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    Les médias, les femmes et le sexisme ordinaire

    5 mars 2012 | Stéphane Baillargeon | Médias
    Céline Galipeau, Pascale Nadeau et Patrice Roy, photographiés en 2009 lors du lancement de la programmation de Radio-Canada.<br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Céline Galipeau, Pascale Nadeau et Patrice Roy, photographiés en 2009 lors du lancement de la programmation de Radio-Canada.
    À l'approche du 8 mars, la présidente du Conseil du statut de la femme observe le portrait complexe de la place et de l'image des femmes dans les médias québécois, les nouvelles, les fictions, les divertissements. «Je ne peux que souhaiter la multiplicité des points de vue, dit Julie Miville-Dechêne, surtout dans une petite société comme la nôtre.»

    Céline Galipeau. Anne-Marie Dusseault. Pascale Nadeau. Trois chefs d'antenne importantes de la télévision publique. Si on ajoute Sophie Thibeault de TVA ou Marie-France Bazzo de Télé-Québec, peut-on conclure que tout va de mieux en mieux pour les dames (et celles dont le nom rime en «eau», en particulier...), dans le meilleur des mondes médiatiques égalitaires?

    «Les temps changent et l'image des femmes dans les médias me paraît tout en nuances, pas en noir ou blanc, en tout cas. Je sais que ça fait de moins bonnes manchettes, mais bon...», dit Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec (CSF) depuis la mi-août. Auparavant, pendant trois décennies, elle était reporter de la télévision de Radio-Canada, où elle a terminé sa carrière comme ombudsman. Le sujet de la place quantitative et qualitative des femmes dans les médias lie deux de ses passions.

    «J'ai commencé dans les médias à une époque [à la fin des années 1970] où la crédibilité s'incarnait dans l'homme grisonnant. Moi-même, j'ai été "victime" de ce machisme masculin. Je me rappelle qu'un patron m'avait dit: "Ne te montre pas à l'écran." J'ai ensuite été témoin de l'avancée des femmes. Aujourd'hui, à la télévision publique, les femmes occupent des places importantes, surtout aux nouvelles.»

    C'est juste de la TV

    La présidente a fait ses devoirs et ses calculs en prévision de l'entrevue. Elle souligne que le panel d'experts politiques du jeudi soir, au Téléjournal, emploie trois femmes et un seul homme. Elle observe que RDI a d'abord été dominé par les animatrices avant de faire plus de place aux hommes, Michel Viens et Simon Durivage notamment. Elle révèle que la parité est atteinte à la direction de l'information de Radio-Canada.

    «La direction générale de l'info appartient aux hommes, poursuit-elle. La récente bataille impliquant le D.G. Alain Saulnier congédié par le vice-président Louis Lalande s'est passée entre hommes. Mais bon, les femmes sont présentes à la direction et c'est une avancée inspirante. Les médias écrits me semblent par contre moins équitables.» À preuve: Le Devoir, où la rédactrice en chef Josée Boileau est entourée de six hommes au sommet de la petite boîte.

    Déplorable modèle

    De même, Mme Miville-Dechêne regrette le modèle relayé par Sun TV, qui lui semble «assez déplorable» d'un point de vue féministe. «On revient au cliché des femmes décolletées, dit-elle. Je ne suis pas en train de dire que les femmes doivent s'habiller comme des hommes. Je crois cependant que l'apparence, l'habillement ne doivent pas distraire du message.»

    Les téléséries et la téléréalité se partagent le reste de l'écran plat. La fiction engendre des modèles très positifs et anticlichés. La présidente note que 30 vies, la quotidienne radio-canadienne de Fabienne Larouche, met en ce moment en vedette un enseignant monoparental.

    La téléréalité concentre au contraire d'innombrables stéréotypes. «La femme-objet, le prince charmant, l'hypersexualisation: les valeurs sont à l'opposée de l'indépendance des femmes.»

    Le Far Web

    Occupation double ou Loft Story demeurent toutefois des modèles d'innocence par rapport à ce qu'offre une section de la grande toile mondiale, qui contient tout, y compris le pire sexisme, des vidéoclips de Nicki Minaj comme d'innombrables films pornos avilissants pour les starlettes.

    «Internet permet de réintroduire massivement des clichés sur les femmes. Mais je ne veux pas non plus noircir à l'excès le Web. C'est aussi là que se retrouve une prise de parole forte par les femmes», ajoute Julie Miville-Dechêne, qui cite l'exemple à suivre de jesuisfeministe.com. Il était question de cette nouvelle vague féministe dans Le Devoir du week-end.

    Finalement, pour la féministe en chef, l'essentiel se rapporte à la question de la diversité, de la multiplicité des voix. Si les paroles de femmes paraissent fondamentales, dans toutes les formes et les ramifications médiatiques, c'est qu'elles diversifient les visions du monde. Comme le regard porté sur la réalité s'enrichirait si les médias faisaient plus de place aux minorités.

    «On n'a pas envie d'avoir juste le point de vue de l'homme blanc bourgeois sur notre société et notre monde, conclut Julie Miville-Dechêne. On a critiqué avec raison les médias pour leur vision uniforme sur le fond des choses. On a réussi à faire de la place aux femmes à la télévision. Il faut continuer à en faire pour les minorités ethniques ou les jeunes. Moi, en tant qu'ancienne journaliste et comme présidente du CSF, je ne peux que souhaiter la multiplicité des points de vue, surtout dans une petite société comme la nôtre.»

    ***

    Pendant ce temps aux USA...

    Le Women's Media Center (fondé par Robin Morgan, Gloria Steinem et Jane Fonda) vient de publier le rapport The Status of Women in the U.S. Media 2012 sur la présence médiatique américaine des femmes dans les reportages et les fictions, au cinéma comme à la télévision. Voici quelques conclusions marquantes de l'enquête annuelle:

    - Les femmes représentent 40,5 % des employés dans les salles de nouvelles américaines. La moyenne de 1999 à 2010 oscillait autour de 37 %.
    - Dans les salles de nouvelles télé, les femmes dominent la rédaction (64 %), le reportage et l'animation (57 %), la production (55 %), mais pas la couverture météo (21 %). Miss Météo est un homme...
    - À la radio, les femmes accaparent moins du tiers (29 %) des emplois en salles. Au cinéma, elles n'occupent plus qu'une place sur cinq (18 %). Et encore, très peu intègrent le boys club des réalisateurs, soit 5 % en 2011, contre 9 % en 1998.
    - En gros, le quart (24 %) des nouvelles diffusées par les médias américains, y compris en ligne, traitent directement des femmes, une hausse notable par rapport au 18 % de 2005. Elles sont par ailleurs largement sous-représentées dans les panels d'experts-commentateurs de l'actualité. L'étude complète se trouve sur le site womenmediacenter.com
     
     
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