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Médias et encéphalogramme plat

Olivier Boisvert, libraire à Jonquière  31 janvier 2012  Médias
Les médias doivent assumer la fonction critique et favoriser la circulation de l’information.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les médias doivent assumer la fonction critique et favoriser la circulation de l’information.
L'individu contemporain est un original. Le contenu anthropologique de l'homme démocratique se révèle présentement dans toutes ses carences. L'imaginaire de la spécialisation, de la maîtrise rationnelle et de la marchandisation (l'imaginaire central capitaliste-libéral) a engendré des réflexes de désengagement et de procuration et, ultimement, l'érosion d'une autonomie apte à décadenasser le champ des possibles.

Ce principe d'abdication n'opère pas seulement dans le cadre de la démocratie représentative. Il est à l'oeuvre partout. Les gouvernements, accaparés par le parti majoritaire et par des instances politiques extraparlementaires, gèrent le statu quo et promulguent des politiques avec une absence d'imagination embarrassante.

Dans ce contexte difficile, nous accordons notre confiance aux médias en les laissant assumer la fonction critique, favoriser la circulation de l'information et encadrer l'irruption des débats de société. Nous avons assisté récemment à une détérioration de ce devoir primordial. C'est ainsi que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, fut subitement crucifiée et déifiée dans la même semaine, sans parler du sort réservé à Gilles Duceppe. Les allégations qui fusaient à son endroit avaient l'allure d'un thriller d'espionnage. Ce qu'il faut reconnaître, c'est que les médias jouent le jeu des partis politiques et se laissent duper par leurs stratégies de communication. Ils négligent le rôle «consistant à faire vivre la conversation de la culture [...] et à élargir les frontières de l'entendement», pour citer James W. Carey.

Si les médias persistent à relayer sans discernement les points de vue du pouvoir, s'ils continuent de se comporter en arbitre manipulé par les élites, traitant les citoyens en consommateurs de spectacles préfabriqués, tout ce que la société sera capable de faire, c'est d'élire des partis à encéphalogramme plat.

Les médias entretiennent les significations imaginaires sociales reproduites par les institutions qui forment l'environnement normatif de notre époque. Les médias qui ne font que régurgiter l'information fabriquée par les principaux dirigeants n'agrandissent pas le «forum public». Ils sont en partie responsables de la perpétuation d'un mode de vie aliénant.

Les effets de ce manque de rigueur sur les dispositions générales des individus sont sérieux. Perte de confiance dans notre aptitude collective à faire oeuvre, refuge dans la thérapie personnelle qui remplace la participation à la vie communautaire, rapport trouble avec un passé qui n'est plus considéré comme un réservoir de sens légitime et avec un futur qui capitule devant le tout-puissant présent, déploiement dans le virtuel des potentialités d'une génération techno-ludique, accès au monde du travail encouragé davantage par les salaires que par la passion du métier, système éducatif privilégiant l'employabilité au détriment des savoirs généraux et enfin, méfiance envers les utopies.

Nous perdons le sens de ce qu'est une société et, par le fait même, nous perdons les moyens de penser sa transformation. À l'avenir, nous saurons transformer génétiquement l'homme, mais nous aurons renoncé à réfléchir à la façon dont il pourrait s'insérer plus positivement dans l'ensemble social qui le fait être. Si les médias assument leur fonction sans perspective et se laissent berner par les élites politiques et économiques, ils manipulent ceux qui les lisent et les écoutent. Dans ces conditions, le changement social n'adviendra pas de sitôt, et l'enlisement nous conduira plus bas.

***

Olivier Boisvert, libraire à Jonquière
 
 
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  • michel lebel - Inscrit
    31 janvier 2012 04 h 54
    Décadence!
    Voici un commentaire bien juste, même si le langage est trop souvent alambiqué. Les médias ne font que refléter la décadence de notre société. Peu veulent admettre cette évidence, mais elle est bien là. Pensez-y, à titre d'exemple,: une émission comme Tout le monde en parle est devenue une importante norme sociale, un passage obligé pour la plupart des politiciens et "artistes". C'est tout dire! Nous ne sommes pas encore rendus au fond du baril, mais nous nous en approchons. Comprenne qui voudra!
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  • Moteur - Inscrit
    31 janvier 2012 05 h 35
    Je vous ferais bien un dessin mais...
    ...il y a juste les mots que je peux utiliser pour représenter ma vision des choses en tentant d'illustrer votre:

    (À l'avenir, nous saurons transformer génétiquement l'homme, mais...(ici mettez la médiocrité de votre choix!)

    Tout ce qui ressemble au prodige, génère automatiquement la médiocrité correspondante, un peu comme la représentation d'une onde. Un exemple pourrait être le genre de film qui symbolise une somme colossale de connaissances et de virtuosité qui ne produirait que des abrutis qui ne font que suivre les liens préfabriqués dans l'histoire sans aucuns stimuli pour la pensée qui s'atrophie un peu plus chaque fois!

    Pour combattre l'éphémère de la nouvelle, je peux aussi pointer avec ce lien, vers un texte au vitriol différent de votre observation plus posée mais qui va quand même dans une direction parallèle et le commentaire sur ''la société réalité'' je l'ai bien aimé!

    http://www.ledevoir.com/societe/medias/341350/medi
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  • Yvan Dutil - Inscrit
    31 janvier 2012 07 h 04
    Cause et conséquence
    Dans les universités, les département de communication sont un paradis de la paresse intellectuelle. C'est d'ailleurs un des facteurs d'attraction de ces programme. Les communicateurs ne font que reproduire les comportements normaux de leur milieu.

    Le nivellement par le bas finit pas se payer quelque part.
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  • Fabien Nadeau - Inscrit
    31 janvier 2012 08 h 22
    Société de consommation et hédonisme
    Merci pour votre commentaire, Monsieur le Libraire! Je pense que nous touchons à une des conséquences de notre monde de consommation. Se vend ce qui fait plaisir. Et ce qui fait plaisir ne nous tire pas nécessairement vers le haut. Il y a un moment qu'on accuse les gouvernements de planifier en fonction des sondages.

    C'est exactement le problème: principe du plaisir.

    Notre société est en décadence. En naîtra une autre, différente, ailleurs. C'est la loi de l'Histoire.
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  • Gilles Théberge - Abonné
    31 janvier 2012 14 h 08
    Pourquoi changeraient-ils d'attitude ?
    Il n'y a pas de raison pour laquelle changer d'attitude. Personne ne leur fait obstacle. Et suttout... ça pogne.

    Il faut bien voir la réalité comme elle est. Les milieux d'affaires et le monde politique couchent dans lemême lit. Ils font même un trip à trois parce que les milieux d'affaire possèdent les médias.

    Prenons pour exemple le travail de démolition continu auquel se livre La Presse de Desmarais (Niveau le plus élevé de la Légion d'honneur...) à l'encontre du mouvement souverainiste. De concert avec la branche politique opposée à la souveraineté. Cela illustre bien la situation que décrit le fils de Céline. Et il n'a certainement pas tort de s'inquiéter malheureusement.
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  • Helpaul - Inscrit
    31 janvier 2012 14 h 11
    OUI, M. BOISVERT
    Cela s'appelle "Désinformation" et c'est loin d'être anodin. C'est même le principal moyen de contrôle du pouvoir sur les masses. "Fabricating consent" comme dirait Noam Chomsky...
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