir du vendredi 13 juillet dernier, M. Serge Genest s’insurge en Libre opinion contre « l’outil d’endormissement du jugement, voire d’aliénation » que sont les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, qui « annulent souvent la transmission d’informations pertinentes ». Je suis personnellement un usager de ces deux réseaux et, pas plus endormi qu’un autre, je me propose d’un peu défendre ces outils auxquels on reproche leur popularité. J’espère montrer qu’ils ne sont pas plus responsables de la paresse intellectuelle que les marchands de canons ne sont responsables de la guerre.


La propension des hommes à mépriser l’état actuel des choses n’appartient à aucune époque : nulle part mieux qu’en soi-même on ne sent cette résistance toute naturelle au changement. En effet, qui ne comprend pas ce sentiment ? C’est un peu l’agacement qu’on ressentirait si quelqu’un déplaçait sans notre consentement la poubelle de notre cuisine (!). Chaque fois qu’il nous faudrait jeter quelque chose, notre premier réflexe serait frustré et il faudrait revenir en arrière, prendre un nouveau chemin, ramasser la rognure qu’on vient par erreur de lancer par terre. Au fond, n’est-il pas normal que le temps nous amène à croire que l’emplacement des choses, qu’elles soient matérielles ou conceptuelles, est davantage nécessaire qu’aléatoire ?


Mais une telle frustration n’est peut-être pas la meilleure conseillère lorsqu’il est temps de juger des « révolutions technologiques » qui jalonnent nos vies. En fait, juger de la valeur des changements qui se produisent d’une époque à l’autre, c’est un peu se condamner à accepter les conclusions incluses tout entières dans les prémisses qui nous servent de critères.


Sans doute, si l’on méprise l’opinion de la multitude, le fait qu’existent de nouveaux canaux pour qu’elle s’exprime ne peut pas nous sembler bénéfique. Voilà nos précieuses « informations pertinentes » diluées dans une grande mare d’impertinences, et le jugement du peuple « endormi »… par son expression elle-même !


En se méfiant un peu de ce réflexe, on a envie de demander aux contempteurs du présent (qu’ils conspuent Twitter, Internet, l’orthographe des jeunes ou la machine à écrire) : « Mais à QUEL âge d’or nous comparez-vous exactement ? » S’il est vrai, comme le prétend M.Genest, que l’époque tend davantage vers l’éphémère que l’analyse, peut-on lui demander à quelle époque de l’histoire du Québec, ou de celle de l’humanité, il lui aurait fallu appartenir pour juger qu’il en était autrement ? Quand fleurissaient-ils exactement, les privilèges dont Twitter nous prive méchamment aujourd’hui ? À quel moment les êtres humains préféraient-ils l’analyse à l’éphémère ?


Il est vrai que la technologie, en travaillant pour le bien-être de l’homme, semble trop souvent travailler pour sa paresse. Il n’y a donc peut-être rien d’étonnant à ce qu’il se trouve toujours des gens qui acceptent de se compliquer la vie pour avoir le droit de décrier que leurs efforts, enrobés de la noblesse particulière des acharnements inutiles, ne sont pas assez reconnus.

 
 
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