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Médias - Les gratuits payent

Trois hebdos et sept magazines Web Internet perdus d’un coup: la grande faucheuse des médias est encore passée la semaine dernière. L’empire Rogers a annoncé sa décision de débrancher branchez-vous.com et des sites satellites réputés non rentables. En même temps, Communications Voir euthanasiait trois publications, Hour Community de Montréal et deux versions régionales (Saguenay et Mauricie) du Voir.

Adieu, les gratuits, plus rien ne va ! Et voilà un autre dur coup de déprime pour les défenseurs de la diversité de l’information en général et des journalistes en particulier. Une vingtaine de postes disparaissent rien que chez Rogers. Ça continue de sentir le roussi…


Cela dit et trop vite dit, au fond, que se passe-t-il ? Y a-t-il seulement un rapport entre toutes ces mauvaises nouvelles ?

 

Essoufflement


À l’évidence, le modèle d’affaires et les pratiques journalistiques de certains médias gratuits s’essoufflent et ne marchent plus. Avec La Toile du Québec maintenant intégrée à canoe.ca, Branchez-Vous, fondé au milieu des années 1990, était un des plus vieux portails du Québec, une archaïque créature des temps du Web ancien où l’on se baladait patiemment avec des bazous informatiques sur « l’autoroute de l’information ».


Le monde virtuel a vite muté, et Branchez-vous a suivi avant de stagner puis de régresser. La compagnie est entrée en Bourse en 2001, en pleine bulle (ou folie) point com. Elle a gonflé en fédérant des compléments comme showbizz.net ou lecinema.ca. En octobre 2010, l’empire Rogers payait 25 millions pour avaler le fief du Web. Un choix étrange étant donné la faiblesse de ses médias de mauvaise tenue, de forme comme de fond, relayant surtout des informations repiquées sur des pages au design pesant. Quand les difficultés économiques ont fait fondre les recettes publicitaires, la patente mal adaptée a définitivement craqué.


L’excellent site ruefrontenac.com, celui des employés du Journal de Montréal en conflit de travail, a prouvé l’insolvabilité des « pure players » offrant du contenu original fourni par des journalistes rémunérés dignement. Depuis janvier, le créneau est occupé par le Huffington Post Québec. Dans ce nouveau modèle d’exploitation, le site Internet obtient des médias traditionnels et des blogueurs la permission de relayer leurs infos et leurs commentaires en ne payant presque plus personne pour bien et vite présenter le tout. On n’arrête pas le progrès…

 

Même prescription darwinienne


La disparition des hebdomadaires culturels procède de la même implacable prescription darwinienne n’assurant la survie qu’aux organes médiatiques les mieux adaptés. Dans ce cas, le manque de pub fait perdre du papier et vice versa jusqu’à ce que la roue crève. La disparition fait d’autant plus mal qu’elle frappe, en anglais (à Montréal) et en français dans le ROQ (Rest of Quebec) dans des zones marginales déjà faiblement dotées médiatiquement, enfin, pour la couverture de proximité.


Reste à savoir si Voir Montréal, navire amiral de la petite flotte, va sombrer à son tour. Le tabloïd socioculturel donne des signes d’affaiblissement. La dernière édition (volu-me xxvi, numéro 18) de l’hebdomadaire compte 40 pages rassemblant des textes de plus en plus courts par rapport à la norme originelle, sans oublier la section mode de vie parfois en odeur de publireportage.


L’aura journalistique de cette publication pâlit depuis quelques années, malgré la talentueuse équipe éditoriale en place. L’an dernier, le 25e anniversaire n’a pas été célébré en grande pompe, autre signe du marasme croissant et triste constat pour un média qui a révolutionné le journalisme culturel québécois à la fin du xxe siècle.

 

Mutation


Pour s’adapter au nouveau monde, l’« empirette » a diversifié ses offres en mutant vers d’autres plateformes. Le site voir.ca relaie des dizaines de blogues, quelques-uns passionnants. Deux émissions de télé (Voir sur TQ et Guide Restos Voir sur Évasion) soutiennent la « marque » et génèrent certainement des profits avec l’aide des crédits d’impôt et des licences.


Seulement, le papier brûle dans un contexte extrêmement compétitif depuis l’apparition des gratuits du métro et des sites Internet diffusant des agendas culturels ad nauseam. Ceci tue déjà un peu cela. Et face à une révolution, tout le « bien » consiste à diriger le « mal » imparable même en sacrifiant de fidèles amis…

 
 
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