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    Médias - Mort accélérée du journal aux États-Unis

    Les mises à pied continuent et une étude prédit la fin des éditions papier d'ici cinq ans

    22 décembre 2011 |Stéphane Baillargeon | Médias
    La saignée continue. Les journaux ont encore éliminé beaucoup d'emplois cette année aux États-Unis et les salles de rédaction sont particulièrement touchées. Au total, plus de 3775 postes ont disparu en 2011, selon le blogue Paper Cuts. C'est 30 % de plus de perte que l'an dernier alors que les quotidiens américains avaient éliminé plus de 2920 emplois.

    L'effondrement pourrait s'accentuer dans les prochaines années, jusqu'à la disparition presque totale du journal vers 2017. Le Center for the Digital Future de la USC Annenberg, une prestigieuse école de communication et de journalisme de Californie, prédit que la grande majorité des journaux américains cesseront d'être imprimés d'ici cinq ans.

    Dans ce portrait d'une mort accélérée, les très grands médias de référence (comme The New York Times et The Washington Post) et les petites formes exploitant des niches spécialisées seraient les seuls à résister. Tous les autres passeraient sur le Net ou périraient, selon un rapport complet à paraître en janvier, mais dont les conclusions ont été dévoilées la semaine dernière.

    Il n'existe pas de données centralisées et actualisées sur l'état des journaux québécois. Les mises à pied et les embauches fluctuent d'un groupe de presse à l'autre, parfois même à l'intérieur des publications d'une même entreprise. Quebecor a éliminé quatre emplois sur cinq au Journal de Montréal cette année, mais embauche dans ses nouveaux hebdos. La Presse a créé plusieurs dizaines de postes rattachés à son site lapresse.ca et se prépare à un abandon progressif du papier qui devrait logiquement éliminer des employés de l'impression et de la distribution.

    L'école Annenberg est rattachée à la University of Southern California (USC). Son rapport à paraître s'intitule «Is America At a Digital Turning Point?». Il interroge les mutations en cours et leurs effets contradictoires, dont la surproduction d'informations insignifiantes par les médias sociaux, l'asservissement des employés à des machines permettant une épuisante téléproduction et l'inquiétante disparition de la vie privée sous l'oeil d'un Big Brother omniscient.

    Tendances paradoxales

    La prophétie de la disparition des journaux s'inscrit dans cette analyse pessimiste de tendances paradoxales. «La plupart des journaux disparaîtront d'ici cinq ans, résume Jeffrey I. Cole, directeur du centre, dans un communiqué. Nous croyons que les seuls journaux imprimés qui survivront se situeront aux extrémités du spectre, soit les plus grands et les plus petits.»

    Chose certaine, le secteur vient de vivre sa cinquième année de compression des «ressources humaines». Ce déclin s'explique en partie par la chute continue des revenus publicitaires passés sous la barre des 24 milliards, soit la moitié moins du sommet de 49,4 millions atteint en 2005.

    Les données publiées cette semaine par le blogue Paper Cuts, sur le site newspaperlayoffs.com, se contentent des chiffres officiels, sans plus. La blogueuse Erica Smith collige les informations publiées par les médias eux-mêmes, par exemple dans les communiqués. Les mises à pied réelles sont probablement supérieures à cette évaluation modérée.

    L'existence du site est un signe en soi de la crise. Le compte rendu propose un fil de presse annonçant des congédiements (quatre au Peoria Journal Star, neuf à The State Journal-Register, etc.) et une carte pointant vers les villes et les publications de l'hécatombe en cours.

    Les plus grandes disparitions de postes ont eu lieu en 2008 (près de 16 000) et 2009 (plus de 14 000). En tout, depuis 2007, près de 40 000 postes sont disparus des journaux, soit environ 10 % du total général.

    Les salles de rédaction paraissent les plus touchées. Les évaluations pointent vers la perte d'un emploi de journaliste sur trois depuis 1989. Il y avait alors 56 900 reporters, pupitreurs ou photographes professionnels américains. Il en restait 41 600 en 2010. Ils seront probablement moins de 41 000 au début 2012. En fait, les salles de rédaction des États-Unis n'ont jamais compté moins de professionnels depuis que l'American Society of News Editor tient des comptes officiels, en 1978.












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