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    Médias - Leçon sur les donneurs de leçons

    Alors, ils seront combien de dizaines ou de centaines de milliers à rager contre la machine dans les rues aujourd’hui ? Et cette nuit ? Y en aura-t-il encore, policiers ou manifestants, pour s’en prendre aux reporters ou aux commentateurs professionnels ?

    Le conflit obstiné et musclé révèle les médias comme champ de bataille. Radios, télévisions, sites Internet ou journaux ne forment pas seulement des postes d’observation de la société : ils constituent des lieux de lutte et de pouvoir traversés par de féroces tensions idéologiques.


    La première et la plus évidente démarcation concerne la division gauche-droite. La société québécoise se repositionne de plus en plus autour de cet axe où il est question de la répartition des richesses, de la place de l’État, des responsabilités individuelles et collectives.


    Cette affirmation inclut une négation : la vieille division autour de l’avenir constitutionnel de la province n’en devient que plus obsolète pour comprendre les mutations en cours. Dans ce conflit autour des droits de scolarité, comme dans le combat autour des gaz de schiste ou des antagonismes concernant les accommodements raisonnables, le fait d’être souverainiste ou fédéraliste ne veut plus rien dire, ou presque, quoi que fassent les péquistes pour récupérer et instrumentaliser les mouvements.

     

    Porteurs d’opinions


    Bref, les médias pivotent eux aussi. Rien de plus normal : ils portent des valeurs et des opinions politiques. À l’évidence, les positions de droite (ou lucides) l’emportent largement chez les préposés au sens sociopolitique.


    À l’écrit par exemple, dans les médias montréalais, les plus près de la confrontation, les « antigel » dominent largement. Au Journal de Montréal, on ne lit pratiquement que cette opinion, parfois enfoncée à coup de matraque textuelle. À La Presse, la balance éditoriale pèse fort à droite avec quelques chroniques pour compenser. Le Devoir présente la situation inverse. Sur les blogues de Voir, il n’y a que des carrés rouges, ou presque.


    Les oppositions et les tensions deviennent d’ailleurs palpables entre glossateurs à l’intérieur des publications. Les mutations du conflit font aussi évoluer les positions. Au Journal de Montréal par exemple, comme la loi spéciale touche des droits fondamentaux, des idéologues organiques de la position gouvernementale ont finalement condamné l’État pour cette dérive présumée.


    Une deuxième opposition médiatique concerne les reporters et les chroniqueurs. Les premiers font globalement très bien leur travail : ils rapportent. Les seconds, enfin certains d’entre eux, ont passé les 15 dernières semaines à jeter de l’huile sur le feu. Évidemment, chacun a le droit de s’exprimer, et absolument rien ne justifie les attaques contre les journalistes. On souhaiterait tout de même un peu plus de respect de l’« éthique de la communication » (pour parler habermassien) de la part des communicateurs professionnels. En plus, maintenant, chaque média relaie des dizaines de chroniques et de blogues alors, quand tout le monde appuie dans le même sens, ou presque, ça finit par peser.

     

    Vieux et nouveaux médias


    Une troisième divergence oppose les vieux et les nouveaux médias. Les premiers couvrent et commentent le conflit. La part révoltée de la jeunesse relaie et critique cette information tout en produisant la sienne propre en ligne, en mots et en images (#manif encours, #ggi, CUTV…).


    Ce conflit réaffirme ainsi l’importance de la multiplicité des points de vue pour se faire une meilleure idée du monde. En ne lisant que la presse de masse, en regardant seulement la télé traditionnelle, on manque une part essentielle de ce qui se passe dans la rue et dans la tête de la génération numérique et réseautée qui s’y retrouve.


    La quatrième et dernière contradiction pourrait opposer les générations, dans le conflit comme à l’intérieur des médias. Cette perspective est bien tentante quand on lit des baby-boomers qui ont eux-mêmes siphonné le système jusqu’à le vider de sa substance et faire maintenant la leçon à ceux et celles qui tentent d’en préserver un pan consubstantiel en rapport à l’institution scolaire.


    Ce serait trop simpliste. Il y a de vieux rouges et de jeunes verts. On n’est jeune qu’une fois, mais on peut devenir conservateur ou progressiste à chaque étape de sa vie personnelle ou professionnelle, y compris dans les médias…













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