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Prix Guy-Mauffette - Madame multimédia signe une première

Soixante ans de carrière à la télé et à la radio, et bientôt un nouveau roman

12 novembre 2011 | Stéphane Baillargeon | Médias
En 60 ans de carrière, Janette Bertrand compte 600 heures de dramatiques, près de 25 émissions de radio et de télé et a publié plus de 800 textes dans divers médias.<br />
Photo : Rémy Boily En 60 ans de carrière, Janette Bertrand compte 600 heures de dramatiques, près de 25 émissions de radio et de télé et a publié plus de 800 textes dans divers médias.
Janette Bertrand a l'honneur de recevoir un nouveau Prix du Québec saluant une carrière exceptionnelle dans les domaines de la radio ou de la télévision. La formule peut aussi s'inverser: c'est tout à l'honneur de cette haute distinction décernée par le gouvernement du Québec de marquer le premier coup avec la nomination de Janette Bertrand.

Le seul résumé de ses activités professionnelles donne le vertige: 60 ans de carrière, 600 heures de dramatiques, des milliers d'heures d'animation, près de 25 émissions de radio et de télé, plus de 800 textes dans divers médias, 25 prix et distinctions (dont le Prix du Gouverneur général et le prix Condorcet), une décennie et demie d'enseignement, quatre rôles au cinéma, deux romans (et bientôt trois), une biographie et maintenant un prestigieux Prix du Québec pour couronner tout ça. Franchement, qui dit mieux comme carrière multimédia?

«Je suis surprise chaque fois qu'on me remet un prix, confie Janette Bertand, première lauréate du prix Guy-Mauffette. Je ne pense jamais aux récompenses et quand elles arrivent, c'est comme un cadeau. Je ne suis pas un homme. Les hommes, ce n'est pas leur faute, ils sont comme ça, ils trouvent ça important la pérennité. Nous, les femmes, on pense à ne rien laisser d'autre que de l'amour à nos enfants et à nos petits-enfants. J'en ai huit et j'ai deux arrières-petits-enfants. Je ne pense pas à laisser mon nom sur un monument. Je veux que ces gens que j'aime se rappellent de moi en disant: "Mamie était le fun", "Mamie elle cuisinait bien". Moi, mon bonheur le plus profond est là. Mais bon, un prix comme celui-là, je le redis, c'est un très beau cadeau.»

La rencontre a lieu chez elle, dans son magnifique appartement perché tout en haut d'une tour au centre-ville de Montréal, la ville qui l'a vue naître en 1925. Les grandes parois de verre inondent le salon de lumière et permettent de contempler toute la ville, l'Université McGill, le damier des boulevards, le fleuve comme un ruban. Elle habite cet espace hypermoderne depuis trois décennies et ce lieu transparent, en surplomb, offre une belle métaphore des rapports entre Janette Bertrand et le monde.

«Dans ma vie, le privé et le public s'entremêlent. Dans ma vie, il arrive que j'aie besoin de créer et il arrive que cette réaction entraîne une réponse du public. Le prix fait partie de cette réponse, j'imagine. Je suis aussi heureuse que le prix rende hommage à Guy-Mauffette, un immense communicateur. Son émission de radio Le cabaret du soir qui penche, on l'écoutait religieusement à la maison. Un peu comme la grand-messe de Tout le monde en parle maintenant.»

«J'ai beaucoup écrit»

Elle est entrée dans ce monde après des études à l'Université de Montréal. «J'ai commencé à gagner ma vie en écrivant à 18 ans. Je ne sais pas si je suis écrivaine, mais en tout cas j'ai beaucoup écrit sur moi et sur les autres, sur mon temps.»

Elle a commencé au Petit journal. Elle a signé la chronique Opinions de femmes, «très féministe, très fâchée», sur l'attitude des hommes d'alors, avant de s'occuper pendant 16 ans du courrier du coeur (Le refuge sentimental). C'est là qu'elle a pris conscience des épouvantables secrets enfouis dans les tréfonds de ses contemporains, de toute la détresse du monde, d'épouvantables histoires d'inceste, de viols, de sévices en tous genres.

«Je ne voulais pas ce travail. Mon patron, Jean-Charles Harvey, m'a demandé de lire des lettres avant de prendre ma décision. Quel choc! C'était l'aîné d'une famille de douze qui écrivait: "Mon père les a toutes passées et je ne veux pas que la plus petite y passe, qu'est-ce que je fais?". Combien de fois encore, dans la rue, je croise des gens qui me rendent des témoignages. C'est un gai, par exemple, qui me dit: "Je vous ai écrit. Vous m'avez dit que c'était correct. Vous avez changé ma vie." Au fond, j'ai fait ce travail parce que je ne voulais pas que mes enfants soient aussi ignorants que je l'avais été de la condition de leur société.»

Comme scénariste-comédienne de la série télé Quelle famille!, comme animatrice de radio (Jean et Janette, puis Mon mari et nous, enregistrées dans sa cuisine), finalement, Janette Bertrand a toujours parlé de la société à partir de l'intime et des premiers cercles identitaires. Son style franc, simple et sensible, sa prose journalistique, pourrait-on dire, lui permettent de communiquer sa touchante vision de la quotidienneté contemporaine, enfer climatisé pour les uns, paradis ardent pour les autres.

«Quand la télévision est arrivée, mon mari [Jean Lajeunesse] et moi avons été approchés pour écrire. Le patron de la station de radio CKAC nous a dit que c'était une bien mauvaise idée. Selon lui, personne ne voudrait s'asseoir devant une petite boîte à images. On a pris le risque avec Toi et moi, qui a duré six ans à Radio-Canada.»

«La télé, c'est devenu un monstre»

Janette Bertrand a énormément nourri la lanterne magique. Elle fait une part des comptes: 54 productions d'une heure et demie chacune de la série Avec un grand A à Télé-Québec, «ce qui veut dire 54 films, et je faisais ma recherche et la direction des comédiens moi-même».

Elle apprécie ce qu'elle y voit encore, regarde «pas mal» la télé française et peu la télé américaine. D'ici, elle aime particulièrement 30 Vies, Mirador, La galère.

Et Les Parents, ce Quelle Famille! d'aujourd'hui? Elle n'accroche pas, même si elle pourrait y voir les conséquences de l'excès de communication et de consensus qu'elle exposait déjà.

«Mon émission était boudée par les intellectuels d'ici, qui ont commencé à changer d'avis après la diffusion de Quelle famille! en France avec un succès monstre. Les Français trouvaient ça très osé. En tout cas, ça n'existe pas en France, les sous-sols où leurs enfants sont laissés seuls. Ils nous trouvaient extraterrestres.»

Elle n'y retournerait pas cependant. «La télé, c'est devenu un monstre, une business. J'étais habituée à des rapports beaucoup plus simples.»

Elle préfère écrire des livres. Son troisième roman va sortir en avril. Il s'intitulera Lit double et entrecroisera cinq histoires de couples à travers différentes crises surmontées ou pas.

Une autre histoire d'intimité. Une autre manifestation de son obsession pour la vie réussie. «On n'a que ça, finalement. Réussir ses amours, c'est tellement fondamental.»

Janette Bertrand continue aussi à réussir sa vie professionnelle. Elle adore particulièrement enseigner. L'infatigable Mme Bertrand, arrière-grand-mère très choyée, dispense trente heures de cours par semaine à l'Institut national de l'image et du son. Une manière de creuser encore une peu plus le c.v., qui donne déjà le vertige, et de passer le témoin à une nouvelle génération de créateurs multimédias...
 
 
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