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    Le cas DSK : les théories du complot analysées

    15 mai 2012 | Stéphane Baillargeon | Médias
    L’ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, photographié dans une cour de justice de Manhattan le 16 mai 2011.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Emmanuel Dunnand L’ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, photographié dans une cour de justice de Manhattan le 16 mai 2011.
    Encore une étrange coïncidence. Le nouveau président français entre officiellement en poste aujourd’hui, au lendemain du premier anniversaire du déclenchement de l’« affaire DSK » tragicomédie sur fond de scandale politicosexuel ayant coupé la route à l’Élysée de Dominique Strauss-Kahn. Depuis, pour tenter d’expliquer l’incompréhensible, les on-dit, les ouï-dire et les légendes s’accumulent, formant riche matière qu’a décortiquée l’universitaire belge Aurore Van De Winkel.

    Que s’est-il passé dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York le 14 mai 2011 ? Dominique Strauss-Kahn (DSK), directeur du Fonds monétaire international (FMI) a alors eu une relation sexuelle avec la femme de chambre Nafissatou Diallo. Était-elle forcée ou consentante ? La procédure pénale portant sur sept chefs d’accusation (dont séquestration et viol) a finalement été abandonnée au mois d’août et une procédure civile court toujours.


    Depuis, la rumeur, cette « fumée du bruit » selon une jolie formule de Victor Hugo, gonfle et se propage.


    « Beaucoup d’éléments de cette affaire ont favorisé le développement de théories du complot, résume Aurore Van De Winkel, rare spécialiste du sujet. Les incertitudes et les informations non vérifiées ou contradictoires diffusées par les médias ont alimenté la machine à soupçons. Le contexte de la campagne présidentielle donnant DSK gagnant ou la méconnaissance du système judiciaire américaine ont aussi favorisé l’explosion des interprétations. »


    Mme Van De Winkel a présenté une conférence intitulée L’affaire DSK : dialogue et conflits sur Internet la semaine dernière, à Montréal, au congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Docteure en communication de l’université de Louvain, elle vient de publier Gérer les rumeurs, ragots et autres bruits (Édipro).


    « Je suis spécialisée dans tout ce qui est ragots et légendes urbaines, reprend la rumeurologue. Je me suis donc naturellement intéressée à l’affaire DSK parce que j’étudie la manière dont les gens essaient de défendre leurs croyances, pas au sens religieux, plutôt dans le sens des théories du complot. Ces récits explicatifs postulent que certains événements historiques ou actuels ont été orchestrés, dans le plus grand secret évidemment, par un groupe d’individus puissants dans le but unique de privilégier leurs propres intérêts. Ces récits essaient de donner du sens à un événement jugé troublant, opaque ou absurde. »


    Les rumeurs autour de l’affaire DSK ont été diffusées et captées sur Internet, par l’entremise de forums et de chats, de gazouillis et de pages Facebook, bref, d’innombrables commentaires. Au total, la chercheuse a analysé 45 discussions conflictuelles menées du 14 mai au 20 août, jusqu’au moment où un juge américain a abandonné les poursuites pénales. L’échantillon a été récolté de manière aléatoire sur les sites de presse francophones, ceux du Monde, du Soir, de L’Express, d’Elle, de 20 minutes et sur des blogues comme affairedsk.fr.


    « Certains sont convaincus de l’innocence de DSK, note la spécialiste. D’autres au contraire le croient coupable. D’autres encore se disent adeptes du doute critique ou en attente de preuves. Les frontières d’un groupe à l’autre sont assez floues. On peut croire au complot tout en disputant les arguments prouvant son existence. »


    Les stades de la mutation


    L’étude savante a permis de distinguer plusieurs stades de mutation des théories complotistes. Le premier naît avec l’affaire. Dès le 16 mai, deux jours après l’arrestation, 57 % des Français pensent qu’il s’agit « probablement ou certainement d’un complot ». Les socialistes y croient à sept contre trois. Les échafaudages construits alors par des anonymes ou des personnalités politiques reposent sur l’idée que les « faiblesses » du libertin permettaient d’autant plus facilement de lui tendre un piège.


    Au deuxième stade, la rumeur se propage sur Internet pendant des semaines. Les partisans de la théorie du complot ébauchent leurs opinions et argumentent avec les sceptiques. « Les rumeurs s’enrichissent des éléments révélés par l’enquête, s’adaptent et s’épurent. C’est une sorte de théorie de l’évolution des théories du complot. »


    Les conjectures établissent alors des liens avec le président Sarkozy, l’adversaire potentiel de la présidentielle. Ou le ouï-dire met en cause la gauche, les autres candidats à l’investiture du Parti socialiste. Une conspiration vise la Chine ou les États-Unis. Une autre, peu reprise, place DSK contre lui-même, en autodestruction.


    Le quatrième stade s’étend jusqu’en juin. Des internautes amorcent alors un débat communautaire où les musulmans, les juifs et les chrétiens s’opposent. Le cinquième naît du relâchement de DSK. Les adeptes du complot affirment de façon fiable que l’affaire a été organisée par la femme de chambre elle-même pour toucher de l’argent du puissant socialiste bling-bling…


    « Dans les semaines qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, chaque fois qu’il y a un nouvel élément, le cycle reprend, et les théories s’adaptent, conclut l’observatrice. […] Et ce n’est pas terminé. On est encore dedans. Les théories du complot sont encore bien audibles sur Internet. En plus, on ne connaît pas la vérité. On ne sait pas ce qui s’est passé. Les gens se sont forgé des opinions sur les informations partielles et incomplètes… »

     
     
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