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    La mort annoncée du courriel

    L'usage du courriel est de moins en moins répandu, surtout chez les jeunes, montre une étude américaine

    20 février 2012 |Fabien Deglise | Médias
    Le courriel est progressivement abandonné au profit des réseaux sociaux et des autres canaux de communication comme le texto, mais également le microclavardage passant par Twitter.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le courriel est progressivement abandonné au profit des réseaux sociaux et des autres canaux de communication comme le texto, mais également le microclavardage passant par Twitter.
    La mort va être lente, mais elle semble programmée. Le courriel, cet outil de communication qui a vu le jour avant l'Internet, en 1965, dans un laboratoire du Massachusetts Institute of Technology (MIT), serait de plus en plus menacé d'extinction par la modernité.

    C'est en tout cas ce que laisse croire la plus récente lecture du présent numérique faite par la compagnie ComScore aux États-Unis. Une lecture qui expose sans ambages une désaffection profonde du courriel par la plus jeune génération — tout comme par quelques anciens — au profit des échanges plus instantanés que permettent les réseaux sociaux. Entre autres. Et du coup, un incontournable de la communication numérique, utilisé par 66 % des Québécois, se prépare à ne plus l'être.

    Un pis-aller


    Par courriel, le professeur au département des lettres et communications de l'Université Sherbrooke Jacques Piette, qui étudie depuis des années le rapport des jeunes à la technologie, ne s'en étonne pas trop et éclaire même la tendance: «Pour les jeunes, le courriel a toujours été un "pis-aller" communicationnel», a-t-il indiqué au Devoir, un outil utilisé en attendant mieux.

    «Ils n'ont jamais vraiment été intéressés par le renouveau des relations épistolaires que portait en lui le développement du courriel pour plusieurs adultes. Ce qui a toujours intéressé les jeunes, c'est la communication en temps réel, la communication en ligne instantanée... et je crois, donc, que dans le contexte, on peut en effet parler d'une mort annoncée.»

    Les chiffres le confirment. L'an dernier, indique ComScore dans un document publié il y a quelques jours, l'usage du courriel a poursuivi sa chute aux États-Unis, principalement chez les moins de 24 ans, dont 34 % ont réduit leur usage de ce mode de communication. Trente et un pour cent des 12-17 ans ont fait la même chose, alors que le courriel reste un canal d'échange stable chez les 25-44 ans, en croissance de 15 % chez les 45-54 ans et en légère baisse (moins 7 %) chez les 55-64 ans.

    «Il s'agit d'une des tendances les plus significatives en ligne, résume la compagnie spécialisée dans l'étude des comportements dans les mondes numériques. Le courriel est abandonné au profit des réseaux sociaux et des autres canaux de communication» ouverts dans les dernières années, entre autres par les modes de communication en format mobile. Le texto, mais également le microclavardage passant par Twitter, est du nombre.

    La perte d'intérêt pour le courriel s'accompagne donc sans surprise d'une croissance exponentielle de l'usage des réseaux sociaux, qui désormais sont entrés dans le quotidien de neuf Américains sur dix, indique l'étude qui précise qu'en 2011, sur chaque heure passée en ligne par un internaute, dix minutes étaient désormais consacrées à alimenter ou consulter ces nouveaux espaces qui cimentent désormais les relations sociales. Au Québec, en 2011, six personnes sur dix ont répondu pour le moment à l'appel de cette socialisation numérique, selon les plus récentes données du Centre francophone pour l'informatisation des organisations (CEFRIO).

    Facebook mène la marche

    Sans surprise, c'est le réseau Facebook qui mène le bal, poursuit ComScore, en ayant déchaîné les passions, attisé des déferlantes de «J'aime» et d'identifications de photos — les fameux tags — chez les internautes, en moyenne 423 minutes en décembre dernier pour chacun d'entre eux. Le deuxième espace le plus fréquenté, Tumblr, un site de microclavardage en ascension, a fait perdre — ou gagner — 151 minutes à ces mêmes internautes le dernier mois de l'année 2011.

    Pinterest, un nouveau réseau social qui, comme son nom l'indique, capitalise sur le partage d'intérêts et de passions communes, avec 80 minutes. Twitter (25 minutes), LinkedIn (15 minutes) — un outil de réseautage pour professionnels —, MySpace (13 minutes) et Google + (5 minutes), qui en décembre a fédéré sous sa bannière près de 20,7 millions d'Internautes, contre 8 millions pour Pinterest, complète ce tableau qui, plus que jamais, fait de l'ombre au courriel.

    «Le courriel, c'est la langue du premier âge du Web, celle du Web 1.0», résume Jacques Piette, premier langage qui trouve de moins en moins sa place dans la communication égocentrique du présent qui magnifie le principe d'ubiquité, d'instantanéité... «Le courriel se prête vraiment très mal à ce travail constant d'exposition de soi auquel se livrent désormais en permanence les jeunes sur les réseaux sociaux et qui est au coeur de l'important processus de construction identitaire qui se joue sur Internet désormais.» Un Internet en mutation qui, pourrait garder en vie le courriel «pour certains usages de communication formalisée», dit le prof de communications, mais qui pourrait le faire disparaître comme «outil de communication courant».

    Oui, la modernité emporte tout sur son passage. Y compris ces plus jolis représentants qui ont fait ses beaux jours.












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