La difficile implantation du Parti pirate au Québec
La formation politique peine à faire entendre son appel à la liberté numérique
Photo : Agence France-Presse Olivier Morin
En 2009, la branche suédoise du mouvement a réussi à faire entrer un député au Parlement européen à la suite des élections européennes. 7,1 % des électeurs ont appuyé le parti.
C'est l'exception qui confirme la règle. Avant même d'avoir vu officiellement le jour, le Parti pirate du Québec, branche provinciale du Parti pirate du Canada, lui-même composante du Parti pirate international, a décidé de se saborder.
Depuis six mois, ce mouvement politique qui fait la promotion de la transparence, de la libéralisation des données gouvernementales, qui milite pour la réforme des lois sur les droits d'auteur et pour la modernisation du milieu de l'éducation par le numérique parle en effet dans le vide au Québec. Sa récente tentative de se donner une existence légale auprès du directeur général des élections vient en effet de se solder par un échec.
Dans les vieux pays d'Europe, ces «pirates» poursuivent toutefois leur implantation. En septembre 2011, ils ont réussi à faire élire 15 députés au Parlement de Berlin.
Loin de l'Europe
«On en est loin ici», résume Jack Anthony McLeod, un programmeur informatique de la région de Montréal qui, en août dernier, s'est donné pour mission de poser les bases provinciales du Parti pirate. «Nous avons rencontré des gens ici qui sont intéressés par le mouvement, qui partagent sa philosophie, mais qui ne veulent pas s'engager. Le Parti pirate du Québec ne verra donc pas le jour. Désormais, je vais plutôt concentrer mes forces sur les Partis pirates du Canada [qui compte près de 2600 membres]». La formation fédérale est actuellement en restructuration.
Techniquement, la dénomination «Parti pirate du Québec» est reversée jusqu'au 29 février prochain auprès du DGEQ, l'organisme qui encadre la constitution des partis politiques. Cette mise de côté pour usage futur ne devrait pas être renouvelée.
Selon M. McLeod, l'entrée manquée du Parti pirate sur la scène politique québécoise pourrait s'expliquer en partie par le nom de la formation, qui «donne l'impression d'un mouvement violent, dit-il, ce qui n'est pas le cas. Le terme pirate est utilisé ici dans le sens de liberté, mais visiblement, ce n'est pas la façon dont c'est perçu ici». L'homme reconnaît aussi que sa campagne de recrutement s'est jouée principalement dans les espaces numériques et que, «par des rencontres en tête à tête, elle aurait pu être plus efficace».
Mouvement naissant
Né en Suède il y a six ans, le Parti pirate et ses boutures, qui ont pris dans 33 pays à ce jour, poursuit sa lente infiltration de la sphère politique où il espère faire avancer l'idée d'un Internet libre dans des sociétés ouvertes où les entraves à la libre circulation de l'information, poussées par la révolution numérique, devraient désormais tomber.
La formation politique, officiellement implantée en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Finlande, en Suisse et même en Tunisie, appelle dans la foulée à la réforme des lois encadrant la propriété intellectuelle, le copyright et les brevets, afin de mettre tout ça au diapason de la nouvelle réalité numérique. Elle réclame aussi des mesures pour une protection accrue de la vie privée, et ce, tant dans les mondes virtuels que dans ceux qui ne le sont pas, et milite pour une réforme de l'éducation, histoire d'inscrire la transmission du savoir aux générations montantes dans la réalité socionumérique du présent.
Le message est parfois entendu, comme dans les pays scandinaves où le Parti pirate arrive à séduire l'électorat avec son programme progressiste. En 2009, la branche suédoise du mouvement a réussi à faire entrer un député au Parlement européen à la suite des élections européennes: 7,1 % des électeurs ont appuyé le parti. Mais c'est en Allemagne que la formation s'est le plus fait remarquer en septembre dernier. Au terme de l'élection législative dans le Land de Berlin, le Parti pirate a réussi à déloger le Parti libéral-démocrate, une institution de plus de 60 ans, au parlement régional. Quinze élus de ce parti y ont fait leur entrée, forts d'une récolte d'environ 9 % des suffrages.
Présent officiellement sur la scène politique dans plusieurs pays, le mouvement a également inspiré en Suède la formation d'un groupe religieux officiellement reconnu par les autorités locales: les kopimistes. À la blague, l'Église du kopimisme estime que la copie numérique et l'information sont sacrées. Les raccourcis-clavier «CTRL+C» et «CTRL+V» — correspondant au copier et au coller — sont aussi pour ce «groupe religieux» des symboles sacrés. À ce jour, 3000 fidèles ont répondu à l'appel du kopimisme, dont le nom est lié à l'expression anglaise copy me (copie-moi).
Depuis six mois, ce mouvement politique qui fait la promotion de la transparence, de la libéralisation des données gouvernementales, qui milite pour la réforme des lois sur les droits d'auteur et pour la modernisation du milieu de l'éducation par le numérique parle en effet dans le vide au Québec. Sa récente tentative de se donner une existence légale auprès du directeur général des élections vient en effet de se solder par un échec.
Dans les vieux pays d'Europe, ces «pirates» poursuivent toutefois leur implantation. En septembre 2011, ils ont réussi à faire élire 15 députés au Parlement de Berlin.
Loin de l'Europe
«On en est loin ici», résume Jack Anthony McLeod, un programmeur informatique de la région de Montréal qui, en août dernier, s'est donné pour mission de poser les bases provinciales du Parti pirate. «Nous avons rencontré des gens ici qui sont intéressés par le mouvement, qui partagent sa philosophie, mais qui ne veulent pas s'engager. Le Parti pirate du Québec ne verra donc pas le jour. Désormais, je vais plutôt concentrer mes forces sur les Partis pirates du Canada [qui compte près de 2600 membres]». La formation fédérale est actuellement en restructuration.
Techniquement, la dénomination «Parti pirate du Québec» est reversée jusqu'au 29 février prochain auprès du DGEQ, l'organisme qui encadre la constitution des partis politiques. Cette mise de côté pour usage futur ne devrait pas être renouvelée.
Selon M. McLeod, l'entrée manquée du Parti pirate sur la scène politique québécoise pourrait s'expliquer en partie par le nom de la formation, qui «donne l'impression d'un mouvement violent, dit-il, ce qui n'est pas le cas. Le terme pirate est utilisé ici dans le sens de liberté, mais visiblement, ce n'est pas la façon dont c'est perçu ici». L'homme reconnaît aussi que sa campagne de recrutement s'est jouée principalement dans les espaces numériques et que, «par des rencontres en tête à tête, elle aurait pu être plus efficace».
Mouvement naissant
Né en Suède il y a six ans, le Parti pirate et ses boutures, qui ont pris dans 33 pays à ce jour, poursuit sa lente infiltration de la sphère politique où il espère faire avancer l'idée d'un Internet libre dans des sociétés ouvertes où les entraves à la libre circulation de l'information, poussées par la révolution numérique, devraient désormais tomber.
La formation politique, officiellement implantée en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Finlande, en Suisse et même en Tunisie, appelle dans la foulée à la réforme des lois encadrant la propriété intellectuelle, le copyright et les brevets, afin de mettre tout ça au diapason de la nouvelle réalité numérique. Elle réclame aussi des mesures pour une protection accrue de la vie privée, et ce, tant dans les mondes virtuels que dans ceux qui ne le sont pas, et milite pour une réforme de l'éducation, histoire d'inscrire la transmission du savoir aux générations montantes dans la réalité socionumérique du présent.
Le message est parfois entendu, comme dans les pays scandinaves où le Parti pirate arrive à séduire l'électorat avec son programme progressiste. En 2009, la branche suédoise du mouvement a réussi à faire entrer un député au Parlement européen à la suite des élections européennes: 7,1 % des électeurs ont appuyé le parti. Mais c'est en Allemagne que la formation s'est le plus fait remarquer en septembre dernier. Au terme de l'élection législative dans le Land de Berlin, le Parti pirate a réussi à déloger le Parti libéral-démocrate, une institution de plus de 60 ans, au parlement régional. Quinze élus de ce parti y ont fait leur entrée, forts d'une récolte d'environ 9 % des suffrages.
Présent officiellement sur la scène politique dans plusieurs pays, le mouvement a également inspiré en Suède la formation d'un groupe religieux officiellement reconnu par les autorités locales: les kopimistes. À la blague, l'Église du kopimisme estime que la copie numérique et l'information sont sacrées. Les raccourcis-clavier «CTRL+C» et «CTRL+V» — correspondant au copier et au coller — sont aussi pour ce «groupe religieux» des symboles sacrés. À ce jour, 3000 fidèles ont répondu à l'appel du kopimisme, dont le nom est lié à l'expression anglaise copy me (copie-moi).
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