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Radio - Le printemps d’ici vu de Là-bas si j’y suis

5 juin 2012 | Stéphane Baillargeon | Médias
L’animateur Daniel Mermet
Photo : Philippe Lavalette L’animateur Daniel Mermet
On peut écouter Printemps érable: «Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver» sur le site de franceinter.com.
La France s’intéresse de plus en plus et de mieux en mieux à ce qui se passe au Québec ce printemps. Après plusieurs articles de haute tenue publiés dans les quotidiens parisiens, après les réflexions de philosophes québécois parues la semaine dernière dans Médiapart (un « pure player »), c’était au tour de l’émission Là-bas si j’y suis de France Inter de verser un nouvel écot médiatique.

La production spéciale d’une heure intitulée « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver », un emprunt à Gaston Miron, était diffusée hier. Il s’agit en fait du troisième grand reportage d’une série sur le Printemps érable proposé par Là-bas si j’y suis, après Libre le Québec vibre ! (31 mai) et La grève est étudiante, la lutte est populaire ! (1er juin).


« Au Québec, les jeunes font leur boulot : ils perturbent, ils mettent en cause, ils posent des questions qu’on ne se pose plus. Quand la jeunesse ne joue pas ce rôle-là, la société se sclérose », dit en introduction l’animateur Daniel Mermet, résolument de gauche (on lui doit par exemple le film documentaire Chomsky et compagnie). Il dirige Là-bas si j’y suis depuis 1989. Le magazine d’investigation est diffusé les jours de semaine entre 15 et 16 h.


En parlant du Québec, M. Mermet rappelle qu’on ne sait pas trop « où ça s’en va, ni d’où ça vient », ce qui se passe exactement, quoi. « Comme dans une histoire d’amour », ajoute-t-il en allégorie. N’empêche, il faut bien tenter de comprendre. Cette émission ne fait même que ça et le fait très bien, en donnant en plus des leçons de journalisme, de jeu avec les formes, d’audaces sonores et d’implication éditoriale.


M. Mermet voit dans le mouvement une critique de l’idéologie et des politiques néolibérales, du « moi.inc » et de l’utilitarisme pédagogique. Cette lecture perspective teinte évidemment la présentation. Il n’y a aucun vert, aucun lucide dans le lot d’hier. Le député Amir Khadir est par contre longuement interrogé et encore plus le politologue de gauche Éric Martin, du collège Édouard-Montpetit.


L’émission rencontre ce dernier dans Hochelaga-Maisonneuve et lui fait décrire les poches de pauvreté du quartier avant de causer contestation. Selon lui, le gouvernement Charest expose de manière « décomplexée » sa volonté de briser le consensus autour de la social-démocratie par exemple en abolissant la taxe sur le capital, en réduisant les impôts, en promouvant le concept de l’utilisateur-payeur. L’enseignant-essayiste finit par citer et chanter du Miron, ce qui fournit le titre au long reportage.


L’émission multiplie ainsi les leçons de montage, de présentation, de formatage. Elle entremêle les messages laissés sur le répondeur de l’émission par des auditeurs, les commentaires de l’animateur, les entrevues réalisées avec des acteurs, les sons des manifs de casseroles, la musique aussi, omniprésente, avec d’audacieuses combinaisons présentant les discours politiques. Surtout, ce travail exemplaire fait constamment sentir l’action et la réflexion.

 

 
 
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