Médias - Cherchez l'erreur
Kim Jong-il, décédé le mois dernier, connaissait tout, maîtrisait tout, pouvait tout. Normal, il dirigeait un des derniers régimes totalitaires de la Terre, la dynastie stalinienne de la Corée du Nord.
Tout, donc, y compris le journalisme. Le défunt despote a pondu un livre de conseils à l'endroit des prolétaires de l'information. Son manuel s'intitule The Great Teacher of Journalists dans sa version anglaise de 2002. L'original a paru vingt ans plus tôt, alors que Kim Jong-il n'était que dauphin du régime institué par son papa Kim Il-sung.
Le petit livre rouge du parfait camarade-gazetier multiplie les conseils pratiques. Au photoreporter, le leader adoré dit: «Appuie sur le déclencheur quand tu es certain du résultat.» Pas fou. Au journaliste de l'écrit, il rappelle qu'un article «ne doit pas être monotone et figé, mais rempli de faits vérifiés pour que les lecteurs puissent le suivre avec intérêt».
Pas plus bête. Pourtant, les erreurs aussi ont leur intérêt. Elles sont parfois tragiques, parfois drôles, mais toujours intrigantes. Le Montréalais Craig Silverman piste les fautes depuis des années. Son blogue Regret the Error est hébergé par le prestigieux Poynter Institute depuis quelques semaines, après des années de liaison avec la non moins réputée Columbia Journalism Review.
Le site a désigné ses erreurs anthologisables de 2011 dans les médias anglophones. La coquille de l'année, apparue sur un site de la NPR, la radio publique américaine, comme dans le South China Morning Post, parlait d'Obama bin Laden. Oups.
L'annonce erronée de la mort de la représentante de l'Arizona, Gabrielle Giffords, est désignée pire gaffe journalistique de l'année aux États-unis. Mme Giffords a été grièvement blessée dans la fusillade de Tucson en janvier 2011. Elle a été déclarée morte sur des fils twittter de certains médias, dont la National Public Radio (NPR), encore une fois.
«Le club des sexes»
Si elle avait été faite en anglais, la désignation de Kim Jong-deux par la lectrice de nouvelles de LCN, le 18 décembre, aurait pu faire partie du lot. Mettons comme la plus cocasse. Seulement, il n'y a plus de quoi rire. Le glissement prononcé en ondes au moment de la mort du dictateur communiste a coûté sa place en ondes à la collègue Mélissa François.
Le syndicat a réclamé son retour à l'écran la semaine dernière. Une page Facebook d'appui à sa réintégration compte déjà plus de 7500 supporters. Après tout, s'il avait fallu congédier les lecteurs émérites Pierre Bruneau ou Bernard Derome à chacune de leurs erreurs. D'ailleurs, il y a quelques jours, une lectrice de RDI recommandait aux téléspectateurs de regarder «Le club des sexes avec Simon Durivage»...
La direction de la chaîne d'information de LCN a répliqué que Mme François travaille toujours autant. Le communiqué officiel ajoute que, dans les circonstances, sa réaffectation se veut une manière de «poursuivre son apprentissage comme rédactrice et comme journaliste sur le terrain».
Miraculeux
Franchement, «dans les circonstances», il semble quasi miraculeux de ne pas voir plus d'erreurs dans les médias, maintenant en situation de surproduction d'informations instantanées. L'émission Les risques du direct (sur tagtele.com) rigole bien des problèmes accumulés à RDI, avec des fous rires, des langues fourchues et des erreurs de noms à profusion (mea culpa...), y compris quand les journalistes et les animateurs s'interpellent entre eux.
En fait, la bévue semble assez sympathique concernant la dynastie communiste championne toutes catégories des leaders ubuesques de cette planète. À la télé américaine, un animateur rigolo d'émissions de fin de soirée a suggéré que Kim Jong-il serait remplacé par son fils Mentally-ill.
Vaut mieux ne pas faire d'erreur, évidemment. Vaut mieux d'ailleurs prévenir en ne tenant rien pour acquis. «Never, never, never, assume», dit le mot d'ordre répété ad nauseam dans les grandes écoles anglophones de journalisme, une consigne tout de suite suivie par celle-ci: Vérifie, vérifie, vérifie, même si ta propre mère dit qu'elle t'aime, vérifie.
Une fois la faute commise, vaut mieux l'admettre, vite, et la corriger. Enfin, une position idéale avec laquelle Kim Jong-deux, heu, Kim Jong-il, ce phare de l'humanité médiatique besogneuse, était tout à fait d'accord...
Tout, donc, y compris le journalisme. Le défunt despote a pondu un livre de conseils à l'endroit des prolétaires de l'information. Son manuel s'intitule The Great Teacher of Journalists dans sa version anglaise de 2002. L'original a paru vingt ans plus tôt, alors que Kim Jong-il n'était que dauphin du régime institué par son papa Kim Il-sung.
Le petit livre rouge du parfait camarade-gazetier multiplie les conseils pratiques. Au photoreporter, le leader adoré dit: «Appuie sur le déclencheur quand tu es certain du résultat.» Pas fou. Au journaliste de l'écrit, il rappelle qu'un article «ne doit pas être monotone et figé, mais rempli de faits vérifiés pour que les lecteurs puissent le suivre avec intérêt».
Pas plus bête. Pourtant, les erreurs aussi ont leur intérêt. Elles sont parfois tragiques, parfois drôles, mais toujours intrigantes. Le Montréalais Craig Silverman piste les fautes depuis des années. Son blogue Regret the Error est hébergé par le prestigieux Poynter Institute depuis quelques semaines, après des années de liaison avec la non moins réputée Columbia Journalism Review.
Le site a désigné ses erreurs anthologisables de 2011 dans les médias anglophones. La coquille de l'année, apparue sur un site de la NPR, la radio publique américaine, comme dans le South China Morning Post, parlait d'Obama bin Laden. Oups.
L'annonce erronée de la mort de la représentante de l'Arizona, Gabrielle Giffords, est désignée pire gaffe journalistique de l'année aux États-unis. Mme Giffords a été grièvement blessée dans la fusillade de Tucson en janvier 2011. Elle a été déclarée morte sur des fils twittter de certains médias, dont la National Public Radio (NPR), encore une fois.
«Le club des sexes»
Si elle avait été faite en anglais, la désignation de Kim Jong-deux par la lectrice de nouvelles de LCN, le 18 décembre, aurait pu faire partie du lot. Mettons comme la plus cocasse. Seulement, il n'y a plus de quoi rire. Le glissement prononcé en ondes au moment de la mort du dictateur communiste a coûté sa place en ondes à la collègue Mélissa François.
Le syndicat a réclamé son retour à l'écran la semaine dernière. Une page Facebook d'appui à sa réintégration compte déjà plus de 7500 supporters. Après tout, s'il avait fallu congédier les lecteurs émérites Pierre Bruneau ou Bernard Derome à chacune de leurs erreurs. D'ailleurs, il y a quelques jours, une lectrice de RDI recommandait aux téléspectateurs de regarder «Le club des sexes avec Simon Durivage»...
La direction de la chaîne d'information de LCN a répliqué que Mme François travaille toujours autant. Le communiqué officiel ajoute que, dans les circonstances, sa réaffectation se veut une manière de «poursuivre son apprentissage comme rédactrice et comme journaliste sur le terrain».
Miraculeux
Franchement, «dans les circonstances», il semble quasi miraculeux de ne pas voir plus d'erreurs dans les médias, maintenant en situation de surproduction d'informations instantanées. L'émission Les risques du direct (sur tagtele.com) rigole bien des problèmes accumulés à RDI, avec des fous rires, des langues fourchues et des erreurs de noms à profusion (mea culpa...), y compris quand les journalistes et les animateurs s'interpellent entre eux.
En fait, la bévue semble assez sympathique concernant la dynastie communiste championne toutes catégories des leaders ubuesques de cette planète. À la télé américaine, un animateur rigolo d'émissions de fin de soirée a suggéré que Kim Jong-il serait remplacé par son fils Mentally-ill.
Vaut mieux ne pas faire d'erreur, évidemment. Vaut mieux d'ailleurs prévenir en ne tenant rien pour acquis. «Never, never, never, assume», dit le mot d'ordre répété ad nauseam dans les grandes écoles anglophones de journalisme, une consigne tout de suite suivie par celle-ci: Vérifie, vérifie, vérifie, même si ta propre mère dit qu'elle t'aime, vérifie.
Une fois la faute commise, vaut mieux l'admettre, vite, et la corriger. Enfin, une position idéale avec laquelle Kim Jong-deux, heu, Kim Jong-il, ce phare de l'humanité médiatique besogneuse, était tout à fait d'accord...
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