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    Le journalisme comme art contemporain

    L’exposition Chroniques d’une disparition, dernière en date de la fondation montréalaise DHC/ART
    Photo: www.dhc-art.org L’exposition Chroniques d’une disparition, dernière en date de la fondation montréalaise DHC/ART
    Changements technologiques et concentration des plateformes
    Ex-reporter de la Première Chaîne de Radio-Canada, Chantal Francœur a réalisé son doctorat sur les changements technologiques et la concentration des plateformes de son entreprise. Sa thèse intitulée Choc des cultures, contre-discours et adaptation : l’intégration, le régime de vérité radio-canadien a été déposée l’an dernier à l’Université Concordia. Le travail savant s’appuie notamment sur des dizaines d’entretiens réalisés avec des collègues et des patrons de la boîte en mutation.

    « Je questionnais les gens sur leur façon d’anticiper l’intégration, mais ce n’était pas des entrevues destinées à la diffusion, explique la professeure de l’École des médias de l’UQAM. Comme mon doctorat analysait les formes journalistiques dans le contexte de la convergence des médias, comme je trouverais dommage que le formatage des nouvelles s’accentue, j’ai exploré de nouvelles formes qui pouvaient s’ajouter aux reportages traditionnels. »

    Après coup, Mme Francœur s’est donc auto-administrée sa prescription (médecin, soigne-toi toi-même…), en remontant des extraits d’entrevues selon des modèles expérimentaux. L’« œuvre »-reportage intitulée From radio to audio while exploring journalistic formats montre à quoi ressemble le travail complémentaire en audiojournalisme produit par un reporter radio.
    ***
    On peut entendre le résultat par ici.
    Les techniques de reportage journalistiques s’enferrent parfois dans des formes héritées, banales, trop peu remises en question, souvent ennuyeuses. La professeure Chantal Francoeur de l’UQAM, spécialiste de la radio, propose de s’inspirer (encore !) de l’avant-garde artistique pour renouveler les manières de dire et de commenter le monde.

    L’oeuvre Opus (2005) de l’artiste cubain José Toirac était présentée dans le cadre de l’exposition Chroniques d’une disparition, dernière en date de la fondation montréalaise DHC/ART. Le travail conceptuel propose « un discours réaménagé du leader controversé Fidel Castro ». L’artiste a tout effacé de l’enregistrement pour ne conserver que les données chiffrées citées par le leader maximo. Une projection des nombres en blanc sur fond noir accompagne la litanie emphatique : cuarenta y ocho, dos centios, cinco millones…


    « L’artiste réduit les divagations de Castro en quantifications incompréhensibles de gains, de pertes ou de prévisions », expose le document explicatif des Chroniques… L’exégèse généralise même l’intention : finalement, avec cette absurde énumération, la propagande castriste comme toutes les politiques ubuesques, petites et grandes, y compris dans nos démocraties sont ramenées à «une spirale infinie, à des faux-fuyants ».


    C’est aussi drôlement ironique et très « efficace ». Opus dénonce ce que les journalistes appellent « la cassette » ou « le disque », selon de bonnes vieilles formules analogiques. Est-ce pour autant un modèle à suivre pour les reporters qui font eux aussi métier de rapporter, d’examiner, de critiquer le monde tel qu’il dérive ?


    La professeure de communication Chantal Francoeur, de l’UQAM, pense que oui. « Dans les répétitions, il y a de l’information, explique-t-elle Une répétition par un même interlocuteur, ça peut être une cassette, mais ça peut aussi être l’accent sur un sujet précis. La répétition de plusieurs interlocuteurs différents signale aussi une obsession ou bien une prétention raisonnable et partagée. Il y a aussi de l’information dans les silences, les soupirs, les hésitations. Un format différent, audacieux, pourrait donc se permettre de les inclure. »

     

    L’ancien et le nouveau


    Mme Francoeur ne commente pas directement l’oeuvre Opus, tout en proposant ses propres sources d’inspirations artistiques. Elle signale le CD de montage sonore « Mémoire enfouie, mémoire vive », du compositeur électroacousticien Jean-Sébastien Durocher accompagnant le livre Le Patrimoine sonore du Québec (Triptyque) de Réal La Rochelle.


    « Il manipule les sons de différentes époques, et le résultat est fascinant, dit la spécialiste. Je crois qu’en poussant cette expérimentation, on pourrait accoucher d’une émission de radio incroyable. »


    Pour cette spécialiste de la convergence et de la radio, les nouvelles formes médiatiques inspirées des arts contemporains qu’elle appelle de ses voeux ne devraient pas remplacer les anciennes : les deux se compléteraient, de temps en temps, quand le sujet le justifierait. Un peu comme Infoman rajoute à l’information journalistique tout en débordant du strict cadre professionnel.


    « J’insiste sur cet aspect : il faut conserver les manières habituelles de raconter parce qu’elles permettent de reconnaître et d’absorber l’information, dit-elle. La nouvelle formule se veut un bonus, un complément qui donne d’autres informations ou qui représente les informations sous une autre forme. Je ne pense d’ailleurs pas que cet ajout devrait être diffusé dans le cadre d’un bulletin de nouvelles. Les montages pourraient bonifier les sites des médias, en souhaitant que les auditeurs trouvent autre chose dans les formats déconstruits. »


    Le mot est lancé. La « déconstruction », une des grandes affaires de la philosophie et de la production artistique postmodernes, démonte les discours pour exposer comment ils se sont faits. « La déconstruction peut permettre de mieux comprendre ce que dit le topo formaté habituel », résume encore Mme Francoeur.


    Les emprunts du journalisme aux techniques d’avant-garde abondent. Le New Journalism qui a révolutionné le métier dans les années soixante (jusqu’ici à travers Pierre Foglia par exemple) a finalement beaucoup siphonné les méthodes littéraires expérimentales des décennies précédentes. De même, les photographes de presse reproduisent parfois les audaces visuelles des artistes. Normal : le low art (pour autant que le meilleur journalisme en soi…) a toujours été influencé par le high art.

     

    Plus ouvert et plus stimulant


    Le propre intérêt de Chantal Francoeur pour le sujet découle de son doctorat (voir encadré) sur l’intégration des plateformes à Radio-Canada, son ancien employeur. Cette concentration à la radiocanadienne a donné des espoirs d’innovation à certains journalistes qui s’imaginaient, par exemple, produire des portfolios de photos accompagnés de textes pour le site Internet.


    « En poussant cette créativité plus loin, le jeu avec les plateformes devient plus ouvert et plus stimulant, conclut la nouvelle professeure, embauchée il y a un an. L’information, c’est quelque chose de sérieux qui doit être pratiqué sérieusement. Les étudiants doivent respecter et maîtriser les formats habituels. Cela dit, il me semble intéressant d’ouvrir un espace de réflexion sur ces mêmes formats pour découvrir de nouvelles manières de présenter l’information. »

     
     
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