#À_suivre : Daniel Thibault - Abonné aux combats sociaux
Adresse : @DanielThibault
Il se présente comme : « Cofondateur de TSPC. Coauteur de Mirador. Cogéniteur de quatre enfants. Coinventeur de la Coalition des humoristes indignés. »
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Nombre d’abonnements : 997
Nombre de tweets produits : 14 909 (en deux ans)
En mai dernier, au plus fort des tensions sociales au Québec, Daniel Thibault a pris conscience à la dure de son influence sur le réseau Twitter.
Tout a commencé avec un message de moins de 140 caractères envoyé le matin à ses 8000 abonnés et dans lequel l’homme allait donner le coup d’envoi d’une rumeur de taille. Une « source », assurait-il sans plus de détails, venait de lui dire que Québec et Ottawa s’étaient assis à la même table pour… faire intervenir l’armée canadienne dans le conflit en cours. Souvenir douloureux aidant, l’évocation d’une telle intervention s’est alors répandue par effet de re-tweet - l’art de transmettre à ses abonnés un message provenant d’un autre - comme une traînée de poudre dans la twittosphère, alimentant au passage les cris d’indignation, les appels à la résistance et surtout les commentaires acrimonieux à l’endroit de ces dirigeants sur le point d’accepter de conjuguer au présent une erreur du passé.
Née au conditionnel dans les univers numériques, cette rumeur n’allait bien sûr pas y rester, atteignant Québec où, poussés par le bruit des univers numériques, une poignée de journalistes ont décidé de passer Jean Charest à la question… pour obtenir du coup l’heure juste sur l’odieux projet : pas de rencontre, pas d’armée, juste l’exagération d’un microinfluenceur que le public n’aurait sans doute pas dû prendre avec autant de sérieux. On résume.
Une certaine responsabilité
Attablé dans un bistro de Montréal devant une bière bien nommée « La Sabotage », Daniel Thibault s’en souvient et prend tout ça avec sourire et philosophie. « Le choix que j’ai fait ce jour-là en relayant cette rumeur était simple : si c’était vrai, le gouvernement allait être sur ses gardes. Si c’était faux, j’allais avoir l’air fou, et ce n’était pas si grave que ça ». Mais, avoue-t-il, « le fait que tout ça se rende jusqu’au cabinet du premier ministre m’a un peu étonné. Ce jour-là, j’ai pris conscience que j’avais une certaine responsabilité. Aujourd’hui, j’essaye de faire un peu plus attention.»
Vite. Très vite et parfois avec démesure. Les univers numériques ont un rythme à part que Daniel Thibault, scénariste pour la télévision et scripteur pour le monde de l’humour, connaît bien pour avoir, en à peine deux ans de présence sur Twitter, amené son influence au-delà du cercle restreint de ses amis. Arrivé sur ce réseau au début sans autre projet que de promouvoir la série Mirador, qu’il a coécrite avec Isabelle Pelletier, les jours précédant la diffusion de chaque épisode sur les ondes de Radio-Canada, l’homme est aujourd’hui de tous les débats à caractère social et politique qui animent le Québec et qui occupent de la bande passante en se dématérialisant dans ce réseau de microclavardage.
Régulièrement, son compte, dont la photo reprend le portrait de l’Autrichien Edward Louis Bernays, père de la propagande commerciale et des relations publiques - plutôt que son vrai visage -, se hisse au sommet des plus populaires dans les sites de cartographie de l’influence sur Twitter, les Trends comme on dit en anglais. Ses pensées sur les politiciens corrompus, sur l’obscurantisme conservateur, sur le pillage des ressources naturelles, sur la révolution qu’il faut faire - plusieurs de ses thèmes de prédilection - trouvent un écho favorable chez ses abonnés, qui ne se retiennent guère pour relayer ses points de vue à d’autres. Même chose pour ses appels à induire des tendances par la surproduction de messages portant sur un même sujet et liés à des mots-clics, que Thibault aime inventer, nourrir, pour les voir ensuite repris ad nauseam par des hordes d’indignés 2.0.
Des exemples ? Quand Jean Charest cède finalement en créant une commission d’enquête sur la corruption en octobre 2011, commission qualifiée de « patente à gosse » par l’opposition, Daniel Thibault lance sur le réseau le mot-clic « menteur » et demande à la foule numérique de le reproduire en masse pour qu’il finisse dans les palmarès des mots les plus utilisés sur Twitter ce jour-là à côté de « Jean Charest ». Le succès est immédiat. Ses appels à trouver des titres de film visant à illustrer l’échec d’une négociation ou à dénigrer le Plan Nord, à trouver le candidat le plus loufoque pour remplacer Line Beauchamp, ministre de l’Éducation démissionnaire, suscitent le même intérêt dans la communauté, petite, mais influente de Twitter, qui depuis quelque temps érige à haute vitesse ces blagues en phénomène.
« La caisse de résonance est très impressionnante, lance-t-il. Quand je vois cette influence, j’ai l’impression de réussir quelque chose. Et ça donne encore plus envie de poursuivre le combat. »
L’outil idéal
Twitter, pour dénoncer. Daniel Thibault, un « p’tit gars » de Labrador City, élevé sur la Côte-Nord avant d’avoir trouvé refuge dans le confort de l’île des Soeurs, dit avoir désormais en main l’outil idéal pour poursuivre autrement la mission qu’il s’est donnée dans ses scénarios ou encore en prenant part au groupe de heavy metal TSPC, aujourd’hui disparu : dénoncer l’injustice, malmener les puissants, faire du bruit dans le champ gauche, satisfaire les convaincus et convaincre les indécis… « J’ai toujours été attiré par le contenu, dit-il. Là, en 140 caractères, j’ai un format qui m’oblige à être bref, concis et pertinent pour être écouté, et ça me plaît. J’ai toujours porté des projets personnels qui avaient la prétention de dire ce que j’avais à dire. Là, toutefois, c’est la première fois que je transmets mon opinion sans qu’il y ait en arrière un projet artistique. »
Prêchant des convertis - souvent -, haranguant les foules tel un prédicateur pour les inviter à retweeter des mots-clics engagés, avec toujours cette pointe d’humour qui, dit-il, lui « permet de canaliser sa colère », Daniel Thibault voit son existence sur Twitter, où il publie en moyenne près de 40 messages chaque jour, peu importe l’heure de la journée, comme un jeu, « mais un jeu que je prends au sérieux », dit-il, afin de contrôler autant ses éventuelles fautes d’orthographe que ses quelques dérapages.
« Pour le moment, j’ai l’impression d’être encore sous le radar, dit-il. C’est une position intéressante qui me permet d’influencer le débat, surtout parce que je connais et que j’ai dans mes abonnés des personnes influentes [plusieurs têtes de la colonie artistique du Québec sont dans cette liste]. C’est un territoire qui est agréable » et où, malgré les rumeurs aux effets délétères qu’il peut lancer, « les gains » pour lui, assure-t-il, « sont plus importants que les pertes ». Pour le moment du moins.








